AUTRE
C Quel est le plus épars de tes cheveux ou de mes sens ? Quel est l'objet le plus petit, ta bouche ou le fragment de mon cœur brisé?
c Est-ce la nuit qui est la plus noire ou ma pensée, ou le point qui orne la joue? Quel est le plus droit, de ta taille, d'un cyprès ou de mes paroles d'amour?
«Qui va chercher les cœurs? Ion approche, ou mes vers qui épanouissent l'Ame? quel est le plus pénible, de tes refus ou de mes plaintes qui brûlent?
— Cliahpour Abhari. —
Mais assez d'antithèses; voici un Qhaul d'une vraie beauté, d'une beauté arabe :
« Ceux qui volent â la recherche de la Gaaba (2), ((uaiid ils ont enfin atteint le but de leurs fatigues,
€ Voient une maison de pierre, haute, révérée, au milieu d'une vallée sans culture;
c Ils y entrent, afin d'y voir Dieu ; ils le cherchent longtemps et ne le voient point.
a Quand avec tristesse ils ont parcouru la maison, ils entendent une voix au-dessus de leurs télés :
(i] Pour passer l'anneiiu qui sert à le conduire.
(2) Maison apportée du ciel pnr les anges, et où Abraham professa la doctrine d'un Dieu unique. Unn autre Ir.idilioii ntconie que c'est le lieu où se rencontièrent A iam et Kvc après une lonfçue séparation sur la terre. Ce temple fui Ht' s b plus tiaiito antiquité le point de pèlerinage des Arabes, que. les niusulaïaiis <;pntiiiucnl d'observer.
NOTES
IT
c 0 adonteurs d'une mabonl pourquoi adorer de la pierre et de la boue? Adores l'antre maison, celle que dierdient leaàui!»
— » Iljdal Eddin Roumi. —
Ce poCte est célèbre dus l'Orient. 11 éuit trés-avaneé dans le mysticisme des soufis, dont les hauts degrés sont on état de quiétude complète, d'anéanHuemêtU : c'est le mot dont ils le servent.
Ferideddin Attar, dam son poème mystique le Langage de$ Oitêauas, définit d'une façon remarquable cet éut d a-
néantîssement ou de poMvnti, comme ils disent encore :
« L'essenoe de cette r^ion est l'oubli; c'est la surdité, le mutisme» l'évanouissement.
« Un seul soleil efface à tes yeux cent mille ombres.
c L'océan universel, s'il s'adte, comment les figures tracées sur les eaux resteront-elles en place?
c Les deux mondes, le présent et l'avenir, sont les images que présente cette mer; celui qui dit : Ce n'est rien est dans une bonne voie.
« Quiconque est plongé dans l'océan du cœur a trouvé le repos dans cet anéantissement.
€ Le cœur, plein de repos dans cet océan, le cœur n'y trouve autre cnose que le ne pas iire. »
(Notes du Pend-Namih de Ferideddin AUat^ publié par monsieur S* de Sacy.)
Voici six beaux vers de FttdMUii, le célèbre auteur du Gbah-Naméh {lAxre de$ Ro%$).
Qoaad la poussière se leta à l'approche de l'année,
Le» jooea de nos iUattres «oldats déclarent pâles;
Alon je lefai cetio hache de leàchoi (1)i
Et d'un coup je fis an Msaag^e à mon armée.
Mon courtier poussait ées crii comme un éléphant ftmeux :
La plaine était agitée oinme les flots du Nil.
Jones a publié ce firagment en anglais. Togrul hm Ârêkm, le dernier dtt Ssfonktdss, repéta oes vers à haute voix dans la bataille où il périt.
Le commencement du poème de Sohràb , dans Fer» doussi, ne nous semble pas moins remarquable :
c J'ai appris d'un mobed (^ que Rnstem se leva dès le matin.
c Son esprit était chagrin; il se prépara é la chasse; il ceignit sa masse, et remplit son carquois de flèches.
c II sortit; il sauta sur Rakch (5), et fit partir ce cheval A forme d'éléphant.
c 11 tournait la tète vers la frontière du TourAn, comme un lion furieux qui a vu le chasseur.
c Quand il fut arrivé aux bornes du Tourin, il vit le désert plein d'ânes sauvages.
c Le donneur de couronnes (Rustem) rougit comme la rose; il fit un mouvement et lança Rakcli.
