‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 59 sur 130 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

NINON, restée seule; FLORA.

NINETTE

OÙ cours-tu donc, Flora? Mon Dieu! la belle chaîne! Voyez donc ! — les beaux glands ! Qui t'a donné cela?

NINON, accourant.

Voyons! laisse-moi voir. — Ah ! je suis hors d'haleine.

Quel sot que cet Irus ! — Tu l'as trouvé, Flora?

Le beau collier, ma foi ! Vraiment comme elle est flère.

FLORA, à Ninon.

Je voudrais vous parler.

(Elle l'entraîne dans un coin.) NINETTE.

Quoi donc? c'est un mystère,

FLORA, à Ninon.

Rentrez dans votre chambre, et lisez ce billet.

NINON

Un billet? d'oîi vient-il?

FLORA

Mettez-le, s'il vous plaît, Dans ce petit coin-là, sur votre cœur, ma belle.

(Elle le lui met dans son sein.) NINON.

Tu sais donc ce que c'est?

FLORA

Moi, non je n'en suis rien.

(Ninon sort en courant.) NINETTE.

Qu'as-tii (lit à ma sœur, et pourquoi s'en va-t-elle?

FLORA, tirant un autre billet.

Tenez, lisez ceci.

NINETTE

Pourquoi? je le veux bien.

Mais qu'est-ce que c'est donc?

FLORA

Lisez toujours, ma chère.

Mais prenez garde à vous. — J'aperçois votre père : Allez vous enfermer dans votre appartement.

A QUOI RÊVEiNT LES JEUNES FILLES lia

NLNETTE.

Pourquoi?

FLORA

Vous lirez mieux et plus commodément.

(Elles sortent. Entrent Laerte et Silvio.) SILVIO.

Je crois que notre abord met ces dames en fuite. Ah ! monseigneur, j'ai peur de leur avoir déplu.

LAERTE

Bon, bon, laissez-les fuir, vous leur plairez bien vite. Dites-moi, mon ami, dans votre temps perdu, N'avez-vpus jamais fait la cour à quelques belles? Quel moyen preniez-vous pour dompter les cruelles?

SILVIO

Père, ne raillez pas, je me défendrais mal.

Bien que je sois sorti d'un sang méridional,

Jamais les imbroglios, ni les galanteries.

Ni l'art mystérieux des douces flatteries,

Ce bel art d'être aimé, ne m'ont appartenu.

Je vivrai sous le ciel comme j'y suis venu.

Un serrement de main, un regard de clémence,

Une larme, un soupir, voilà pour moi l'amour.

Et j'aimerai dix ans comme le premier jour.

J'ai de la passion, et n'ai point d'éloquence.

Mes rivaux, sous mes yeux, sauront plaire et charmer.

Je resterai muet; — moi, je ne sais qu'aimer.

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