LES TRONÇONS DU SERPENT
D'ailleurs les sages ont dit :
Il ne faut point attscher son cœur sux choses passagères.
Sam, GfUittem.
Je veille, el nuit et jour mon front rêve enflammé.
Ha joue en pleurs ruisselle Depuis qu'Albaydé dans la tombe a fermé
Ses beaux yeux de gaselie.
Car elle avait cjuinse ans, un sourire ingénu.
Et m'aimait sans mélange, Et, quand elle croisait ses bras sur son sein nu,
On croyait voir un ange !
• Un jour, pensif, j'errais au bord d'un golfe ouvert
Entre deux promontoires.
Et je vis sur le sable un serpent jaune et vert.
Jaspé de taches noires.
La hache en vingt tronçons avait coupé vivant
Son corps que ronde arrose, Et récume des mers que lui jetait le vent
Sur son sang flottait rose.
Tous ses anneaux vermeils rampaient en se tordant
Sur la grève isolée, Et le sang empourprait d'un rouge plus ardent
Sa crête dentelée.
Ces tronçons déchirés, épars, prés d'épuiser
Leurs forces languissantes.
Se cherchaient, se cherchaient, comme pour un baiser
Deux bouches frémissantes.
Et comme je ré vais, triste et snppliant Dieu
Dans ma pitié muette, La tète aux miUe dents rouvrit son œil de feu.
Et me dit :«0 poète!
« Ne plains que toi ! ton mal est plus enveoioié,
c Ta plaie est plus cruelle; « Car ton Aloaydé dans la tombe a fermé
c Ses beaux yeux de gaselie.
; « Ce coup de hache aussi brise ton Jeune essor. € Ta vie et tes pensées « Autour d'un souvenir, chaste et dernier trésor, I c Se traînent dispersées.
«Ton génie, au vol large, éclatant, gradeux,
« Qui, mieux que l'hirondelle, « Tantôt rasait la terre, et tantôt dans les deux
«Donnait de grands coups d'aile,
« Gomme moi maintenant, meurt prés des flots troublés,
c Et ses forces s'éteignent, « Sans pouvoir réunir ses tronçons mutilés
« Qui rampent et qui saignent. »
Novembre 1828.
LBS ORIENTALES.
NOURMAHAL LA ROUSSE
No es bestia que non fus hy trobeda.
JoAK LoMtmo SnmiA m Asioma.
Pas de bête faute qui ne s'y trôtvât.
Entre deux rocs d*un noir d'ébéne Voyci*vons ce sombre bailler Qui se hérisse dans la plaine, Ainsi qa*une touffe de laine Entre les cornes du bélier?
LA» dans une ombre non frayée.
Grondent le tigre ensanglanté, La lionne, mère effrayée, Le chacal, l'hyène rayée Et le léopard tacheté.
Lé, des monstres de toute forme llampent : — le basilic rêvant, L'hippopotame au ventre énorme, El le DOS, vQKte et difforme.
Qui semble un tronc d'arbre vivant.
L'orfraie aux paupières vermeilles, Le serpent, le singe méchant, Sifllent comme un essaim d*abciUes ; L'éléphant aux larges oreilles Cn&se les bambons en marchant.
LA, vit la sauvage famille Qui glapit, bouraonne et mn^t. Le lK>is entier hurle et fourmille.
Sous chaque buisson un œil brille, Dans chaque antre une voix rugit.
Eh bien ! seul et nu sur la mousse.
Dans ce bois-là Je serais mieux Que devant Nourmahal la Rousse,
Sui parle avec une voix douce t regarde avec de doux yeux!
Novembre ittS.
xxvin