€ AvecLles flèclMS, et la masse et le filet, il jeta à tenre des troupes de gibier. »
Nous terminons ces extraits par un paniUmm ou chant ualai d'une délicieuse originalité :
PAinrOUll MALAI.
Les papiUons jouent â Keotoer sur leurs ailes ,
Os volent vêts hi mer,, près de hi chaîne de rochers.
(i) Swmom iê Ami, fh it thriman; Sam était le père de Rustem, et c'est ce héros qui se bat armé de la hadie de son père.
(2) Prêtre des mages.
(5) Son cheval.
Mon eOBor s'est senti malade dans ma poitrine^ Depuis nés preaaiers jours jusqu'à l'heure prâente.
Us volent vers la mer, près de hi chaîne des rochers. Le Tautour dirige son essor vers 9a%iam, Depuis mes premiers jours jusqu'à l'heure présente, J'ai admiré bien des jeones gens :
Le vautour dirige son ewor vers ^ofuloNi...
Et laisse tomber de ses plumes è ?aumi.
J'ai admiré bien des jeunes sens ;
Mais nul n'est â comparer â Tobjet de mon chois.
n laisse tomber de ses plumes â Patani...
Voici deux jennes pigeons t
Aucun jeune homme ne peut se comparer â celni de mon
Habile comme il l'est â toucher le ccsnr.
Nous n'avons point cherché â mettre d'ordre dans ces citations. C'est une fk>ignée de pierres précieuses que nous prenons au hasard et A la hâte dans la grande mine d'Orient.
aoHAtici ■▲uaiSQUi.
Po^ 29.
Il y a deux romances, l'une arabe, l'autre espagnole, sur la vengeance que le bâtard Mudarra tira de son oncle Rodriffue de Lara, assassin de ses frères. La romance espagnole a été oubliée en français dans la traduction que nous avons déjà dtée (note IX). Elle est belle, mais Tauteur de ce livre a souvenir d'avoir lu quelque part la romance mauresque traduite en espagnol, et il lui semble «qu'elle était plus belle encore. C'est a cette dernière version plutôt qu'au poème espagnol que se rapporte la sienne, si elle se rapporte à l'une des deux. La romance castillane «est un peu sèche, on y sent que c*csl un Maure qui a le beau rôle.
Il serait bien temps que l'on songeât â republier, en texte et traduit, sur les rares exenip^ires qui en restent, le RowianetTo général^ mauresque et espagnol, trésors enfouis et tout près d'être perdus. L'auteur le répète ici : ce sont deux 9iades« l'une gothique, l'autre arabe.
LBS SLUBTS.
xin
Pagt M.
Nous avons cru devohr scrupuleusemeut conserver l'orthographe des vers placés comme épigraphe en tète de eette pièce.
Si es verdad, 6 non yo no lo hy de ver, Pero non lo qniero en oiyido poner. ^
Ces vers, empruntés é un poêle curieux et inconnu, Segura de ^orsa, sont de fort vieil espagnol. Si nous n'avions craint a'enlever sa physionomie au vieux Joan (el non pas Juan)^ il aurait tallu écrire : Si es verdad 6 no yono le Jke aqni ils wr,^ero noie quieromolvidoponer. ay, dans le passage d^lessus, est pour aqui, comme il est pour aiU dans un autre passaae du même poète, qui sert d'épigraphe â Nourmahal laRousMê :
Non es bestia que non fus Ay trobada.
non fin pour no /Wse.
souHABiaai.
Page 38.
Le nom de Baone^fatte, dans les traditions arabes, est devenu JRwmaherili. Voyes â ce siyet une note curieuse
LES ORIENTALES
du beau poème de messieurs BarUiélemy et Méry, Napoléon en Egypte.