‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de MussetChapitre 27 sur 76 · SCÈNE (La cha-abre de Valentin). — VAN BUCK, VALENTIX · texte numérisé non relu

SCÈNE (La cha-abre de Valentin). — VAN BUCK, VALENTIX

VAN BUCK. — Monsieur mon neveu, je vous souhaite le bonjour.

VALENTIN. — Monsieur mon oncle, votre serviteur.

VAN BUCK. — Restez assis; j'ai à vous parler.

VAi.ENTiN. — Asseyez-vous; j'ai donc à vous entendre. Veuillez vous mettre dans la bergère, et poser là voire chapeau.

VAN BUCK, s'asseyant- — Monsieur mon neveu, la plus longue patience et la plus l'obuste obstination doivent, l'une ou l'autre, finir tôt ou tard. Ce qu'on tolère devient inlolérable, incorrigible ce qu'on ne corrige pas; et qui vingt fois a jeté la perche à un fou qui veut se noyer, peut être forcé un jour ou l'autre de Tabandonner ou de périr avec lui.

VALENTIN. — Oh! oh! voilà qui est débuter, et vous avez là des métaphores qui se sont levées de grand matin.

VAN BUCK. — Monsieur, veuillez garder le silence et ne pas vous permettre de me plaisanter. C'est vainement que les plus sages conseils, depuis trois ans, tentent de mordre sur vous. Une insouciance ou une fureur aveugle, des résolutions sans effet, mille prétextes inventés à plaisir, une maudite condescendance, tout ce que j'ai pu ou puis faire encore (mais, par ma barbe! je ne ferai plus rien!).... Où me menez-vous à votre suite? Vous êtes aussi entêté....

VALENTiN. — Mon oncle Van Buck, vous êtes en colère.

VAN BUCK. — Non, monsieur; n'interrompez pas. Vous êtes aussi obstiné que je me suis, pour mon malheur, montré crédule et patient. Est-il croyable, je vous le demande, qu'un jeune homme de vingt-cinq ans passe son temps comme vous le faites? De quoi servent mes remontrances, et quand prendrez-vous un état? Vous êtes pauvre puisqu'au bout du compte vous n'avez de fortune que la mienne, mais, finalement, je ne suis pas moribond, et je digère encore vertement. Que comptez-vous faire d'ici à ma mort?

VALENTiN. — Mon oncle Van Buck, vous êtes en colère, et vous allez vous oublier.

VAN BUCK, — Non, monsieur; je sais ce que je fais. Si je suis le seul de la famille qui se soit mis dans le commerce, c'est grâce à moi, ne l'oubliez pas, que les débris d'une fortune détruite ont pu encore se relever. Il vous sied bien de sourire quand je parle. Si je n'avais pas vendu du guingans à Anvers, vous seriez maintenant à l'hôpital avec votre robe de chambre à Heurs. Mais, Dieu merci, vos chiennes de bouillottes...

VALENTiN. — Mon oncle Van Buck, voilà le trivial; vous changez de ton, vous vous oubliez; vous avez mieux commencé que cela.

VAN BUCK. — Sacrebleu! tu te moques de moi? Je ne suis bon apparemment qu'à payer tes lettres de change? J'en ai reçu une ce matin : soixante louis! te railles-tu des gens? il te sied bien de faire le fashionable (que le diable soit des mots anglais!), quand tu ne peux pas payer ton tailleur! C'est autre chose de descendre d"un beau cheval pour retrouver au fond d'un hôtel une bonne famille opulente, ou de sauter à bas d'un carrosse de louage pour grimper .deux ou trois étages. Avec des gilets de satin, tu demandes, en rentrant du bal, ta chandelle à ton portier, et il regimbe quand il n'a pas eu ses étrennes. Dieu sait si tu les lui donnes tous les ans! Lancé dans un inonde plus riche que,

toi, tu puises chez tes amis le dédain de toi-même: tu portes ta barbe en pointe et tes cheveux sur les épaules comme si tu n'avais pas seulement de quoi acheter un ruban pour te faire une queue. Tu écrivailles dans les gazettes; tu es capable de te faire saint-simonien quand tu n'auras plus ni sou ni maille, et cela viendra. Je t'en réponds. Va, va! un écrivain public est plus estimable que toi. Je finirai par le couper les vivres et tu mourras dans un grenier.

