‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 159 sur 309 · A MADEMOISELLE FANNY DE P · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE FANNY DE P

0 vous que votre âge défend, Riez ! tout vous caresse encore.

Jouez! chantez! soyez l'enfant!

Soyez la fleur! soyez l'aurore!

Quant au destin, n'y songez pas.

Le ciel est noir, la vie est sombre.

Hélas! que fait l'homme ici-bas?

Un peu de bruit dans beaucoup d'ombre.

Le sort est dur, nous le voyons.

Enfant! souvent l'œil plein dé charmes Qui jette le plus de rayons Répand aussi le plus de larmes.

Vous que rien ne vient c|)rouver, Vous avez tout! joie et délire, L'innocence qui fait rêver, L'ignorance qui fait sourire.

Vous avez, lis sauvé des vents.

Cœur occupé d'humbles chimères, Ce calme bonheur des enfants.

Pur reflet du bonheur des mères.

Votre candeur vous embellit.

Je préfère à toute autre flamme Votre prunelle que remplit ■ La clarté qui sort de votre âme.

Pour vous ni soucis ni douleurs.

La famille vous idolâtre.

L'été, vous courez dans les fleurs; L'hiver, vous jouez prés de l'âtre.

La poésie, esprit des cieux.

Près de vous, enfant, s'est posée:

Votre mère l'a dans ses yeux, ' Votre père dans sa pensée.

Profitez de ce temps si doux !

Vivez ! — La joie est vite absente; Et les plus sombres d'entre nous Ont eu leur aube éblouissante.

Gomme on prie avant de partir, Laissez-moi vous bénir, jeiine âme, — Ance qui serez un martyr.

Entant qui serez une femme !

Février 1840.

LES RAYONS ET LES OMBRES

Comme dans les étangs assoupis sous les bois. Dans nlus d'une âme on voit deux choses à la fois : Le ciel, — qui teinl les eaux à peine remuées Avec tous ses rayons et toutes ses nuées ; El la vase, — fond morne, affreux, sombre et dormant. Où des reptiles noirs fourmillent vaguement.

Mai i859

FIAT YOLUNTAS

Pauvre femme! son lait à sa tête est monté. Et, dans Ses froids salons, le monde a répété» Parmi les vains propos que chaaue jour emporte, Hier, qu'elle était folle, aujourd hui qu'elle est morle, Et, seul au champ des morts, je foule ce gazon, Celte tombe où sa vie a suivi sa raison !

Folle ! morte ! pourquoi? mon Dieu ! pour peu de chose ! Pour un fragile enfant dont la paupière est close. Pour un doux nouveau-né, tête aux fraîches couleurs. Qui naguère à son sein, comme une mouche aurfleurs, Pendait, riait, pleurait, et, malgré ses prières. Troublant tout leur sommeil durant des nuits entières. Faisait mille discours, pauvre petit ami I Et qui ne dil plus rien, car il est endormi.

Qu«id elle vit son fils, le soir d'un jour bien sombre, Car elle l'appelait son fils, celte vaine ombre! Quand elle vit l'enfant glacé dans sa pâleur, — Oh! ne consolez point une telle douleur I Elle ne^pleura pas. Le lait avec la Oèvre Soudain troubla sa tête et fit trembler sa lèvre ; Et depuis ce jour-là, sans voir et sa;ss parler, l'allé allait devant elle el regardait altor! Kl!e cherchait dans l'ombre une chose perdue, Son enfant disparu dans la vague étendue; Et par moment penchait son oreille en marchant, Comme si sous la terre elle entendait un chanl !

Une femme du peuple, un jour que dans la rue Se pressait sur ses pas une foule accourue, Rien qu'à la voir souffrir devina sou mialheur. Les hommes, en voyant ce beau front sans couleur, Et cet œil froid toujours suivant une chimère, S'écriaient : Pauvre folle ! elle dit : Pauvre mère!

Pauvre mère, en effet I Un soupir étouffant Parfois coupait sa voix qui murmurait : L'enfant!

Parfois elle semblait, dans la cendre enfouie. Chercher une lueur au ciel évanouie; Car la jeune âme enfuie, hélas I de sa niaisoD, Avait en s'en allant emporté sa raison I

On avait beau lui dire, en parlant>é voix basse. Que la vie est ainsi; que tout meurt, que tout passe; El qu'il est dos enfants — mères, sachez^le bien ! Que Dieu, qui prête tout et qui ne donne rien, Pour rafraîchir nos fronts avec leurs ailes blanches, Mel comme des oiseaux pour un jour sur nos branches ! On avait beau lui dire, elle n'entendait pas. L'œil ûxe, elle voyait toujours devant ses pas S'ouvrir les bras charmants de l'enfant qui l'appelle. Elle avait des hochets fait une humble chapelle. C'est ainsi qu'elle est morte,— en deux mois, sans efforts;— Car rien n'est plus puissant que ces petits bras morts Pour tirer promptement les mères dans la tombe. Où l'enfant est tombé bientôt la femme tombe. Qu|esUce qu'une maison -dont le seuil est désert? Qu'un lit sans un berceau? Dieu clément! à quoi sert Le regard maternel sans l'enfant qui repose? A quoi bon ce sein blanc sans celle bouche rose?

Après avoir longtemps, le cœur mort, les yeux morli Erré sur le tombeau comme étant en dehors, — Longtemps! ce sont ici des paroles humaines, Hélas! il a suffi de bien peu de semaines I — Malheureuse ! en deux mois tout s'est évanoui. Hier elle était folle, elle est morte aujourd'hui !

Il suffit qu'un oiseau vienne sur une rive Pour qu'un deuxième oiseau tout en hâte l'y suive. Sur deux il en asl un toujours qui va devant. Après avoir à peine ouvert son aile au vent, II vint, le bel enfant, s'abattre sur la tombe; Elle y vint après lui comme une autre colombe.

On a creusé la terre, et là, sous le gazon. On a mis la nourrice auprès du nourrisson,

Et moi je dis : — Seigneur! votre réglé est austère ! Seigneur I vous avez mis partout un noir mystère, Dans l'homme et dans l'amour, dans l'arbre et dans l'oiseau, Et jusque dans celait que réclame un berceau, Ambroisie et poison, doux miel, liqueur amère. Fait pour nourrir l'enfant ou pour tuer la mère!

sa

LES RAYONS ET LES OMBRES

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