‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 142 sur 309 · A OL · texte numérisé non relu

A OL

0 poète! je vais dans ton âme blessée Remuer jusqu'au fond ta profonde pensée.

Tu ne l'avais pas vue encor, ce fut un soir, A l'heure où dans le ciel les astres se font voir,

«u'elle apparut soudain à tes yeux, fraîche et belle, ans un lieu radieux qui rayonnait moins qu'elle. Ses cheveux pétillaient de mille diamants; Un orchestre tremblait à tous ses mouvements Tandis qu'elle enivrait la foule haletante, Blanche avec des yeux noirs, jeune, grande, éclatante. Tout en elle était feu qui brille, ardeur qui rit. La parole parfois tombait de son esprit Comme un épi doré du sac de la glaneuse, Ou sortait do sa bouche en vapeur lumineuse. Chacun se récriait, admirant tour à tour Son front plein de pensée éclose avant l'amour, Son sourire enlr'ouvert comme une vive aurore, Et son ardente épaule, et, pins ardents encore. Comme les soupiraux d'un centre étincelant, Ses yeux où l'on voyait luire son cœur brûlant* Elle allait et passait comme un oiseau de flamme. Mettant sans le savoir le feu dans plus d'une âme, Et dans les yeux fixés sur tous ses pas charmants Jetant de toutes parts des éblouissements !

Toi, tu la contemplais, n'osant approcher d'elle, Car le baril de poudre a peur de 1 étincelle.

Mai 1837.

Jeune homme, ce méchant fait une lâche guerre. Ton indication ne l'épouvante guère.

Crois-moi donc, laisse en paix, jeune homme au noble cœur. Ce Zoile à l'œiltaux, ce malheureux moqueur.

Ton mépris? mais c'est l'air qu'il respire. Ta haine? La haine est son odeur, sa sueur, son haleine, y sait qu'il peut souiller sans peur les noms fameux, fit que pour gu'on le touche il est trop venimeux. Il ne craint rien; pareil au champignon diiïorme Poussé dans une nuit au pied d'un chêne énorme. Qui laisse les chevreaux autour de lui paissant Essayer leur dent folle à l'arbusle innocent; Sachant ou'il porte en lui des vengeances trop sûres, Tout gonflé de poison il attend les morsures.

Février 1836.

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