A PEPA
Pépa, quand la nuit est venue, Que ta mère t'a dit adieu; Que sous ta lampe, à demi nue; Tu t'inclines pour prier Dieu;
A cette heure oii l'âme inquiète Se livre au conseil de la nuit; Au moment d'ôter ta coi'nette, El de regarder sous Ion lit;
Quand le sommeil sur ta famille Autour de toi s'est répandu 0 Pépita, charmante lille.
Mon amour, à quoi penses-tu?
Qui sait? Peut-être à l'héroïne De quelque infortuné roman; A tout ce que l'espoir devine Et la réalité dément;
Peut-être à ces grandes montagnes Qui n'accouchent que de souris; A des amoureux en Espagne, A des bonbons, à des maris;
Peut-être aux tendres confidences D'un cœur naïf comme le tien; A ta robe, aux airs que tu danses; Peut-être à moi, — peut-être à rien.
A JUANA
0 ciel! je vous revois, madame, — De tous les amours de mon âme Vous le plus tendre et le premier.
Vous souvient-il de notre histoire?
Moi, j'en ai gardé la mémoire : — C'était, je crois, l'été dernier.
Ah! .'narquise, quand on y pense, Ce temps qu'en folie on dépense,
Comme il nous échappe et nous fuit!
Sais-tu, bien ma vieille maîtresse, Ou'à l'hiver, sans qu'il y paraisse, J'aurai vingt ans, et toi dix-huit?
Eh bien! m'amour, sans flatterie.
Si ma rose est un peu pâlie, Elle a conservé sa beauté.
Enfant! jamais tète espagnole Ne fut si belle, ni si folle. — Te souviens-tu de cet été?
De nos soirs, de notre querelle?
Tu me donnas, je me rappelle.
Ton collier d'or pour m'apaiser, — Et pendant trois nuils, que je meure, Je m'éveillai tous les quarts d'heure.
Pour le voir et pour le baiser!
El ta duègne, ô duègne damnée 1 Et la diabolique journée Où tu pensas faire mourir 0 ma perle d'Andalousie, Ton vieux mari de jalousie.
Et ton jeune amant de plaisir!
Ah! prenez-y garde, marquise, Cet amour-là, quoi qu'on en dise. Se retrouvera quelque jour.
Quand un cœur vous a contenue, Juana, la place est devenue Trop vaste pour un autre amour.
Mais que dis-je? ainsi va le monde.
Comment lutterais-je avec l'onde Dont les flots ne reculent pas?
Ferme tes yeux, tes bras, ton âme ; Adieu, ma vie, — adieu, madame.
Ainsi va le monde ici-bas.
Le temps emporte sur son aile Et le printemps et l'hirondelle Et la vie et les jours perdus; Tout s'en va comme la fumée, L'espérance et la renommée.
Et moi qui vous ai tant aimée.
Et toi qui ne t'en souviens plus!
ilO PREMifcHES POÉSIES