POUR UN PASSAGE D'UN ARTICLE INSÉRÉ DANS LA « REVUE DES DEUX-MONDES
Ami, lu l'as bien dit : en nous, tant que nous sommes,
Il existe souvent une certaine fleur
Qui s'en va dans la vie et s'effeuille du cœur.
« Il existe, en un mot, chez les trois quarts des hommes,
Un poète mort jeune à qui l'homme survit. »
Tu l'as bien dit, ami, mais lu l'as trop bien dit.
Tu ne prenais pas garde, en traçant ta pensée,
Que ta plume en faisait un vers harmonieux,
Et que tu blasphémais dans la langue des dieux.
Relis-toi, je te rends à ta Muse offensée;
Et souviens-toi qu'en nous il existe souvent
Un poète endormi toujours jeune et vivant.
A LYDIE
TRADUIT d'hORACE (ODE IX, LIVRE IIl) HORACE.
Lorsque je t'avais pour amie, Quand nul jeune garçon, plus fobuste que moi, N'entourait de ses bras ton épaule arrondie.
Auprès de toi, blanche Lydie, J'ai vécu plus joyeux et plus heureux qu'un roi.
LYDIE
Quand pour toi j'étais la plus chère, Quand Chloé pâlissait auprès de Lydia, Lydia, qu'on vantait dans l'Italie entière,
Vécut plus heureuse et plus fière Que dans les bras d'un dieu la Romaine Lia.
HORACE
Chloé me gouverne à présent, Chloé, savante au luth, habile en l'art du chant; Le doux son de sa voix de volupté m'enivre,
Je suis prêt à cesser de vivre Si. pour la préserver, les dieux voulaient mon sang.
LYDIE
Je me consume mainteLant D'une amoureuse ardeur que rien ne peut éteindre Pour le fils d'Ornithus, ce bel adolescent,
Je mourrais deux fois sans me plaindre Si, pour le préserver, les dieux voulaient mon sang.
HORACE
Eh quoi ! si dans notre pensée
L'ancien amour se rallumait?
Si, la blonde Chloé de ma maison chassée, Ma porte se rouvrait? si Vénus offensée
Au joug d'airain nous ramenait?
LYDIE
Calais, ma richesse unique.
Est plus beau qu'un soleil levant,
Et toi plus léger que le vent.
Plus prompt à t'irriter que l'âpre Adriatique ;
Cependant près de toi, si o'était ton plaisir,
Volontiers j'irais vivre, et volontiers mourir.
A LYDIE 301
A LYDIE