AOUT
Après juillet 1850 il nous faut la chose république et le i moi monarchie.
A ne considérer les choses que sous le point de vue de l'expédienl politique, la Révolution de juillet nous a fait passer brusquement du conslitutionualisme au républicanisme. La machine anglaise est désormais hors de service en France ; les vjrhigs siégeraient a l'extrême droite de notre chambre. L'opposition a changé de terrain comme le reste. Avant le 30 juillet elle était en Angleterre, aujourd'hui elle est en Amérique.
Les sociétés ne sont bien gouvernées ^n fait et en droit que lorsque ces deux forces, l'intelligence et le pouvoir, se superposent. Si l'intelligence n'éclaire encore qu'une tête au sommet du corps social, que cette tête régne ; les théocraties ont leur logique et leur beauté. Dés que plusieurs ont la lumière, que plusieurs gouvernent, les aristocraties sont alors légitimes. Mais lorsque enfin l'ombre a disparu de partout, quand tontes les têtes sont dans la lumière, que tous régissent tout. Le peuple est mûr à la république; qu'il ait la république.
Tout ce que nous voyons maintenant, c'est une aurore. Rien n'y manque, pas même le coq.
La fatalité, que les anciens disaient aveugle, y voit clair et raisonne. Les événements se suivent, s'enchaînent et se déduisent dans l'histoire avec une logique çiui effraye. En se plaçant un peu a distance, on peut saisir toutes leurs démonstrations dans leurs rigoureuses et colossales proportions ; et la raison humaine brise sa courte mesure aevant ces grands syllogismes du destin.
11 ne peut y avoir rien que de factice, d'artificiel et de plétré dans un ordre de choses où les inégalités sociales contrarient les inégalités naturelles.
L'é(|uilibre parfait de la société résulte de la superposition immédiate de ces deux inégalités.
Les rois ont le jour, les peuples ont le lendemain.
ET PHILOSOPHIE MÊLÉES
Donneurs de places! preneurs déplaces! demandeurs de places ! gardeurs de places ! — C'est pitié de voir tous ces gens qui mettent une cocarde tricolore à leur marmite.
Il Y a, dit Uippocrate, l'ioconnu, le nwstérieui, le di' vin des maladies. Quid divinum. Ce qu*il ait des maladies, on peut le dire des révolutions.
La dernière raisou des rois, le boulet. La dernière raison des peuples, le pavé.
Je ne suis pas de vos gens coiffés du bonnet rouge et entêtés de la guillotiue.
Pour beaucoup de raisonneurs â froid qui font après coup la théorie de la Terreur, 93 a été une amputation brutale, mais nécessaire. Robespierre est un Dupuytren politique. Ce que nous appelons la guillotine n*est qu'un bistouri.
C'est possible. Mais il faut désormais que les maux de la société soient traités, non par le bistouri, mais par la lente et graduelle purification du sang, par la résorption prudente des humeurs exlravasées, par la saine alimentation, par Texercice des forces et des facultés, par le bon ré^me. Ne nous adressons plus au chirurgien, mais au* médecin.
Beaucoup de bonnes choses sont ébranlées et toutes tremblantes encore de la brusque secousse qui vient d*avoir lieu. Les hommes d*art en particulier sont fort stupéfaits et courent dans toutes les directions après leurs idées éparpillées. (JuMls se rassurent. Ce tremblement de terre passé, j'ai la ferme conviction que nous retrouverons notre édifice de poésie debout et plus solide de toutes les secousses auxquelles il aura résisté. C'est aussi une (juestion de liberté que la nôtre, c'est aussi une révolution. Elle marchera intacte à côté de sa sœur la politique. Les révolutions, comme les loups, ne se mangent pas.