‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 109 sur 309 · LA BATAILLE PERDUE · texte numérisé non relu

LA BATAILLE PERDUE

Sur kplus haute c(^line Il moine, et sa javeline Soutenant ses membres lourds, Il Toit son armée en fuite Et de sa tente détraite Pendre en kmbeaux le veloars.

En. Dbsoiaiips, Hodriguê pendant la batailU.

« Allah t qui me rendra ma formidable armée, « Emirs, cavalerie au carnage animée ?

« Et ma tente, et mon camp éblouissant â vqir, « Qui la nuit allumait tant de feux, qu'à leur nombre « On eût dit que le ciel sur la colline sombre c Laissait ses étoiles pleuvoir?

« Qui me rendra mes beys aux flottantes pelisses?

a Mes fiers timariots, turbulentes milices?

ff Mes khans bariolés? mes rapides spahis?

« Et mes Bédouins hâlés, venus des Pyramides,

a Qui riaient d'effrayer les laboureurs timides,

a Et poussaient leurs chevaux par les champs de mais?

c Tous ces chevaux, é l'œil de flamme, aux jambes grêles, c Qui volaient dans les blés comme des sauterelles, a Quoi ! je ne verrai plus, franchissant les sillons, « Leurs troupes, par la mort en vain diminuées, « Sur les carrés pesants s'abaltant par nuées,

< Couvrir d*éclairs les bataillons !

c Ils sont morts : dans le sang traînent leurs belles housses ;

« Le sang souille et noircit leur croupe aux taches rousses ;

c L'éperon s'userait sur leur flanc arrondi

ff Avant de réveiller leurs pas jadis rapides,

€ El prés d'eux sont couchés leurs maîtres intrépides

€ Qui dormaient à leur ombre aux haltes de midi !

a Allah ! qui me rendra ma redoutable armée? « La voilé par les champs tout entière semée, c Comme 1 or d'un prodigue épars sur le pavé, c Quoi ! chevaux, cavaliers, Arabes et Tartares,

< Leurs turbans, leur galop, leurs drapeaux, leurs fanfares,

< C'est comme si j'avais rêvé !

< 0 mes vaillants soldats et leurs coursiers fidèles !

< Leur voix n'a plus de bruit et leurs pieds n'ont plus d'ailes,

< Us ont oublie tout, et le sabre et le mors.

< De leurs corps entassés cette vallée est oléine ; «Voilà pour bien longtemps une sinistre pkine! «Ce soir l'odeur du sang : demain l'odeur des morts.

< Quoi! c'était une armée! et ce n'est plus qu'une ombre !

< Ils se sont bien battus, de l'aube à la Éuit sombre, « Dans le cercle fatal ardents à se presser.

c Les noirs linceuls des nuits sur 1 horizon se posent. « Les braves ont fini : maintenant ils reposent, c Et les corbeaux vont commencer.

« Déjà, passant leur bec entre leurs plumes noires, « Du fond des bois, du haut des chauves promontoires, « Ils accourent : des morts ils rongent les lambeaux ; «Et cette armée, hier formidable et suprême, « Cette puissante armée, hélas I ne peut plus même «Effaroucher un aigle et chasser des corbeaux!

« Oh ! si j'avais encor cette armée immortelle, « Je voudrais conquérir des mondes avec elle : «Je la ferais régner sur les rois ennemis;

< Elle serait ma sœur, ma dame et mon épouse.

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LSS OftlENTALES*

«Hais que fera la mort inféconde et jalouse, ff De tant de braves endormis?

<K Que n'ai-Je été frappé? que n*a sur la poussière « Roulé mon vert turoan avec ma tète altiére ! a Hier j'étais puissant; hier trois officiers, « Immobiles et fiers sur leur selle tigrée, « Portaient, devant le seuil de ma tente dorée, « Trois panaches ravis aux croupes des coursiers.

f( Hier j'avais cent tambours tonnant à mon passage; (( J'avais quarante agas conlemplant mon visage, « Et d'un sourcil froncé tremblant dans leurs palais, (c An lieu des lourds pierriers qui dorment sur les proues, «J'avais de beaux canons roulant sur quatre roues, « Avec leurs canQnniers anglais.

«Hier j'avais des châteaux; j'avais de belles villes;^ « Des Grecques par milliers a vendre aux juifs serviles; « J'avais de gj^ands harems et de grands arsenaux. A Aujourd'hui dépouillé, vaincu, proscrit, funeste, <c Je fuis... De mon enifiire. hélas f rien ne me reste; «Allah! je n'ai plus même une tour à créneaux!

«Il faut fuir, moi, pacha, moi, vizir A trois queues! « Franchir l'horizon vaste et les collines bleues, «Furlif, baissant les yeux, presnue tendant la inain, « Comme un voleur qui fuit troublé dans les ténèbres, « Et croit voir des gibets di^^ant leurs bras funèbres « Dans tous les arbres du chemin 1 n

Ainsi parlait Reschid, le soir de sa défaite.

Nous eûmes mille Grecs tués à cette fête.

Mais le vizir fuyait, seul, ce champ meurtrier.

Rêveur, il essuyait son rouge cimeterre ;

Deux chevaux prés de lui du pied battaient la teiTo,

Et, vides, sur leurs lianes sonnaient les étriers.

Mat 1828.

LE RAVIN

.... altefoase Ghe vattan qoetta terra aconaolâU.

Dartf.

Un ravin de ces monts coupe la noire crête; Comme si, voyageant du Caucase au Cédar, Quelqu'un de ces Titans que nul rempart n'arrête

Avait &it passer sur leur tête

La roue immense de son char.

Hélas 1 combien de fois, dans nos temps de discorde, Des flots de sang chrétien et de sang mécréant, Baignant le cimeterre et la miséricorde, Ont changé tout lixoup en torrent qui déborde Cette ornière a'un char géant!

Avril 1828.

XVUl L'ENFANT

Ohorror! horrori horrorl Sbasskabs, Macbeth.

Chio, qnWbrageaient les charmilles, Ghio, qui dans les flots reflétait ses grands bob. Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois

Un chœur dansant de jeunes filles.

Tout est désert : mais non, seul prés des murs noircis, Un enfant aux yeux bleus, un entant grec, assis.

Courbait sa tête humiliée.

n avait pour asile, il avait pour appui Une blanche aubépine, une fleur, compe lui

Dans le grand ravage oubliée.

— ^ Ah I pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux ! Hélas ! pour essuyer les pleurs do tes yeux bleus

Comme le ciel et comme l'onde, Pour oue dans leur azur, de larmes orageux, Passe le vif éclair de la joie et des jeux.

Pour relever la tête blonde,

Que veux-tu? bel enfant, que te faut-il donner Pour rattacher gaiment et gaiment ramener

En boucles sur la blanche épaule Ces cheveux qui du fer n'ont pas subi Taffront, Et qui pleurent épars autour de ton beau front.

Comme les feuilles sur le saule?

Sui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux? st-ce d'avoir ce lis, bleu comme tes yeux biens, Qui d'Iran borde le puits sombre.

Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand. Qu'un cheval au galop met toujours en courant Cent ans à sortir de son ombre?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois. Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois.

Plus éclatant que les cymbales ?

Que veux-tu : fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux? — Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,

Je veux de la poudre et des balles.

Juin 1828.

Les Turcs ont passé là : tout est ruine et deuil. Chio, rile des vins, n'est plus qu'un sombre écueil.

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