VALENTiN. — Mon bon oncle Van Buck, je vous respecte et je vous aime. Faites-moi la grâce de m'écouter. Vous avez payé ce matin une lettre de change à mon intention. Quand vous êtes venu, j'étais à la fenêtre et je vous ai vu arriver; vous méditiez un sermon juste aussi long qu'il y a d'ici chez vous. Epargnez, de grâce, vos paroles. Ce que vous pensez, je le sais ; ce que vous faites, je vous en remercie. Que j'aie des dettes et que je ne sois bon à rien, cela se peut; qu'y voulez-vous faire? Vous avez soixante mille livres de rente....

VAN BUCK. — Cinquante.

VALENTiN. — Soixante, mon oncle; vous n'aver pas d'enfants, et vous êtes plein de bonté pour moi. Si j'en profite, oîi est le mal? Avec soixante bonnes mille livres de rente....

VAN BUCK. — Cinquante, cinquante ; pas un denier de plus.

VALENTiN. — Soixante; vous me l'avez dit vous-même.

VAN BUCK. — Jamais. Oîi as-tu pris cela?

VALENTiN. — Mettons cinquante. Vous êtes jeune, gaillard encore, et bon vivant. Croyez-vous que cela me fâche, et que j'aie soif de votre bien? Vous ne me faites pas tant d'injure; et vous savez que les mauvaises tètes n'ont pas toujours les plus mauvais cœurs. Vous me querellez de ma robe de chambre : vous en avez porté bien d'autres. Ma barbe en pointe ne veut pas dire que je sois un saintsimonien : je respecte trop l'héritage. Vous vous plaignez de mes gilets : voulez-vous qu'on sorte en chemise? Vous me dites que je suis pauvre et que mes amis ne le sont pas : tant mieux pour eux, ce n'est pas ma faute. Vous imaginez qu'ils me gâtent et que leur exemple me rend dédaigneux : je ne le suis que de ce qui m'ennuie, et puisque vous payez mes dettes, vous voyez bien que je n'emprunte j^as. Vous me reprochez d'aller en flacre : c'est que je n'ai pas dp» voiture. Je prends, dites-vous, en rentrant, ma chandelle chez mon portier : c'est pour ne pas monlel' sans luitïièrfe; à quoi bon se casser le cbiit Vous voudriet ilie voir un étal :

faites-moi nommer premier ministre, et vous verrez comme je ferai mon chemin. Mais quand je serai surnuméraire dans l'entre-sol d'un avoué, je vous demande ce que j'y apprendrai, sinon que tout est vanité. Vous dites que je joue à la bouillotte : c'est que j'y gagne quand j'ai brelan; mais soyez sûr que je n'y perds pas plus tôt que je me repens de ma sottise. Ce serait, dites-vous, autre chose si je descendais d'un beau cheval pour entrer dans un bon hôtel : je le crois bien! vous en parlez à votre aise. Vous ajoutez que vous êtes fier, quoique vous ayez vendu du guingans; et plût à Dieu que j'en vendisse! ce serait la preuve que je pourrais en acheter. Pour ma noblesse, elle m'et>t aussi chère qu'elle peut vous l'être à vous-même; mais c'est pourquoi je ne m'attelle pas, ni plus que moi les chevaux de pur sang. Tenez! mon oncle, ou je me trompe, ou vous n'avez pas déjeuné. Vous êtes resté le cœur à jeun sur cette maudite lettre de change; avalons-la de compagnie, je vais demander le chocolat.

(Il sonne. On sert à déjeuner.)

VAN BUCK. — Quel déjeuner! Le diable m'emporte! tu vis comme un prince.

VALENTiN. — Eh, que voulez-vous! quand on meurt de faim, il faut bien tâcher de se distraire.

(Ils s'attablent.)

VAN BUCK. — Je suis sûr que parce que je me mets là tu te figures que je te pardonne.

VALENTiN. — Moi"? Pas du tout. Ce qui me chagrine, lorsque vous êtes irrité, c'est qu'il vous échappe malgré vous des expressions d'arrière-boutique. Oui, sans le savoir, vous vous écartez de cette fleur de politesse qui vous dislingue particulièrement; mais quand ce n'est pas devant témoins, vous comprenez que je ne vais pas le dire.

VAN BUCK. — C'est bon, c'est bon ; il ne m'échappe rien. Mais brisons là, et parlons d'autre chose. Tu devrais bien ie marier.

