BETTINE
la férule de son vieil époux. Mais Léon Faucher ne connut pas ce nouveau dénouement et maintint son interdiction *.
C'est pour Mme Rose Chéri que fut écrite, en 1853, par Alfred de Musset, la comédie intituléefieiiiwe; Mme Rose Chéri se montra enchantée du •'Ole.
Cependant cette pièce fut accueillie froidement par le public du Gymnase dramatique. Elle n'y fut jouée que vingt-cinq ou trente fois.
Elle est pour beaucoup une des productions les plus parfaites de l'auteur du Caprice, quoique la reprise n'en ait pas été tentée. Elle n'appartient pas, pour ainsi dire, au répertoire dramatique de Musset.
Sans doute elle paraît d'un style trop poétique, trop châtié aussi; l'auteur était alors dans la pleine maturité de son génie, il avait du cœur humain une connaissance profonde, mais le spectateur fut en quelque sorte désorienté.
Peut-être le dernier mot n'est-il pas dit sur cette comédie dont voici l'analyse.
Bettineesl une cantatrice italienne qui a dit adieu à la musique, aux bravos et aux couronnes du public pour se donner tout entière à M. de Gusberg, qu'elle aime. Le matin même elle doit se marier. Le notaire arrive plume à l'oreille et dossiers sous le bras et demande à un valet de chambre de l'introduire chez les jeunes époux. Mais M. de Gusberg est parti le matin, son fusil sur l'épaule, et Bettine n'est pas encore levée. « Voilà de singulières gens, en vérité, se dit le notaire, passer à la chasse un pareil jour, dormir encore à pareille heure! • Heureusement le notaire prend patience devant une table délicatement servie et pourvue de flacons de Muscatelle. M. de Gusberg finit cependant par rentrer. Mais il a l'air soucieux, préoccupé, morose. Pauvre baron, ce n'est pas le mariage qui lui suggère d'aussi sérieuses pensées. C'est une perte énorme qu'il vient de faire autour d'un tapis vert chez une grande dame interlope. C'est là qu'il va chasser de si grand matin sans s'apercevoir que le gibier, c'est lui et qu'on le plume. Cependant, il songe que dans un instant il va signer un contrat et alors se réveillent en lui d'anciens instincts et des vices assoupis. II ne pourra décidément se résigner à un bonheur qui menace d'être toujours égal et sans nuages, et, ma foi! il cherche une querelle à Bettine pour avoir l'occasion de rompre avec elle. Le premier moyen vient échouer contre la douceur inaltérable de la diva. Mais voilà qu'elle reçoit une parure de diamants accompagnée d'une lettre signée d'un marquis Stephani.
Ce marquis connaît Bettine depuis longtemps pour l'avoir
}, Paul do Musset. Bioçrapbiç,
applaudie presque chaque soir, tantôt à la Scaïa de Milan, tantôt à San Carlo de Naples, il est devenu peu à peu l'ami de la cantatrice et, apprenant èon prochain mariage, il prend la liberté de lui offrir son cadeau de noces. Le baron de Uusberg saisit ce prét exte pour arriver à une rupture et s'éloigne. Pendant tout ce temps notre brave notaire ne cesse pas d'aller des flacons de Muscatelle aux futurs conjoints. Enfin c'est le marquis Stephani qu'il trouve aux pieds de BetLine tout prêt à lui donner son nom et à continuer avec elle celte bonne existence d'amis qu'ils ont déjà n\enée et à laquelle il ne manquait qu'un peu d'amour pour être heureuse. Belline, moitié souriante, moitié triste, consent à se faire appeler marquise. Mais Stephani, l'intelligent dilettante, entend bien qu'elle reste, malgré le mariage, toujours ce qu'elle a été : la cantatrice à la voix pure, fraîche et vibrante qu'il ira comme par le passé entendre chaque soir dans sa stalle habituelle.
— Est-ce qu'on résiste à son talent, dit le marquis avec une éloquente justesse. En a-t-on la force? En a-t-on le droit, surtout quand ce talent heureux vous a portée sur cette jolie montagne où les Muses dansent autour d'Apollon et les abeilles autour des Muses. Croyez-vous donc que l'on puisse être tout bonnement baronne ou marquise en revenant de ce pays-là? La nature parle : bon gré, mal gré, il faut qu'on l'écoute. Eh! palsanibleu, un poète fait des vers et un musicien des chansons, comme un pommier fait des pommes. Lorsqu'on me raconte que Rossini se tait, je déclare que je n'en crois rien. El vous non plus, Bettine, vous ne vous tairez pas. Vous retrouverez force et vaillance, vous reprendrez la harpe de Desdémone, et moi ma place dans mon petit coin, à côté de mon cher quinquet. Vous reverrez celte foule émue, attentive, qui suit vos moindres gestes, qui respire avec vous, ce parterre qui vous aime tant, ces vieux dilettanti qui frappent de leurs cannes, ces jeunes dandies qui, parés pour le bal, déchirent leurs gants en vous applaudissant; ces belles dames dans leurs loges dorées qui, lorsque le cœur leur bat aux accents du génie, lui jettent si noblement leurs bouquets parfumés! Tout cela vous attend, vous regrette et vous appelle. Ah! je jouissais jadis de vos triomphes! Votre amitié m'en donnait uno part! que sera-ce quand vous serez à moi? »
Après l'éclatant succès à'Jl ne faut jurer de rien, que nous venons de rappeler. Rachel et Augustine Brohant demandèrent chacune un rôle à l'auteur. Pour leur plaire, il écrivit Louison, mais des brouilles survinrent et le rôle fut donné à Mlle Anaïs
Louison, très critiquée, n'eut qu'un médiocre succès, c'est une comédie en vers dont le sujet n'offre que peu d'originalité. Louison est femme de chambre chez un duc cl, comme elle est jolie, le duc, en vrai comte Alniaviva, courtise celte nouvelle
LûUlSÛN
(Dessin original de Bida.)
Lisette. Monseigneur, j'écrivais.
Lu Duc. — À (|iii donc, par liasard? A quoique amant peut-être. Lisette. — A vousmcme. Tcne? ,.,,,,.