‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 58 sur 130 · SCÈNE III (Le jardin du duc · texte numérisé non relu

SCÈNE III (Le jardin du duc

NINON, NINETTE, dans deux bosquets séparés.

NLN'ON.

Cette voix retentit encore à mon oreille,

NINETTE

Ce baiser singulier me fait encor frémir.

NINON

Nous verrons cette nuit; il faudra que je veille.

NINETTE

Cette nuit, cette nuit, je ne veux pas dormir,

NINON

Toi dont la voix est douce, et douce la parole, Chanteur mystérieux, reviendras- tu me voir? Ou, comme en soupirant l'hirondelle s'envole, Mon bonheur fuira-t-il, n'ayant duré qu'un soir?

NINETTE

Audacieux fantôme à la forme voilée.

Les ombrages ce soir seront-ils sans danger? Te reverrai-je encor dans cette sombre allée. Ou disparaîtras-tu comme un chamois léger?

L'eau, la terre et les vents, tout s'emplit d'harmonies^ Un jeune rossignol chante au fond de mon cœur. J'entends sous les roseaux murmurer des génies... Ai-je de nouveaux sens inconnus à ma sœur?

A QUOI REVENT LES JEUNES FILLES il 3

NINETTE

Pourquoi ne puis-je voir sans plaisir et sans peine Les baisers du zéphyr trembler sur la fontaine Et lombre des tilleuls passer sur mes bras nus? Ma sœur est une enfant, — et je ne le suis plus.

NINON

0 fleurs des nuits d'été, magnifique nature! 0 plantes ! ô rameaux l'un dans l'autre enlacés!

NINETTE

0 feuilles des palmiers, reines de la verdure, Qui versez vos amours dans les vents embrasés!

SILVIO, entrant.

Mon cœur hésite encor; toutes les deux si belles! Si conformes en tout, si saintement jumelles ! Deux corps si transparents attachés par le cœur ! On dirait que l'aînée est l'étui de sa sœur. Pâles toutes les deux, toutes les deux craintives. Frêles comme un roseau, blondes comme les blés ; Prêtes à tressaillir, comme deux sensitives Au toucher de la main. — Tous mes sens sont troublés. Je n'ai pu leur parler, — j'agissais dans la fièvre ; Mon âme à chaque mot arrivait sur ma lèvre. Mais elles, quel bon goût! quelle simplicité ! Hélas ! je sors d'hier de l'université.

(Entrent Laerte et Irus, un cigare à la bouche.) LAERTE.

Eh bien .' notre convive, où ces dames sont-elles?

IRUS

Quoi! vous sortez de table, et vous ne fumez pas!

SILVIO, embrassant Laerte.

0 mon père ! ô mon duc ! je ne puis faire un pas. Tout mon être est brisé.

(Ninon et Ninette paraiisec:.; IRUS.

Voilà ces demoiselles.

Ninon, ma barbe est fraîche, et Je vais t' embrasser.

(Ninon se sauve. — Irus court après elle.) LAERTE.

Ne sauriez-vous, Irus, dîner sans vous griser?

(Us sortent en se promenant).

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