‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 33 sur 130 · I.une, quel esprit sombre Promène au bout d'un fil · texte numérisé non relu

I.une, quel esprit sombre Promène au bout d'un fil

Dans l'ombre, Ta face et ton protil?

Esl-tu l'œil du ciel borgne?

Quel chérubin cafard Nous lorgne Sous ton masque blafard?

N'es-tu rien qu'une boule?

Qu'un grand faucheux bien gras

Qui roule Sans pattes et sans bras?

Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer

Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer?

Sur ton front qui voyage, Ce soir ont-ils compté

Quel âge A leur éternité?

Est-ce un ver qui te ronge, Quand ton disque noirci

S'allonge En croissant rétréci?

Qui t'avait éborgnée L'autre nuit! T'étais-tu

Cognée A quelque arbre pointu?

Car tu vins pâle et morne, Coller sur mes carreaux

Ta corne, A travers les barreaux.

Va, lune moribonde, Le beau corps de Phœbé

La blonde Dans la mer est tombé

Tu n'en es que la face, Et déjà tout ridé,

S'efface Ton front dépossédé.

Rend-nous la chasseresse Blanche au sein virginal,

Qui presse Quelque cerf matinal!

Oh! sous le vert platane, Sous les frais coudriers,

Diane Et ses grands lévriers !

Le chevreau noir qui doute, Pendu sur un rocher,

L'écoute, L'écoute s'approcher.

Et, suivant leurs curées Par les vaux, par les blés,

Les prés.

Ses chiens s'en sont allé».

BALLADt: A LA LLNE

Oh! le soir, dans la brise, Phœbé, sœur d'Apollo,

Surprise A l'ombre, un pied dans l'eau 1

Phœbé qui, la nuit close.

Aux lèvres d'un berger Se pose, Comme un oiseau léger.

Lune, en notre mémoire, De les belles amours

L'histoire T'embellira toujours.

Et toujours rajeunie Tu seras du passant

Bénie, Pleine lune ou croissant.

T'aimera le vieux paire.

Seul, tandis qu'à ion front,

D'albâtre Ses dogues aboieront.

T'aimera le pilote

Dans son grand bAliiuent,

Qui flotte, Sous le clair firmament 1

Et la fillette preste Qui passe le buisson,

Pied leste, En chantant sa chanson.

Comme un ours à la ciiaîne, Toujours sous tes yeux bleus

Se traine L'Océan montueux.

Et qu'il vente ou qu'il neige, Moi-même, chaque soir,

Que fais-je, Venant ici ra'asseoir?

Je viens voir à la brune, Sur le clocher jauni,

La lune Comroo un point sur un i.

Psut-être quand déchante Quelque pauvre mari,

Méchante, De loin tu lui souris.

Dans sa douleur amère, Quand au gendre béni

La mère Livre la clef du nid,

Le pied dans sa pantoufle.

Voilà l'époux tout prêt

Qui souffle Le bougeoir indiscret.

Au pudique hyménée La Vierge qui se croit

Menée, Grelotte en son lit froid.

Mais monsieur tout en flamme Commence à rudoyer

Madame Qui commence à crier.

« Ouf! dit-il, je travaille.

Ma bonne, et ne fais rien

Qui vaille :

Tu ne te tiens pas bien. »

Et vite il se dépêche.

Mais quel démon caché

L'empêche De commettre un péché? »

« Ah! dit-il, prenons garde.

Quel témoin curieux

Regarde Avec ces deux grands yeux?

Et c'<?st, dans la nuit brune, Sur son clocher jauni,

La lune Comme un point sur un i.

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