‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 47 sur 130 · GUNTHER · texte numérisé non relu

GUNTHER

Ne les suivez-vous pas, seigneur, sous ce portique? 0 mon maître, au milieu d'une fête publique,

Qui d'un si juste coup frappe nos ennemis, Avez-vous distingué le cœur de vos amis? llélas! les vrais amis se taisent dans la foule; Il leur faut, pour s'ouvrir, que ce vain flot s'écoule. 0 mon frère, ô mon maître! ils t'ont proclamé roi ! Dieu merci, quoique vieux, je puis encor te suivre, Jeune soleil levant, si le ciel me fait vivre. Je ne suis qu'un soldat, seigneur, excusez-moi. Mon amitié vous blesse, et vous est importune. Ne partagez-vous point l'allégresse commune? Qui vous arrête ici? Vous devez être las. La peine et le danger font les joyeux repas.

LE CHŒUR, dans la maison.

Chantons, et faisons vacarme, Comme il convient à de dignes buveurs.

Vivent ceux que le vin désarme!

Les jours de combat ont leur charme; Mais la paix a bien ses douceurs.

GUNTllER.

Seigneur, mon cher seigneur, pourquoi ces regards sombi es? Le vin coule et circule. — Entendez-vous ces chants; Des convives joyeux je vois flotter les ombres Derrière ces vitraux de feux resplendissants.

LE CHCJEUR, à la fenêtre.

Frank, pourquoi tardes-tu? — Gunther, si notre troupe Ne fait pas, sous ce toit, peur à vos cheveux blancs, Soyez le bien venu pour vider une coupe. Nous sommes assez vieux pour oublier les ans.

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