VALENTiN. — Seigneur, mon Dieu ! qu'est-ce que vous dites?

VAN BUCK, — Donne-moi à boire. Je dis que tu prends de l'âge et que tu devrais te marier.

VALE>'»'iN. — Mais, mon oncle, qu'est-ce que je vous ai fait?

VAN bdl>b.. — Tu m'as fait des lettres de change. Mais quand tu ne m'aurais rien fait, qu'a donc le mariage de si effroyable? Voyons, parlons sérieusement. Tu serais,

parbleu! bien ù plaindre quand on te mellrait ce soir dans les bras une Jolie fille bien élevée, avec cinquante mille écus sur la lahle pour t'égayer demain matin au réveil! V.oyez un peu le grand malheur, et comme il y a de quoi faire l'ombrageux! Tu as des dettes, je te les payerai ; une fois marié, tu te rangeras. Mlle de Mantes a tout ce qu'il faut....

VALENTiN. — Mlle de Mantes! Vous plaisantez?

VAN BUCK. — Puisque son nom m'est échappé, je ne plaisante pas. C'est d'elle qu'il s'agit, et si tu veux....

VALENTiN. — Et si elle veut. C'est comme dit la chanson :

Je sais bien qu'il ne tiendrait qu'à moi De l'épouser si elle voulait.

VAN BUCK. — Non; c'est de toi que cela aépend. Tu es agréé, tu lui plais.

VALENTiN. — Je ne l'ai jamais vue de ma vie.

VAN BUCK. — Cela ne fait rien; je te dis que tu lui plais,

VALENTiN. — En vérité?

VAN BUCK. — Je t'en donne ma parole.

VALENTiN. — Eh bien donc! elle me déplaît.

VAN BUCK. — Pourquoi ?

v.ALENTiN. — Par la même raison que je lui plais.

VAN BUCK. — Cela n'a pas le sens commun, de dire que les gens nous déplaisent, quand nous ne les connaissons pas.

VALENTiN. — Comme de dire qu'ils nous plaisent. Je vous en prie, ne parlons plus de cela.

VAN BUCK. — Mais, mon ami, en y réfléchissant (donnemoi à boiie), il faut faire une lin.

VAi.ENTiN. — Assurément, il faut mourir une fois dans sa vie.

VAN BUCK. — J'entends qu'il faut prendre un parti, et se caser. Que deviendras-tu? Je t'en avertis, un jour ou l'autre, je te laisserai là malgré moi. Je n'entends pas que tu me * ruines, et si tu veux être mon héritier, encore faut-il que ' tu puisses m'altendre. Ton mariage me coûterait, c'est vrai, ' mais une fois pour toutes, et moins, en somme, que tes ■ folies. Enfin, j'aime mieux me débarrasser de toi; pense à • cela : veux-tu une jolie femme, tes dettes payées et vivre / en repos? ■;

VALENTiN. — Puisque VOUS y tenez, mon oncle, et que . vous parlez sérieusement, je vais vous répondre : prenez di.i L'àté, et éc.oule2-iii'>i.

IL NÉ FAUT JURER DE RIEN l29

VAN BUCK. — Voyons, quel est ton sentiment?

VALENTiN. — Sans vouloir remonter bien haut, ni vous lasser par trop de préambules, je commencerai par l'antiquité. Est-il besoin de vous rappeler la manière dont fut traité un homme qui ne l'avait mérité en rien; qui toute sa vie fut d'humeur douce, jusqu'à reprendre, même après sa faute, celle qui l'avait si outrageusement trompé? Frère d'ailleurs d'un puissant monarque, et couronné bien mal à propos.

VAN BUCK. — De qui diantre me parles-tu?

VALENTiN. — De Ménélas, mon oncle.

VAN BUCK. — Que le diable t'emporte et moi avec ! Je suis bien sot de t'écouter.

VALENTiN. — Pourquoi? Il me semble tout simple....

VAN BUCK. — Maudit gamin! cervelle fêlée! il n'y a pas moyen de te faire dire un mot qui ait le sens commun.

(Il se lève.)

Allons! finissons! en voilà assez. Aujourd'hui, la jeunesse ne respecte rien.

VALENTiN. — Mon oncle Van Buck, vous allez vous metli e en colère.

