‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 37 sur 130 · MADAME LA MARQUISE · texte numérisé non relu

MADAME LA MARQUISE

Vous connaissez que j'ai pour mie Une Andalouse à l'œil lutin, Et sur mon cœur tout endormie, Je la berce jusqu'au matin.

Voyez-la, quand son bras m'enlace Comme le col d'un cygne blanc, S'enivrer, oublieuse et lasse, De quelque rêve nonchalant.

Gais chérubins! veillez sur elle, Planez, oiseaux, sur notre nid; Dorez du reflet de votre aile Son doux sommeil, que Dieubénitl

Car toute chose nous convie D'oublier tout, fors notre amour ; Nos plaisirs, d'oublier la vie.

Nos rideaux, d'oublier le jour!

Pose ton souffle sur ma bouche, Que ton âme y vienne passer!

Oh! restons ainsi dans ma couche, Jusqu'à l'heure de trépasser!

Restons! L'étoile vagabonde Dont les sages ont peur de loin, Teut-être, en emportant le monde Nous laissera dans notre coin.

Oh! viens! dans mon âme froissée Qui saigne encor d'un mal bien grand, Viens verser ta blanche pensée, Comme un ruisseau dans un torrent?

Car sais-tu, seulement pour vivre, Combien il m'a fallu pleurer?

De cet ennui qui désenivre Combien en mon cœur dévorer?

Donne-moi, ma belle maîtresse, Un beau baiser, car je te veux Raconter ma longue détresse.

En caressant tes beaux cheveux.

MADAME LA MAIIQUISE

Or voyez qui je suis, ma mie, Car je vous pardonne pourtant De vous être hier endormie Sur mes lèvres en m'écoutant.

Pour ce, madame la marquise, Dès qu'à la ville il fera noir, De par le roi sera requise De venir en notre manoir;

Et sur mon cœur, tout endormie, La bercerai jusqu'au matin, Car on connaît que j'ai pour mie Une Andalouse à l'œil lutin.

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