‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 121 sur 309 · LES BLUETS · texte numérisé non relu

LES BLUETS

Si 6g vodad 6 non, yo no o ne liy de ver, Pero non lo qoiero en oNdo poner.

J04M LoBinO SbGURA de AiVOMA.

Si cela est Tni oa non, je n'ai pas k le voir ici ; mais je ne le veux pas mettre en oubU.

Tandis que l'étoile inodore

Îue l'été mêle aux blonds épis maille de son bleu lapis Les sillons nue la moisson dore.

Avant qae, ae fleurs dépeuplés.

Les champs aient subi les faucilles, AIle^« ailes, ô jeunes filles.

Cueillir des bluets dans les blés !

Entre les villes andalouses, U n'en est pas qui sous le ciel S'étende mieux que Penafiel Sur les gerbes et les pelouses ; Pas qui dans ses murs crénelés Lève de plus fiéres bastilles...

Allez, allez, ô jeunes filles.

Cueillir des bluets dans les blés !

il n'est pas de cité chrétienne.

Pas de monastère â beffroi.

Chez le saint-père et chez le roi, Où, vers la Saint- Ambroise. il vienne Plus de bons pèlerins hêlés, Portant bouraon, gourde et coquilles...

Allez, allez, 6 jeunes filles, Cueillir des bluets dans les Ués !

Dans nul pays, les jeunes femmes.

Les soirs, lorsque l'on danse en rond, N'ont plus de roses sur le front, Et n'ont dans le coeur plus de flammes ; Jamais plus vifs et plus voilés Renards n'ontlui sous les mantilles...

Allez, allez, 6 jeunes filles, Cueillir des bluets dans les blés !

La perle de l'Andalousie, Alice, était de Penafiel, Alice, qu'en faisant son miel Pour fleur une abeille eût choisie. .

C^ jours, hélas I sont envolés !

On la citait dans les familles...

Allez, allez, ô jeunes fill^, Cueillir des bluets dans les blés!

Un étranger vint dans la ville.

Jeune et parlant avec dédain.

Etait-ce un Maure grenadin ? .

Un de Murcie ou de Séville?

Venait-il des bords désolés Où Tunis a ses escadrilles?

Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bluets dans les Uésl

On ne savait. — Lia pauvre Alice En fut aimée, eU)ius l'aima.

Le doux vallon A Xarama

ni ta lit».

LES 0RIENTALK3.

De lenr doux péché fut complice.

Le loir, sous l«s cîeni étoil«.

Toni deux Hnieol par les charmilles...

Allet, ailei, 6 jeunes Olles, Cneilnr des blueU dans les blés!

La rille était lointaine et sombre ;

Et la lune, douce loi amours,

Se levant derrière les toun

El les clochera perdus dans l'ombre,

Des édiHcea dentelés

Découpait eiMioir les aiguilles...

Allet, ailes, à jeunes Slles,

Cueillir des blueis dans les blés!

Cependant, d'Alice jilonset.

En rêvant su bel étranger.

Sous l'srbre à soie et I oranger Dansaient les brunes Andalouses, l.es cors, aui guilarei mêlés, ^ Animaient les joyeui quadrilles...

L'oiseau dort dans le lit de mousse Oue déjà menace l'aulaur; Ainti dormait dans son amour

C'était don Juan, roi des Csstitles...

Allés, ailes, A jeune Glles, Cueillir des bluett dans les blés !

no pnnc «letroi

Or c'est péril qn'aîi Un jour, sur un noir tMlelroi On k jeta de par le roi ; On l'arracha delà province; lia cloître sur sœ jours troublés De par le roi Terma ses criltea...

Ailes, allei, â jeunes allés, Cueillir des blueis dai» les blés !

Avril ItUW.

LES ORISNTALBS.

>, liflti t el des bni d'un orl>a< Troide* nminsta p

Luengi ei lu nocbe, f urrado*

Eatin *Di ajos pwdo*.

[Idot, ido9cnpi>, flentua aladoi I Longue Ml u Duit, et ierméi tout lea Teai lourdi.

llélail qoej'emi vu mourir de Jeunes Bllet! ("eut le dealin. U but un« proie lU trépos. Il fitit que l'herbe tombe lu iraDchnnt des faiicittei ; Il fiai que dans le bal lef folfttret quadrilles Foulent des roses sons leurs pns.