VAN BUCK. — Non, monsieur; mais, en vérité, c'est une chose inconcevable. Imagine-t-on qu'un homme de mon âge serve de jouet à un bambin? Me prends-tu pour Ion camarade, et faudra-t-il te répéter....

VALENTiN. — Gomment! mon oncle, est-il possible que vous n'ayez jamais lu Homère? -

VAN BUCK, se rassajant. — Eh bien! quand je l'aurais lu?

VALENTiN. — Vous me parlez de mariage; il est tout simple que je vous cite le plus grand mari de l'antiquité.

VAN BUCK. — Je me soucie bien de tes proverbes. Veuxtu répondre sérieusement?

VALENTiN. — Soit; triuquons à cœur ouvert; je ne serai compris de vous que si vous vouliez bien ne pas m'interrompre. Je ne vous ai pas cité Ménélas pour faire parade de ma science, mais pour ne pas nommer beaucoup d'honnêtes gens. Faut-il m'expliquer sa us réserve?

VAN BUCK. — Oui, sur-le-champ, ou je m'en vais.

VALENTIN. — J'avais seize ans etje sortais du collège, quand une belle dame de notre connaissance me distingua pour la première fois. A cet âge-là, peut-on savoir ce qui est innocent ou criminel? J'étais un soir chez ma maîtresse, au coin du feu, son mari en tiers. Le mari se lève et, dit qu'il va sortir. A ce mot, un regard rapide échangé entre

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i'iO OEUVRES DALFREb DE MUSSËT

ma belle et moi me fait bondir le cœur de joie : nous allions être seuls ! Je me retourne, et vois le pauvre homme mettant ses gants. Ils étaient en daim de couleur verdâtre, trop larges, et décousus au pouce. Tandis qu'il y enfonçait ses jnains, debout au milieu de la chambre, un imperceptible sourire passa sur le coin des lèvres de la femme, et dessina comme une ombre légère les deux fossettes de ses joues. L'œil d'un amant voit seul de tels sourires, car on les sent plus qu'on ne les voit. Celui-ci m'alla jusqu'à l'âme, et je l'avalai comme un sorbet. Mais, par une bizarrerie étrange, le souvenir de ce moment de délices se lia invinciblement dans ma tête à celui de deux grosses mains rouges se débattant dans des gants verdàtres;.'et je ne sais ce que ces mains, dans leur opération confiante, avaient de triste et de piteux, mais je n'y ai jamais pensé depuis sans que le féminin sourire vînt me chatouiller le coin des lèvres, et j'ai juré que jamais femme au monde ne me ganterait de ces gants-là.

VAN BUCK. — C'est-à-dire qu'en franc libertin tu doutes de la vertu des femmes, et que tu as eu peur que les autres te rendent le mal que tu leur as fait.

VALENTiN. — Vous l'avcz dit : j'ai peur du diable, et je ne veux pas être ganté.

VAN BUCK. — Bah! c'est une idée déjeune homme.

VALENTiN. — Comme il vous plaira; c'est la mienne; dans une trentaine d'années, si j'y suis, ce sera une idée de vieillard, car je ne me marierai jamais.

VAN BUCK. — Prétends-tu que toutes les femmes soient fausses, et que tous les maris soient trompés?

VALENTIN. — Je ne prétends rien, et je n'en sais rien. Je prétends, quand je vais dans la rue, ne pas me jeter sous les roues des voitures; quand je dîne, ne pas manger de merlan; quand j'ai soif, ne pas boire dans un verre cassé, et quand je vois une femme, ne pas l'épouser; et encore je ne suis pas sûr de n'être ni écrasé, ni étranglé, ni brèche-dent, ni...

VAN BUCK. — Fi donc! Mlle de Mantes est sage et bien élevée; c'est une bonne petite lille.

