‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de MussetChapitre 62 sur 76 · LOUISON · texte numérisé non relu

LOUISON

Suzanne avec le laisser-aller insolent et l'aplomb infatué d'un grand seigneur. Il commence par passer au doigt de la soubrette un superbe diamant et lui donne rendez-vous pour le soir, pendant le bal de l'Opéra, où il doit mener sa femme qu'il compte y égarer dans la foule. Louison refuse et le duc va seul au bal. La Duchesse a changé d'avis et, malgré tout ce que lui peut dire son mari, elle persiste à rester chez elle. C'est qu'elle a de vagues soupçons sur la fidélité de son mari, et le diamant qu'elle a vu au doigt de Louison contribue un peu à ses inquiétudes jalouses. Elle adresse même à la pauvre fille de sanglants reproches et parle de la chasser; mais Louison, forte de son innocence, endosse un domino et s'en va au bal intriguer le duc. Elle a soin de se faire accompagner par Berthaud, un brave garçon de son pays qui veut l'épouser. Le duc, désappointé, revient au logis où il trouve la duchesse endormie ou feignant de l'être. 11 se prend alors à remarquer qu'une femme jeune, pure, belle et qui vous adore n'est pas à dédaigner et il embrasse la duchesse qui se réveille juste à point pour rendre le baiser au mari repentant. A Louison, qui lui a reproché, au début de la comédie, de vouloir acheter avec une bague un amour qui refuse de se donner, le duc répond avec désinvolture

Qu'est-ce à dire, payer? Moi, le payer, ma belle?

Quoi! pour un simple, anneau, pour une bagatelle,

Pour un hochet d'enfant qui plaît à voir briller,

Tu me crois assez sot pour vouloir te payer?

Si tel était mon but, si j'osais l'entreprendre.

Si l'amour de Lisette était jamais à vendre,

Pour payer dignement de semblables appas.

Mes biens y passeraient et n'y suffiraient pas.

Est-ce donc une offense à la personne aimée.

Et s'en doit-elle au fond croire moins estimée.

Si l'on veut la parer sans pouvoir l'embellir,

D'un pauvre diamant que ses yeux font pâlir?

Comment! mettre une bague au plus beau doigt du monde,

(Il lui remet la bague au doigt.) Poser quelques bijoux sur cette épaule ronde, Sur ce cœur qui palpite un céladon changeant, Serrer ce petit pied dans un réseau d'argent. Entourer la beauté, dans sa fleur et sa grâce, Des prestiges de l'art qu'elle égale et surpasse. Ce serait donc, ma chère, un grand crime à tes yeux! Payer! efface donc; ce mot est odieux.

Oublions ce billet, n'y songeons plus, Lisette. On paye un intendant, un rustre, une grisette; Mais, dans ce monde-ci, je ne sais cas encor Qu'on se soit avisé de payer un trésor. Et ton cœur est sans prix, quand tu serais moins belle*

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