‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 74 sur 130 · XL VII · texte numérisé non relu

XL VII

N'en était-il pas une, ou plus noble, ou plus belle, Parmi tant de beautés, qui, de loin ou de près, De son vague idéal eût du moins quelques Uaits?

Que ne la gardait-il! qu'on nous dise laquelle. » Toutes lui ressemblaient, — ce n'était jamais elle; Toutes lui ressemblaient, don Juan, et tu marchais!

Tu ne t'es pas lassé de parcourir la terre! Ce vain fantôme, à qui Dieu t'avait envoyé, Tu n'en as pas brisé la forme sous ton pié! Tu n'es pas remonté, comme l'aigle à son aire Sans avoir sa pâture, ou comme le tonnerre Dans sa nue aux flancs d'or, sans avoir foudroyé!

Tu n'as jamais médit de ce monde stupide Qui te dévisageait d'un regard hébété ; Tu l'as vu, tel qu'il est, dans sa difformité; Et tu montais toujours celte montagne aride. Et tu suçais toujours, plus jeune et plus avide, Les mamelles d'airain de la réalité.

Et la vierge aux yeux bleus, sur la souple ottomane,

Dans ses bras parfumés te berçait mollement;

De la fille de roi jusqu'à la paysanne

Tu ne méprisais rien, même la courtisane

A qui tu disputais son misérable amant;

Mineur, qui dans un puits cherchais un diamant.

Tu parcourais Madrid, Paris, Naples et Florence; Grand seigneur au palais, voleur aux carrefours; Ne comptant ni l'argent, ni les nuits, ni les jours; Apprenant du passant à chanter sa romance; Ne demandant à Dieu, pour aimer l'existence, Que ton large horizon et tes larges amours.

LU

Tu retrouvais partout la vérité hideuse.

Jamais ce qu'ici-bas cherchaient tes vœux ardents,

Partout l'hydre éternel qui te montrait les dents;

Et poursuivant toujours ta vie aventureuse, Regardant sous tes pieds cette mer orageuse, Tu te disais tout bas : « Ma perle est là dedans. »

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