VALENTIN. — A Dieu ne plaise que j'en dise du mal! Elle est sans doute la meilleure du monde. Elle est bien élevée, dites-vous. Quelle éducation a-t-elle reçue? La conduit-on au bal, au spectacle, aux courses de chevaux? Sort-elle seule en fiacre, le malin, à midi, pour revenir à six heures? A-t-elle une femme de chambre adroite, ua

escalier dérobé? A-t-elle vu la Tour de Nesle, et lit-elle les romans de M. de Balzac? La mène-t-on, après un bon dîner, les soirs d'été, quand Ip vent est au sud, voir lutter aux Champs-Elysées dix ou douze gaillards nus, aux épaules carrées? A-t-elle pour maître un beau valseur, grave et frisé, au jarret prussien, qui lui serre les doigts quand elle a bu du punch? Heçoit-elle des visites en tèteà-tête, l'après-midi, sur un sofa élastique, sous le demi-jour d'un rideau rose? A-t-elle à sa porte un verrou doré, qu'on pousse du petit doigt en tournant la tête, et sur lequel retombe mollement une tapisserie sombre et muette? Met-elle son gant dans son verre lorsqu'on commence à passer le Champagne? Fait-elle semblant d'aller au bal de l'Opéra, pour s'éclipser un quart d'heure, courir chez Musard.et revenir bâiller? Lui a-t-on appris, quand Rubini chante, à ne montrer que le blanc de ses yeux, comme une colombe amoureuse? Passe-t-elle l'été à la campagne chez une amie pleine d'expérience, qui en répond à su famille, et qui, le soir, la laisse au piano pour se promener sous les charmilles, eh chuchotant avec un hussard? Va-t-elle aux, eaux? A-t-elle des migraines?

VAN BUCK. — Jour de Dieu! qu'est-ce que tu dis là? •

VALENTiN. — C'est que, si elle ne sait rien de tout cela, on ne lui a pas appris grand'chose ; car, dès qu'elle sera femme, elle le saura, et alors, qui peut rien prévoir?

VAN BUCK. — Tu as de singulières idées sur l'éducation des femmes. Voudrais-tu pas qu'on les suivît?

VALENTiN. — Non; mais je voudrais qu'une jeune fille fût une herbe dans un bois, et non une plante dans une caisse. Allons! mon oncle, venez aux Tuileries, et ne parlohs plus de tout cela.

VAN BUCK. — Tu refuses Mlle de Mantes?

VALENTIN. — Pas plus qu'uue autre, mais ni plus ni moins.

VAN BUCK. — Tu me feras damner ;^u es incorrigible. J'avais les plus belles espérances : cette lîUe-là sera très riche un jour. Tu me ruineras et tu iras au diable ; voilà tout ce qui arrivera. — Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce que tu veux?

VALENTIN. — Vous donner votre canne et votre chapeau, pour prendre l'air si cela vous convient.

VAN BUCK. — Je me soucie bien de prendre l'air! Je te déshérite si tu refuses de te marier.

VALENTIN. — Vous me déshéritez, mon oncle?

VAN BUCK. — Oui, par le ciel! j'en fais serment! Je serai aussi obstiné que toi, et nous verrons qui des deux cédera. ALENTiN. — Vous me désliéritez par écrit, ou seulement de vive voix?

~ VAN BUCK. — Par écrit, insolent que tu es. ^ VALENTiN, — Et à qui laisserez-vous votre bien? Vous fonderez donc un prix de vertu ou un concours de grammaire latine?

VAN BUCK. — Plutôt que de me laisser ruiner par toi, je me ruinerai tout seul et à mon plaisir.

VALENTIN. — Il n'y a plus de loterie ni de jeu; vous ne pourrez jamais tout boire.

VAN BUCK. — Je quitterai Paris; je retournerai à Anvers; je me marierai moi-même, s'il le faut, et je te ferai six cousins germains.

VALENTIN. — Et moi, je m'en irai à Alger; je me ferai trompette de dragons, j'épouserai une Éthiopienne, et je vous ferai vingt-quatre petits-neveux noirs comme de l'encre et bêtes comme des pots.

VAN BUCK. — Jour de ma vie! si je prends ma canne....

VALENTIN. — Tout beau, mon oncle; pi'enez garde, en frappant, de casser votre bâton de vieillesse.

VAN BUCK, l'embrassant. — Ah, malheureux! tu abuses de moi.

VALENTIN. — Écoutez-moi : le mariage me répugne; mais pour vous, mon bon oncle, je me déciderai à tout. Quelque bizarre que puisse vous sembler ce que je vais vous proposer, promettez-moi d'y souscrire sans l'éserve, et, de mon côté, j'engage ma parole.

VAN BUCK. — De quoi s'agit-il? dépêche-toi.

VALENTIN. — Promettez-moi d'abord, je parlerai ensuite.

VAN BUCK. — Je ne le puis sans rien savoir.

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