‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de MussetChapitre 40 sur 76 · SCÈNE IV. — CHAVIGNY, MATHILDE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — CHAVIGNY, MATHILDE

CHAVIGNY. — Quel cerveau fêlé que cette femme! Voy§ choisissez bien yos amies l

UN CAPRICE l'^3

MATiiiLDË. — C'est vous qui avez voulu qu'elle montât.

CHAVIGNY. — Je parierais que vous croyez que c'est Mme de Blainville qui a fait ma bourse.

MATHiLDE. — Nou, pulsque vous me dites le contraire.

CHAVIGNY. — Je suis sûr que vous le croyez.

MATHILDE. — Et pourquoi en êtes-vous sûr?

CHAVIGNY. — Parce que je connais votre caractère : Mme de Léry est votre oracle : c'est une idée qui n'a pas le sens commun.

MATHILDE. — Voilà un beau compliment que je ne mérite guère.

CHAVIGNY. — Ob! mon Dieu, si; et j'aimerais tout autant vous voir francbe là-dessus que dissimulée.

MATHILDE. — Mais si je ne le crois pas; je ne puis feindre de le croire pour vous paraître sincère.

CHAVIGNY. — Je vous dis que vous le croyez ; c'est écrit sur votre visage.

MATHILDE. — S'il le faut dire pour vous satisfaire, eh bien ! j'y consens : je le crois.

CHAVIGNY. — Vous le croyez? et quand cela serait vrai, quel mal y aurait-il?

MATHILDE. — Aucun, et par cette raison je ne vois pas' pourquoi vous le nieriez.

CHAVIGNY. — Je ne le nie pas; c'est elle qui l'a faite.

(Il se lève.)

Bonsoir, je reviendrai peut-être tout à l'heure prendre le thé avec votre amie.

MATHILDE. — Henry, ne me quittez pas ainsi!

CHAVIGNY. — Qu'appelez-vous aiîisil Sommes-nous fâchés? Je ne vois là rien que de très simple : on me fait une bourse, et je la porte; vous demandez qui, et je vous le dis. Rien ne ressemble moins à une querelle.

MATHILDE. — Et si je VOUS demandais cette bourse, m'en feriez-vous le sacrifice?

CHAVIGNY. — Peut-être; à quoi vous servirait-elle?

MATHILDE. — Il n'importe; je vous la -demande.

CHAVIGNY. — Ce n'est pas pour la porter, je suppose?

MATHILDE. — C'est pour la porter.

CHAVIGNY. — Quelle plaisanterie! Vous porteriez une bourse faite par Mme de Blainville?

MATHILDE. — Pourquoi non? Vous la portez bien.

CHAVIGNY. — La belle raison ! Je ne suis pas femme.

MATHILDE. — Eh bien ! si je ne m'en sers pas, je la jetterai au feu.

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CHAViGNY. — Ail! ah! nous voilà donc enfin siiicoi'e. Eh bien! très sincèrement aussi, je la garderai, si vous le permettez.

MAJHILDE. — Vous en êtes libre, assurément; mais je vous avoue qu'il m'est cruel de penser que tout le monde sait qui vous l'a faite, et que vous allez la montrer partout.

CHAVIGNY. — La montrer! Ne dirait-on pas que c'est un trophée!

MATHiLDE. — Écoutez-moi, je vous en prie, et laissez-moi votre main dans les miennes.

(Elle l'embrasse.)

M'aimez- vous, Henri? Répondez.

CHAVIGNY. — Je vous aime, et je vous écoute.

MATHILDE. — Je VOUS jure que je ne suis pas jalouse ; maïs si vous me donnez cette bourse de bonne amitié, je vous remercierai de tout mon cœur. C'est un petit échange que je vous propose, et je crois, j'espère du moins, que vous ne trouverez pas que vous y perdez.

CHAVIGNY. — Voyons votre échange; qu'est-ce que c'est?

MATHILDE. — Je vals vous le dire, si vous y tenez; mais si vous me donniez la bourse auparavant, sur parole, vous me rendriez bien heureuse.

CHAVIGNY. — Je ne donne rien sur parole.

MATHILDE. — Voyons, Henri, je vous en prie.

CHAVIGNY. — Non.

MATHILDE. — Eh bien! je t'en suppHe à genoux.

CHAVIGNY. — Levez-vous, Mathilde, je vous en conjure à mon tour; vous savez que je n'aime pas ces manières-là. Je ne veux pas souffrir qu'on s'abaisse, et je le comprends moins ici que jamais. C'est trop insister sur un enfantillage; si vous l'exigiez sérieusement, je jetterais cette bourse au feu moi-même, et je n'aurais que l^aire d'échange pour cela. Allons, levez-vous, et n'en parlons plus. Adieu; à ce soir; je reviendrai.

(Il sort.)

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