GUITARE
Gastibelza, l'homme à la carabine.
Chantait ainsi :
ff Quelou'un a-t-il connu dona Sabine.
Quelqu'un d'ici?
Dansez, chantez, villageois! la nuit gagne
Le mont Falù (1).
— Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.
« Quelqu'un de vous a-tr-il connu Sabine,
Ma senora?
Sa mère était la vieille Maugrabine
D'Ante(^uera, Qui «chaque nuit criait dans la Toor-Hagne
Comme un hibou... -- Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.
« Dansez, chantez! Des biens que l'heure envoie
Il faut user.
Elle était jeune, et son œil plein de joie
Faisait penser. — A ce vieillard qu'un enfant accompagne
Jetez un sou!... — Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.
« Vraiment la reine eût pès d'elle été laide
Quand, vers le soir.
Elle passait sur le pont de Tolède
En corset noir.
Un chapelet du temps de Charlemagne
Ornait son cou... — Le vent oui vient à travers la montagne
Me rendra fou.
ff Le roi disait en la voyant si belle,
A son neveu :
« -> Pour un baiser, pour un sourire d'elle.
c Pour un cheveu, « Infant don Ruy, je donnerais l'Espagne
« Et le Pérou!» — Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.
c Je ne sais pas si j'aimais cette dame,
Mais je sais bien Que, pour avoir un regard de son âme,
Moi, pauvre chien.
J'aurais gaiment passé dix ans aul»gne
Sous le verrou... — • *
Le vent qui vient à travers là ng^lOâgne
Me rendra fou.
c Un jour d'été que tout était lumière, Vie et douceur,
(ii Le motif Fa/ik. Prononcez mont Fahu,
Elle l'en Tint jouer dans la rivière
Avec sa sœur; Je Tis le pied de sa jeune com|)agne
Et son genou...— Le vent qui vient à travers la montagne
me rendra fou.
« Quand je voyais cette enfant, moi» le pAtre
De ce canton, Je croyais voir la belle GléopAtre,
Qui, nous dit-on, Menait César, empereur d'Allemagne^
Par le licou... — Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.
« Dansez, chantez^ villageois, la nuit tombe!
Sabine un jour A tout vendu, sa beauté de colombe
Et son amour, ^
Pour l'anneau d'or du comte de Salaagne,
Pour, un bijou... — Le vent qui vient k travers la montagne
Me rendra fou.
« Sur ce vieux banc souflrei que je m'appuie,
Car je suis las.
Avec ce comte elle s'est donc enfuie !
Enfuie, hclas!
Par le chemin c|ui va vers la Cerdagne,
Je ne sais où...
Le vent qui vient A travers la montagne
Me rendra fou.
c Je la voyais passer de ma demeure,
Et c'éuit tout.
Mais à présent je m'ennuie à toute heure,
Plein de dégoût, Rêveur oisif, l'âme dans la campagne,
La da^ue au clou... — Le vent qui vient à travers la montagne
M^a rendu fou ! »
Mars 1837.