AUX FEUILLANTINES
VEKS 481S.
Enf.inls! beaux fronls naïfs penchés autour de moi,
nouchcs aux dcnls d'émail disant lonjoui-s : Pourquoi?
Vous qui, nrinlcrrogeanl sur pins d'un {rrnnd problcmo,
Voulez de chaque chose, ol)sciire pour moi-même,
Connaître le vrai sens et le mol décisil,
El qui touchez à tout dans mon esprit pensif;
— i>i bien que, vous partis, enfants, souvent je pas e
Des heures, Tort maussade, à ixîmeltre à leur place
Au fond de mon cerveau mes plans, mes visions.
Mes sujets éternels de méditations,
Dieu, 1 homme, Pa^nir, la raison, la drmence,
Mes systèmes, las sombre, échafaudage immense,
Dûrangés tout à coup, sans tort de votre part,
Par une question d'enfant faite au hasard! —
Puisqu*enfin vous voilà sondant mes destinées.
Et que vous me parlez de mes jeunes années,
De mes premiers instincts, de mon premier espoir,
Ecoutez, doux amis, qui voulez tout savoir !
J*eus dans ma blonde enfance, hélas! trop éphémère, Trois maîtres :— un jardin, un vieux prêtre et ma mère.—
Le jardin était grand, profond, mystérieux,
Fermé par de hauts murs axix regards curieux,
Semé de fleurs s*ouvrant ainsi que des paupières,
El d'insectes vermeils qui couraient sur les pierres;
Picin de bourdonnements et de confuses voix;
Au milieu, presque un champ ; dans le fond, presque un bois.
Le prêtre, tout nourri de Tacite et d'Homère,
Elau uu doux vieillard. Ma mère — était ma mère!
Ainsi je grandissais sous ce triple rayon.
Un jour... — Oh ! si Gautier me prêtait son crayon. Je vous dessinerais d'un trait une figure Qui chez ma mère un soir entra, fîlchcux augure ! Un docteur au front pauvre, au maintien solennel, El je verrais éclore à vos bouches sans fiel, Portes de votre creur (ju'aucun souci ne mine, Ce rire éblouissant qui parfois m'illumine !
Lorsque cet homme entra, je jouais au jardin, Et rien qu'en le voyant je m'arrêtai soudain.
C'était le principal d'un collège quelconque.
Les tritons que Cînvpel groujie autour d'une conque, Les faunes que Wâlleau dans les bois fourvoya,
Les sorciers de Rembrandt, les gnomes de Goya,
Les diables variés, vrais cauchemars de moine.
Dont Callot en riant taquine saint Antoine,
Sont laids, mais sont charmants; difformes, mais remplis
D'un feu qui de leur face anime lous les plis,
Et parfois dans leurs yeux jette un éclair rapide.
— notre homme était fort laid, mais il était stupide.
Pardon, j'en parle encor comme un franc écolier.
C'est maL Ce que j'ai dit, lâchez de l'oublier;
Car de votre Age heureux, qu'un ncdant embarrasse,
J*ai gardé la colère et j'ai perdu la grâce.
Cet homme chauve et noir, très^ffrayanl pour moi,
Et dont ma mère aussi d'abord eul quelque effroi.
Tout en multipliant les humbles attitudes,
Apportait des avis et des sollicitudes.
— Que l'enfant n'était pas dirigé; — que parfois
Il emportait son livre en rêvant dans les bois ;
Qu'il croissait au hasard dans cette solitude;
Qu'on devait y songer; que la sévère élude
Etait fille de l'ombre et des cloîtres profonds;
Qu'une lampe pendue à de sombres plafonds,
Qui de cent écoliers guide la plume nç:i!e.
Eclairait mieux Ilorace et Catulle et Virgile,
El versait à l'esprit des rayons bien meilleurs
Que le soleil qui joue à travers l'arbre en lîcurs;
El qu'enfin il fallait aux enfants. — loin des mères, —
Le jong, le dur travail et les larmes amcres.