Il faut que l'eau s'épuise à courir les vallées ; Il faut que l'écUir brille, et brille peu d'insuols; Il iaut qu'avril jaloux hrùle de ses sel^ Le beau pommier, trop fier de ses fleurs étoilécs. Neige odoraule du prinlemps.

Oui, c'est la vie. Acres le jour, la nuit litide. Après tout, le réveil, inrernat ou divio, Autour du grand baoquet siéga une Toule avide ; Mais bien (tes conviés laùsent leur place fide, Et se lèvent avant la Un.

Que i'eo a) vu mourir ! — l'une était rose et blanche. L'autre semblait ouir de célestes accords; L'autre, Taible, ippnvait d'un bras son front qui penche. Et, comme en ('envolant l'oisean courbe la branche. Son Orna avait brisé son torfs.

I» F» c*; Rrr ii>iifCTTii. 1. s

LES ORIBtfTALES.

Une. pâle» égarée, en proie au noir délire, Disait tout bas un nom dont nul ne se souvient; Une s'évanouit, comme un chant sur la lyre; Une autre en expirant avait le doux sourire D'un jeune ange qui s*en revient.

Tontes fAigiles Qeurs, sitôt mortes aue nées! Alcyons engloutis avec leurs nids flottants! Colombes, que le ciel au monde avait données ! Qui, de grftce, et d'enfance, et d*amour couronnées, Comptaient leurs ans par les printemps !

Quoi, mortes! quoi, déjà sous la pierre couchées ! Quoi ! tant d'êtres charmants sans regards et sans voix ! Tant de flambeaux éteints! tant de fleurs arrachées I... - Oh! laissez-moi fouler les feuilles desséchées Et m'égarer au fond des bois !

Doux fantômes! c'est là, quand je rêve dans l'ombre, Qu'ils viennent tour à tour m'entendre el me parler. Un jour douteux me montre et me cache leur nombre ; Â travers les rameaux el le feuillage sombre, Je vois leurs yeux étinceler.

Mon âme est une sœur pour ces ombres si belle». La vie et le tombeau pour nous n'ont plus de loi. Tantôt j'aide leurs pas, tnnlôt je prenas leurs ailes. Vision ineffable où je suis mort comme elles, Elles, vivantes comme mol !

Elles prêtent leur forme à toutes mes pensées. Je les vois, je les vois ! Elles me disent : Viens ! Puis autour d'un tombenu dansent entrelacées; Puis s'en vont lentement, par degrés éclipsées: Alors Je songe et me souviens...

Une surtout :— on ange, une jeune Espagnole ! — Blanches mains, sein gonflé de soupirs mnocents, Un œil noir, où luisaient des regards de créole, Et ce charme inconnu, cette fraîche auréole Qui couronne un front de quinze ans !

Non, ce n*est point d'amour (qu'elle est morte : pour elle, L'amour n'avait encor ni plaisirs ni combats; Rien ne faisait encor battre son cœur rebelle ; Quand tous en la vojant s'écriaient : Qu'elle est belle ! Nul ne le lui disait tout bas.

Elle aimait trop le bal. c'est ce qui l'a tuée. Le bal éblouissant ! le bal délicieux ! Sa cendre encor frémit doucement remuée. Quand, dans la nuit sereine, une blanche nuée Danse autour du croissant des cieux.

Elle aimait trop le bal. — Quand venait une fête. Elle y pensait trois jours, trois nuits elle en rêvait; fit femmes, musiciens, danseurs que rien n'arrête, Venaient, dans son sommeil, troublant sa jeune lêie, Rire et bruire A son chevet

Pois c'étaient des bijoux, des colliers, des merveilles ! Des ceintures de moire aux ondoyants reflets ; Des tissus plU3 légers que des ailes d'abeilles: Des festons, des rubans, é remplir des corbeilles ; Des fleun» i payer un palais !

La fête commencée, avec ses sœurs rieuses

Elle accourait, froissant l'évealail sous ses doigts,

Puis s'asseyait parmi les écharpes soyeuses. Et son cœur éclatait en fanfares jojeuses. Avec l'orchestre aux mille voix.

C'était plaisir de voir danser la jeune fille! Sa basquine agitait ses paillettes d'ainr; Ses grands yeux noirs brillaient sous la noire mantille Telle une double étoile au front des nuits scintille Sous les plis d'un nuage obscur.

Tout en elle était danse, et rire, et folle joie. Enfant! —Nous l'admirions dans nos tristes loisirs I Car ce n'est point au bal que le cœur se déploie : La oendre y vole autour des tuniaues de soie, L'ennui sombre autour des plaisirs.

