‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 108 sur 309 · MARCHE TURQUE · texte numérisé non relu

MARCHE TURQUE

Ji . AUah — EUàlah I JToran.

li n'y a d'autre Dieu que Dieu.

Ma dague d'un sang noir â mon côté ruisselle, Et ma nache est pendue à l'arçon de ma selle.

J'aime le vrai soldat, effroi de Bélial : Son turban évasé rend son front plus sévère ; Il baise avec respect la barbe de son père, 11 vone à son vieux sabre un amour filial. Et porte un doliman percé dans les mêlées De plus de coups que n'a de taches étoilées La peau du tigre impérial.

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle, Et ma hache est pendue à Tareon de ma selle.

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LES 0B1£NTALBS.

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Un bouclier de coivre à son bras sonne el luit, Rouge comme la lune au milieu d'une brume: -Son cheval hennissant miche un frein blanc d*écume; Un lonj^ sinon de poudre en sa course le suit. Quand il passe au galop sur le pavé sonore, On fait silence, on dit : C'est un cavalier maure ! E^fliacun se retourne au bruit.

Ma dague d*un sang noir à mon côté ruisselle. Et ma hache est p^^ à Tarçon de ma selle.

Quanà dix mille Giaoun vienutni tu «on du cor, Il leur répond; il vole, et d'un sôuffid'tarouche Fail^Hr la terreur du clairon qu'il embouche, ^ Vue, et parmi les morts sent croître son essor, Rafraîchit dans lear sang son caftan écarlate» Et pousse soA coursier qui se lasse, et le flatte

Pour en égorger plus encor !

Ma dague d'un sajy; noir à mon côté ruisselle, * Et ma hache est ^due A l'arçon de ma selle.

J'aime, s'il est vainqueur, quand s'est tu le tambour, Qu'il ait sa belle esclave aux paupières arquées. Et, laissant les imans qui prêchent aux mosauces Boire du vin la nuit, qu'il en boive au ^ana jour ! J'aime, après le combat, que sa voix enjouée Rie, et, ues cris de guerre encor tout enrouée. Chante le$*ftouris et l'amour !

Ma dague d'un sang noir a mon côté ruisselle, El ma hache est pendue A l'arçon de ma selle.

Qu'il soit grave, et rapide à venger un affront; Qu'il aime mieux savoir le jeu du cimeterre Que tout ce qu'à vieillir on apprend sur la terre; Qu'il ignore quels jours les soleils s'éteindront, Quand rouleront les mers sur les sables arides, Mais qu'il soit brave el jeune, et préfère â des rides Des cicatrices sur son front !

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle, Et ma nache est pendue à l'arçon de ma selle.

Tel est, comparadgis, spahis, timariots.

Le vrai guerrier croyant ! Mais celui qui se vante. Et qui tremble au moment de semer répouvante. Qui le dernier arrive aux camps impériaux,

8ui, lorsque d'une ville on a forcé la porte, e fait pas, sous le poids du butin qu'il rapporte, Plier l'essieu des chariots;

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle, Et ma nache est pendue a l'arçon de ma selle.

Celui qui d'une femme aime les entretiens ; Celui qui ne sait pas dire dans une orgie Quelle est d'un beau cheval la généalogie; Qui cherche ailleurs qu'en soi force, amis et soutiens, Sur de soyeux divans se couche avec mollesse, Craint le soleil, sait lire, et par scrupule laisse Tout le vin de Chypre aux chrétiens ;

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle, Et ma hache est pendue i l'arçon de ma selle.

Celui-U, c'est un lâche, et non pas un jruerner. Ce n'est pas lui au'on voit dans la bataille ardente^ Pousser un fier cheval, & la housse pendante. Le sabre en main, debout sur le large étrier ; Il n'est bon qu'A presser des talons une mule, En murmurant tout bas quelque vaine formule, Gomme un prêtre qui va prier !

Ha dague d'un sang noir à mon côté ruisselle, Kt ma nache est pendue à l'arçon de ma selle.

Mai 1928.

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