‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 141 sur 309 · A ALBERT DURER · texte numérisé non relu

A ALBERT DURER

0 végétation! esprit 1 matière! force !

Couverte de peau rude on de vivante ccorce!

Aux bois, ainsi que toi, je n'ai jamais erré, Maître, sans qu'en mon cœur l'horreur ait pénétré, Sans voir tressaillir l'herbe, et par le vent nercées, Pendre à tous les rameaux de confuses pensées. Dieu seul, ce grand témoin des faits mystérieux, Dieu seul le sait, souvenL en de sauvages lieux, J'ai senti, moi qu'échauffe une secrète flamme. Gomme moi palpiter et vivre avec une âme, Et rire, et se parler dans l'ombre i demi-voix. Les chênes monstrueux qui remplissent les bois.

Avril 1857.

Dans les vieilles forêts où la sève é grands flots

Court du fût noir de l'aune au tronc blanc des bouleaux.

Bien des fois, n'est-ce pas ? é travers la clairière,

Pâle, effaré, n'osant regarder en arriére,

Tu t'es hâté, tremblant, et d'un pas convulsif,

0 maitre Albert Durer, ô vieux peintre pensif!

On devine, devant tes tableaux qu'on vendre,

Que dans les noirs taillis ton œil visionnaire

Voyait distinctement, par l'ombre recouverts

Le faune aux doigts palmés, le sylvain aux yeux verts.

Pan, qui revêt de fleurs l'antre ou tu te recueilles,

Et l'antique dryade aux mains pleines de feuilles.

Une forêt pour toi c'est un monde hideux.

Le songe et le réel s'y mêlent tous les deux.

La se penchent rêveurs les vieux pins, les grands ormes

Dont les rameaux tordus font cent coudes difformes.

Et dans ce groupe sombre agile par le vent

Rien n'est tout à fait mort ni tout à fait vivant.

Le cresson boit; l'eau court; les\ênes sur les pentes, Sous la broussaille horrible et les ronces {grimpantes. Contractent lentement leurs pieds noueux et noirs; Les fleurs au cou de cygne ont les lacs pour miroirs; Et sur vous qui passez et l'avez réveillée. Mainte chimère étrange à la gorge écaillée, D'un arbre entre ses doigls serrant les larges nœuds, Du fond d'un antre obscur fixe un œil lumineux.

Pmsqu'ici4>as toute Ame

Donne i quelau'un Sa musique, sa flamme,

Ou son parfum;

Puisqu'ici toute chose

Donne toujours Son épine ou sa rose

A ses amours;

Puisqu'avril donne aux chéne>

Un bruit charmant; Que la nuit donne aux peines

L'oubli dormant;

Puisque l'air à la branche

Donne l'oiseau ; Que l'aube à la pervenche

Donne un peu d'eau ;

Puisque, lorsqu'elle arrive

S'y reposer, L'onde amere à la rive

Donne un baiser;

Je te donne à celte heure.

Penché sur toi, La chose la meilleure

Que j'aie en moi!

Remis donc ma pensée,

Triste d'ailleurs, Qui, comme une rosée,

T'arrive en pleurs !

Reçois mes vœux sans nombre,

0 mes amours !

Recois la flamme ou l'ombre

De tous mes jours!

Mes transports pleins d'ivresses.

Purs de soupçons !

Et toutes les caresses ,

De mes chansons I

Mon esprit qui sans voile Vogue au hasard,

LES VOIX INTERIEURES

Et qui n'a pour étoile Que ton regard!

Ma muse que les heures

Bercent rêvant, Qui, pleurant quand tu pleures,

Pleure souvent !

Recois mon bien céleste,

0 ma beauté !

Mon cœur dont rien ne'reste,

L*amour 6té!

MaiiS..

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