Mais elle, par la valse ou la ronde emportée. Volait, et revenait, et ne respirait pas, Et s'enivrait des sons de la flûte vantée. Des fleurs, des lustres d or, de la fêle enchantée. Du bruit des voiï, du bruit des pas.

8uel bonheur de bondir, éperdue, en la foule, e sentir par le bal ses sens mutipliés, Et de ne pas savoir si dans la nue on roule. Si l'on cbasse en fuyant la terre, ou si l'on foule Un flot tournoyant sous ses pieds !

Mais, hélas I il fallait, quand l'aube était venue. Partir, attendre au seuil Je manteau de satin. C'est alors que souvent la danseuse ingénue Sentit en frissonnant sur son épaule nue Glisser le souffle du matin.

Quels tristes lendemains laisse le bal folâtre ! Adieu, parure, et danse, et rires enfantins! Aux chansons succédait la toux opiniAlre, Au plaisir rose et frais la fièvre au teint bleuâtre. Aux yeux brillants les yeux éteints.

Elle est morte.— À quinze ans, beUe^ heureuse, adorée Morte au sortir d'un bal qui nous mit tous en deuil, Morte, hélas! et des bras d'une mère égarée La mort aux froides mains la prit toute parée, Pour l'endormir dans le cercueil.

Pour danser d'autres bals elle était encor (n^te. Tant la mort fut pressée à prendre un corps si beau ! Et ces roses d'un jour qui couronnaient sa tète, Qui s'épanouissaient la veille en une fête. Se fanèrent dans un tombeau.

Sa [MUTre mère! — hélas ! de son sort ignorante, Avoir mis tant d'aihour sur ce frêle roseau. Et si longtemps veillé son enfance souffrante, Et passé tant de nuits â l'endormir pleurante Toute petite en son berceau !

A quoi bon? — Maintenant la jeune trépassée. Sous le plomb du cercueil, livide, en proie au ver. Dort; et si, dans la tombe où nous l'avons laissée, Quelque fête des morts la réveille glacée. Par une belle nuit d'hiver.

Un spectre, au rire affreux, â sa morne toilette Préside au lieu de mère, et lui dit : Il est temps f

LES ORIENTALES

Et, glaçant d'un baiser sa lèvre violette, Paxse les doigts noueux de sa main de squelette Sous ses cheveux longs et Qottants.

Puis, tremblante» il la mène à la danse fatale, Au diœur aérien dans l'ombre voltigeant ; Et sur l'horizon gris la lune est large et pAle, Et rar&en-ciel des nuite teint d'un reflet d'opaU Le nuage aux franges d'argent.

Vous toutes qu'à ses jeux le bal riant convie, Pensez à l'Espagnole éteinte sans retour, Jeunes filles ! Joyeuse, et d'une main ravie, Elle allait moissonnant les roses de la vie, Beauté, plaisir, jeunesse, amour!

La pauvre enfant, de fête en fête promenée. De ce bouquet charmant arrangeait les couleurs ; Mais qu'elle a passé vite, hélas ! l'infortunée ! Ainsi qu'Ophéha par le fleuve entraînée. Eue est morte en cueillant des fleurs !

Avril 1838.

Puis déjà ne sont plus qu'un point noir dans la brume, Puis s'effacent dans Tair comme un flocon d'écume Au vaste océan bleo.

Ils vont. L'espace est grand. Dans le désert immense, Dans l'horizon sans fin qui toujours recommence,

Ils se plongent tous deux.

Leur course comme un vol les emporte, et grihds chênes, Villes et tours, monts noirs liés en longues chaines,

Tout chancelle autour d'eux.

Bt, si l'infortuné, dont la tète se brise. Se débat, le cheval, qui devance la brise,

D'un bond plus effrayé, S'enfonce au désert vaste, aride, infranchissable, Qui devant eux s'étend, avec ses plis de sable.

Gomme un manteau rayé.

Tout vacille et se peint de couleurs inconnues : Il voit courir les bois^ courir les larges nues.

Le vieux donjon détruit.

Les monts dont un rayon baigne les intervalles; Il voit; et des troupeaux de fumantes cavales

Le suivent a grand bruit !

Et le del, où d^A les pas du soir s'allongent, Avec ses océans de nuages où plongent

Des nnhfps encor.

Et son soleil qui fend leurs vagues de* sa proue. Sur son front ébloui tourne comme une roue

De marbre aux veines d'or!

À M. LOUIS BOVLANGEH.

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