Là-dessus, le collège, aimable et triomphant,
Avec un doux sourire offrait au jeune enfant,
Ivre de liberté, d'air, de joie cl ae roses,
Ses bancs de chêne noirs, ses longs dortoirs moroses,
Ses salles qu'on verrouille cl qu'à tous leurs piliers
Sculpte avec un vieux clou l'ennui des ccoliere.
Ses magisters qui font, parmi les paperasses,
Manger l'heure du jeu par les pensums voraces.
Et sans eau, sans gazon, sans arbres, sans fruits murs,
Sa grande cour pavée entre quatre grands murs.
L'homme congédié, de ses discours frappée,
Ma niiTC demeura triste et préoccupée.
Que faire? que vouloir? qui donc avait raison : •
Ou le morne collège, ou l'heureuse maison?
Qui sait mieux de la vie accomplir l'œuvre austère :
L'écolier turbulent, ou l'enfnnt solitaire?
Problèmes! questions! elle hésitait beaucoup.
L'affaire était bien grave. Humble femme après tout,
Ame par le destin, non par les livres faite,
De quel front repousser ce tragique prophète,
Au ton si magistral, aux gesies .si certains,
Qui lui parlait au nom des Grecs el des Latins?
Le prêlre était savant sans doute; mais< que sais-je?
Apprend-on par le maître ou bien par le collège !
Et puis enfin, — souvent ainsi nous triomphons! —
L'homme le plus vulgaire a de grands mots profoinds :
— « Il est indispensable !— il cduvient! — il importe! ».
Qui troublent quebiucfuis la femme la plus forte.
Pauvre mère! lequel choisir des deux cnemins?
Tout le sort de son fils se pesait dans ses mains.
Tremblante, elle gênait cette lourde balance,
Et croyait bien la voir par moments en silence
Pencher vers le collège, hélas ! en opposant
Mon bonheur à venir à mon bonheur présent.
Elle songeait ainsi sans sommeil et sans trêve.
C'était Télé : vers l'heure où la lune se lève, Par un de ces* beaux soirs qui ressemblent au jour. Avec moins de c^irtc, mais avec plus d'ammir, Dans son parc, oii jouaient le rayon el la brise, Elle errait, toujours triste et toujours indécise, Questionnant tout bns l'can, le ciel, la forêt. Ecoulant au hasard les voix qu'elle entendrait.
LES RAYOns BT LES OMBRES:
O'est dans ces mamenU-IÀ que le jardin paisible.
La broanaille où remue un insecte inviùole,
Le scarabée ami des Teuilleg, le lézard
Courant an clair de lune au foad du vieux pui.''ard,
La Taîence i fleur bleue où vit la plante grasse.
Le dôme oriental du sombre Val-de-GrJce,
Le cloître du couvent, Lrisé, mais doux ancor;
Les marronniers, la verte allée aui boulnni d'ur.
La statue où sans bruit se meut l'ombre des branches.
Les pâles Userons, les pAquereCtea blaoches.
Les cent fleurs du buisson, de l'arbre, du roseau,
Qui rendent eu parfums ses chansons A l'oiseno.
Se mirent dans la mare, ou se cachent d.ins l'Iierbé,
Ou qui, de l'ébénier chargeaDt le frtiDl superbe.
Au bord des clairs étanjrs se mêlant au bouleau.
Tremblent en grappes a or dans les moires de l'eau ;
El le ciel scintillant derrière les r,imée<i.
Et les toits répandant de ch:irm.-in[cs fumcei.
C'est dons ces momenU-là, comme je vous le dis,
Que tout ce beau jardia, radieui paradis.
Tous ces vieux murs cronUiiU, toutes ces jeunes roses,
Tous ces objets pensiâ, toutes ces douces choses.
I Laisse-nous cet enfant, pauvre mère Iroubléel
I Cette prunelle ardente, in^nue, éloilée,
r Celle tète au front pur qu aucun deuil ne voila,
I Cette irae neuve encor, mère, laisse-nous -la !
I Ne va pas la jeter au hasard dans la foule.
I La foule est un torrent qui brise ce qu'il roule.
I Ainsi que les oiseaux les enfants ont leurs peurs.
