‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 158 sur 309 · A M. LE D. DE · texte numérisé non relu

A M. LE D. DE

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LES RAYONS ET LES OMBRES

Sous Blois, élargissant son splendide bassin,

Comme une mère presse un enfant sur son sein

En lui parlant tout bas d'une voix recueillie.

Serre une ile charmante en ses bras qu'il replie.

Vous avez tous les biens que l'homme peut tenir.

Déjà vous souriez voyant Vété venir,

Et vous écouterez bientôt sous le feuillage

Les rires éclatants qui montent du village.

Vous vivez! avril passe, et voici maintenant

Que mai, le mois a'amour, mai rose et rayonnant,

Mai dont la robe verte est chaque jour plus ample,

Gomme un lévite enfant charge d'orner le temple.

Suspend aux noirs rameaux qu'il gonQe en les touchant

Les fleurs d*oà sort l'encens, les nids d'où sort le chant.

Et puis vous m'écrivez que votre cheminée

Surcharge en ce moment sa frise blasonnée

D'un tas d'anciens débris autrefois triomphants.

De glaives, de cimiers essayés des enfants,

Qui souillent les doigts blancs de vos belles duchesses;

Et qu'enfin, — et c'est là d'où viennent vos richesses, •

Vos paysans, pic|uant les bœufs de ratguillon,

Ont ouvert un sépulcre en creusant un-sillon.

Votre camp de Gesar a subi leur entaille.

Car vous avez à vous tout un champ de bataille;

Et vos durs bûcherons, tout hàlés par le vent.

Du bruit de leur cognée' ont troubté bien souvent.

Avec les noirs corbeaux s'enfuvant par volées,

Les ombres des héros à vos chênes mêlées.

Ami, vous le savez, spectateur sérieux, J'ai rêvé bien des fois dans ces champs glorieux. Qui, forcés par le soc, eux, vieux témoins des guerres, A donner dos moissons comme des champs vulgaires, Pareils au roi déchu qui, craignant le réveil, Revoit sa gloire en songe aux heures du sommeil. Le jour laissent marcher le bouvier dans leurs seigles, Et reçoivent la nuit la visite des aigles!

Oh ! respectes, enfant d'un siècle où tout se vend, Rome morte à côté d'un village vivant ! Que votre piété, qui sur tout veut descendre. Laisse en paix cette terre ou plutôt cette cendre! Vivez content ! dés l'aube, en vos secrets chemins, Errez avec la main d'une femme en vos mains ; Contemplez, du milieu de tant de douces choses. Dieu qui se réjouit dans la saison des roses; Et puis, le soir, au fond d'un coffre vermoulu. Prenez ce vieux Virgile où tant de fois j'ai luf Chercha l'ombre, et, tandis -que dans la galerie Jase et rit au hasard la folle causerie, Vous, éclairant votre âme aux antiques clartés. Lisez mon doux Virgile, ô Jule, et méditez !

Car les teni{)s sont venus qu'a prédits le poète! AujourdMmi dans ces champs, vaste plaine muette. Parfois le laboureur, sur le sillon courbé, Trouve un noir javelot qu'il croit des cieux tombé, Puis heurte pêle-mêle, au fond du sol qu'il fouille. Casques vides, vieux dards qu'amalgame la rouille. Et, rouvrant des tombeaux pleins de débris humains. Pâlit de la -grandeur des ossements romains!

Mai 1839.

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