‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de MussetChapitre 41 sur 76 · SCÈNE V. — MATHILDE, seule · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — MATHILDE, seule

Puisque ce n'est pas celle-là, ce sera donc l'autre que je brûlerai.

(Elle va à son secrétaire et en tire la bourse qii'elle a faite.) Pauvre pelite/je te baisais tout à l'heure ; et te souviens-tu de ce que je te disais? Nous arrivons trop tard, lu le vois. Il ne veut pas de loi, et ne veut plus de moi.

(Elle s'upprocbo de la cheminée. )

tJN CAPRICE 17a

Ou'ori est folle de faire des rêves! ils ne se réalisent jamais. Pourquoi cet attrait, ce charme invincible qui nous fait caresser une idée? Pourquoi tant de plaisir à la suivre, à l'exécuter en secret? A quoi bon tout cela? A pleurer ensuite. Que demande donc l'impitoyable hasard? Quelles précautions, quelles prières faut-il donc pour mener à bien le souhait le plus simple, /la plus chétive espérance? Vous avez bien dit, monsieur le comte, j'insiste sur un enfantillage, mais il m'était doux d'y insister; et vous, si fier ou si infidèle, il ne vous eût pas coûté beaucoup de vous prêter à cet enfantillage. Ah! il ne m'aime plus, Une m'aime plus. Il vous aime, Madame de Blainville!

(Elle pleure.)

Allons, il n'y faut plus penser. Jetons au feu ce hochet d'enfant qui n'a pas su arriver assez vite; si je le lui avais donné ce soir, il l'aurait peut-être perdu demain. Ah! sans nul doute, il l'aurait fait; il laisserait ma bourse traîner sur sa table, je ne sais où, dans ses rebuts, tandis que l'autre le suivra partout, tandis qu'en jouant, à l'heure qu'il est, il la tire avec orgueil; je le vois l'étaler sur 'le tapis, et faire résonner l'or qu'elle renferme. Malheureuse! je suis jalouse; il me manquait cela pour me faire haïr.

{Elle va jeter sa bourse au feu et s'arrête.)

Mais qu'as-tu fait? Pourquoi te détruire,' triste ouvrage de mes mains? .11 n'y a pas de ta faute; tu attendais, tu espérais aussi! Tes fraîches couleurs n'ont point pâli durant cet entretien cruel; tu me plais, je sens que je t'aime ; dans ce petit réseau fragile, il y a quinze jours de ma vie ; ah ! non, non, la main qui t'a faite ne te tuera pas, (je veux te conserver, je veux t'achèvera tu seras pour moi une relique, eye te porterai sur mon cœur; tu m'y feras en même temps du bien et du mal; tu me rappelleras mon amour pour lui, son oubli, ses caprices; et qui sait? cachée à cette place, il reviendra peut-être t'y chercher.

(Elle s'assoit et attache le glaad qui manr^uait.)

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