I Labie h notre air limpide, i nos moites Tapeurs,
I A nos soupirs, légers comme l'aile d'un sooge,
1 Cette bouche où jamais n'a passé le mensonge,
[ Ce sourire naïf que sa candeur défend I
r 0 mère au cœur profond, laisse-nous cet enfant
[ Nous ne lui donnerons que de bonnes ^nsées.
I Nous changerons eu jour ses lueurs commencées ;
r Dieu deviendra visible i ses veux enchantés i
i Car nous sommes les Heurs, les rameaux, les cLirtés,
[ Nous sommes la nature et la source éternelle
I Où toute soif s'épanche, où se lave toute aile;
LES RATORS ET LES OMBRES
Oinod «nr Iod «teUer, mûtre, un Tiyou deaieure...
I Et les bois ei les cbamjw du s<ige seul compris,
■ FoDt l'éducatioD de loua les graails esprits!
( Laisse croître reofaDt parmi nos braiis sublimes.
■ Nous le pêDélrerons de ces parruma ialimes
■ Nés du aouflle cëlesle êpars dans tout beau lieu, «Qui font sortir del'liommeet monter jusqu'à Dieu,
■ Gomme le chant d'un luth, comme l'encens d'un vas * L'espérsnce, l'amour, la prière et l'eilase!
« Hous pencherons ses yeux vers l'ombre d'ict-bas,
■ Vers le secret de tout entr'ouvert iods ses pas.
c D'enfant nous le Terons homme, et d'homme poète. a Pour former de ses sens la corolle inutiiète,
IS BU il
I Comment, ae l'aube au soir, dn chtne ans moucheruus.
■ Emplissant tout, reQets, couleurs, brumes, haleines, ( La vie aui mille aspects rit dans les vertes plaines.
■ nous le le rendrons simple et des cieni ébloui; « Et nous ferons germer de toutes parts en lui
■ Pour l'homme, triste eiïet perdu sous tant de causes, ( Cette pitié qui naît du spectacle des choses!
< Ltisse-oons cet enfant ! nous lui ferons un cœnï « Qui caroprendra la lètnme; nn esprit non moqueur,
' Où naîtront aisément le songe et la chimère,
8ui prendra Dieu pour livreetleschamuspourgrsmmsirc; ne ime, pnr foyer de secrètes b i Qui luira doucement sur tous |r I Et. comme le soleil dans les OÎl r Jettera des rayons sur toutes là.
Ainsi parlaient, i l'heure ou la ville se lait, L'astre, la plante et l'arbre, — el ms mère éconUil.
Enfants! ont-ils tenu leur promesse sacrée? Je ne sais. Hais je sais que ma mère adorée
Dès lors, en atleodanlla n
t, heure où rctnde
Tout le jour, fiVjre, heureux, seul sous le firmament, Je pus errer | V&tse ^^ '^ jardin cbamunt.
Contemplant les fruits d*or, Teau rapide ou stagnante, L'étoile épanouie et la fleur rayonnante» Et les près et les bois, ijue mon esprit le soir Revoyait dans Virgile ainsi qu'en un miroir.
Enfants! aimex les champs, les vallons, les fontaines,
Les chemins que le soir emplit de voix lointaines,
Et Fonde et le sillon, flanc jamais assoupi,
Où germe la pensée à côté de l'épi.
Prenez-vous par la main et marchez dans'les herbes;
Regardez ceux qui vont liant les blondes gerbes;
Efielez dans le ciel plein de lettres de feu,
Et, quand un oiseau chante, écoutez parler Dieu.
La vie avec le choc des passions contraires
Vous attend; soyez bons, soyez vrais, soyez frères;
Unis contre le monde où l'esprit se corrompt,
Lisez au même livre en vous touchant du front ;
Et n'oubliez jamais que l'âme humble et choisie,
Faite pour la lumière et pour la poésie,
Que les cœurs où Dieu met des échos sérieux
Pour tous les bruits qu*auime un sens mystérieux, •
Dans un cri, dans un son, dans un vague murmure,
Entendent les conseils de toute la nature 1