LE MONDE ET LE SIÈCLE
Que faites- vous. Seigneur? â quoi sert votre ouvrage? A quoi bon l'eau du fleuve et l'éclair de l'orage? Les prés, les ruisseaux purs qui lavent le gazon? Et, sur les coteaux verts dont s'emplit l'horizon, Les immenses troupeaux aux fécondes haleines Que l'aLoiement des chiens chasse à travers les plaines? Pourquoi, dans ce doux mois où l'air tremble attiédi. Quand un calice s'ouvre aux souffles du Midi, Y plonger, ô Seigneur, l'abeille butinante Et changer toute fleur en cloche bourdonnante? Pourquoi le brouillard d'or qui monte des hameaux? Pourquoi l'ombre et la paix uui tombent des rameaux? Pourquoi le lac d'azur semé ae molles îles? Pourquoi les bois profonds, les grottes, les asiles? A quoi bon, chaque soir, quand luit Tété vermeil, (^omme un charbon ardent déposant le soleil Au milieu des vapeurs par les vents remuées, ^Allumer au couchant un brasier de nuées? Pourquoi rougir la vigne et jeter aux vieux murs Le rayon (|ui revient gonfler les raisins murs? A quoi bon incliner sur ses axes mobiles Ce globe monstrueux avec toutes ses villes. Et ses monts et ses mers qui flottent alentour, A quoi bon. ô Seigneur, 1 incliner tour i tour,
LES RAYONS ET LES OHBAES
Si c'cit pour qu« le prince, homme n^ d'uae témne...
A qaoi vous sert le flot, le nuAgc, le hniit Qj en secret dans U ileur hit le oerme du fruit.' A quoi bon fëcoader les élhers et les ondes, Ftlre i^ous les soleils des ceintures de inondes. Peupler d'asires errants l'arclie énnniie des deui, Seif;neur! et sur nos fronts, d'où rayonnent nos yeui, Entasser en tous sens des millions de lieues Et du Taeue iniini poser les plaines bleues? Pourquoi sur les hauteurs et dans le; prorondeurs Cet an» elTrayant d'onibres et de splendeurs? A quoi ban parfiinier, chauflèr, nourrir et luire, Tout aimer, et, Dieu boni incessamment traduire, Pour l'œil Intérieur comme pour l'œil charnel. L'ptemelle pensée en spectacle éternel?
Si c'est pour qu'en ce siècle, où U loi tombe en cendre, L'homme passe sans voir, sans croire, sans comprendre. Sans rien chercher dans l'ombre, et sans lever les yeui Vers tes conseik divins qui tlolteni dans les cieui, Sous la forme sacrée ou sons l'éclatant voile Tantôt d âne nuée et lanlôl d'une étoile I
Si c'est pour que ce temps hue, en son morne ennui,
De l'opprimé d'hier l'oppresseur d'aujourd'hui;
Pour qu'on s'enlre-décnire i propos Je cent rêves !
Pour aue le peuple, foule où dorment tant de sèves,
Aussi bien aue les rois, — grave et haute leçon ! -
Ait la brutalité pour dernière raison,
Et réponde, troupeau qu'on tue ou qui lapide,
A l'aveugle boulet par le pavé stupiae!
Si c'est pour que l'cmeuie ébranle la cité I
Pour que tout soit tyran, même ta liberté I
Si c'est pour que l'honneur des anciens f^entîlshommes.
Par eni-mémes amené dans l'ornière où nous sommes,
Aui projefs des partis s'atlellc tristement;
Si'c'est jiour qu'à sa haine on ajoute un serment
Comme a son vieux poignard on remet une lame;
Si c'est pour que le prince, homme né d'une femme,
Kê pour briller bien vile et pour vivre bien peu,
S'imagine être roi comme vous êtes Dieu !
Si c'est pour que la joie ou» justes soit ravie;
Pour que l'iniquité règne, pour que l'envie,
Emplissant lanl de fronts de lirnsiers dévoraols,
Passe petits des cœurs que l'amour ferait grands!
LES BAYONS ET LES OMBRES
Et fM dan bAeb«raM, tout UU* p*r le vc lP»ïe60.)
Si c'est pour que le prtlre, iolnne et trUte opâire,
Marche arec tea deux yeui, ouvrant l'un, rermaDt l'autre,
Insiille i la nature an nom du Verbe écrit.
Et ne comprenne pas qu'ici tout ett l'esprit,
Que Dieu met comme en nous son soume dans l'argile,
Et aue l'arbre et la fleur commentent l'Evangile!
Si c est pour q^ue personne enRu. f^nd on petit,
Pal m£me le vieillard que l'Age appesanlil,
Personne, du tombeau sondant les avenuei,
n'ait l'austère souci des cho<ies inconnues,
El que, pareil an bœuf par l'instinct assoupi, '
Chacun Irace un sillon sans aonger i l'épi I
Car Vl\umanité. morne et manquant de jtrophaies,
Pirâ l'admiration des œuvres que Tons faites ;
L'homme ne seul plus luîre en son cœur triomphant
Ni l'anbe, ni le lis, ni l'anee, ni l'enfant.
Ni i'tme. ce rayon fait de fumiêTC pure,
Ki II criaiion, celle immense flguret
Eit-ce que ces Tivaots, chétivement prospères.
Seraient d^hérilés du (oufde de leurs pèresT 0 Dieu! considérei les hommes de ce temps, ' Aveugles, loin de vous sous tant d'ombres Uotlaoïs. Eteignes toi toleili on nUumei leur Bamme I • Reprenez votre monde, ou duDnes-4«ur une tme!
JntD 1839.