‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 170 sur 309 · MILLE CHEMINS, UN SEUL BUT · texte numérisé non relu

MILLE CHEMINS, UN SEUL BUT

Le chasseur songe dans les bois A des beautés sur l'herbe assises.

Et dans l'ombre il croit voir parfois Danser des formes indécises.

Le soldat pense à ses destins Tout en veillant sur les empires, Et dans ses souvenirs lointains Entrevoit de vagues sourires.

Le pâtre attend sous le ciel bleu L'heure où son étoile paisible Va s'épanouir, fleur de feu.

Au bout d'une tige invisible.

Regarde-les. Regarde encor Comme la vierge, fille d'Eve, ' Je|te en courant dans les blés d'or Sa chanson qui contient son rêve!

Vois errer dans les champs en fleur, Dos courbés, paupières baissées.

Le poêle, cet oiseleur Qui cherclie à prendre des pensées.

Vois sur la mer les matelots Implorant la terre embaumée, Lassés de l'écume des flots.

Et demandant une fumée !

Se rappelant, quand le flot noir Bal les flancs plaintifs du navire, Les hameaux si joyeux le soir.

Les arbres pleins d'éclats de rire!

Vois le prêtre priant pour tous.

Front pur qui sous nos fautes penche, Songer dans le temple, à genoux Sur les plis de sa robe blanche.

LES RAYONS ET LES OMBRES

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Vois s'élever sur les hauteurs * Tous ces grands censeurs que lu nommes. Sombres esprits aominateurs.

Chênes dans ia forêt des hommes.

Vois, couvant des yeux son trésor, * La mère contempler, ravie.

Son enfant, cœur sans ombre encor.

Vase que remplira la vie!

Tous, dans la joie ou dans Taffront, Portent, sans nuage et sans tache, Un mot qui rayonne à leur front, Dans leur ftme un mot qui se cache.

Selon les desseins du Seigneur, Le mot qu'un voit pour tous varie; — L'un a : Gloire ! Vautre a : Bonheur ! L*un dit ; Vertu ! l'autre ; Patrie !

Le mot caché ne change pas.

Dans tous les cœurs toujours le même, Il y chante ou gémit tout bas; Et ce mot, c'est le mot suprême I

C'est le mot qui peut assoupir L'ennui du front le plus morose ! C'est le mystérieux soupir Qu'à toute heure fait toute chose!

C'est le mot d'où les autres mots Sortent comme d'un tronc austère, Et qui remplit de ses rameaux Tous les langages de la terre!

C'est le verbe, obscur ou vermeil,

8ui luit dans le reflet des fleuves, ans le phare,- dans le soleil, Dans la sombre lampe des veuves!

Qui se mêle au bruit des roseaux,

Au tressaillement des colombes;

Qui jase et rit dans les berceaux.

Et qu*on sent vivre au fond des tombes !

Qui fait éclore dans les bois Les feuilles, les souffles, les ailes, La clémence au cœur des grands rois, Le sourire aux lèvres des belles !

C'est le nœud des prés et des eaux !

C'est le charme qui se compose Du plus tendre cri des oiseaux, Du plus doux parfum de la rose !

C'est rhyrone que le gouffre amer Chante en poussant au port 1^ voiles!

C'est le mystère de la mer.

Et c'est le secret des étoiles !

Ce mot, fondement étemel De la seconde des deux Romes,

C'est Foi dans la langue du ciel, Amour dans la langue des hommes*

Aimer, c'est avoir dans les mains Un fil pour toutes les épreuves, Un flambeau pour tous les chemins, Une coupe pour tous les fleuves !

Aimer, c'est comprendre les cieux.

C'est mettre, qu'on dorme ou qu'on veille, Une lumière dans ses yeux.

Une musique en son oreille !

C'est se chauffer i ce qui bout !

C'est pencher son âme embaumée Sur le côté divin de tout !

Ainsi; ma douce bien-aimée.

Tu mêles ton cœur et tes sens, Dans la retraite où tu m'accueilles, Aux dialogues ravissants Des flots, des astres et des feuilles'

La vitre laisse voir le jour; Malgré nos brumes et nos doutes, 0 mon ange ! i travers l'amour Les vérités paraissent toutes !

L'homme et la femme, couple heureux, A c|ui le cœur tient lieu d'apôtre.

Laissent voix le ciel derrière eux, Et sont transparents l'un pour l'autre.

Us ont en eux, comme un lac noir Reflète un astre en son eau pure, Du Dieu caché qu'on ne peut voir Une lumineuse ugure !

Aimons ! prions ! Les bois sont verts, L'été resplendit sur la mousse, Les germes vivent entr'ouverts.

L'onde s'épanche et l'herbe pousse !

Que la foule, bien loin de nous, Suive ses routes insensées.

Aimons, et tombons i genoux.

Et laissons aller nos pensées *

L'amour, qu'il vienne tôt ou tard.

Prouve Dieu dans notre âme sombre.

Il faut bien un corps quelque part Pour que le mirobr ait une oronre.

Mai 185. .

LES ItAYO^S ET LES OUDBE

Obt quand je dun, viena auprèi de nia coucha...

Oh I quand je don, vicni anprèt de ma couclie,

Comme i Pelrirque apptraÎNtit Lauri,

El qa'ea passant ton fialeiae me touche... —

Soudain ma bouche

S'enlr'ouïrira '

Sur mon front morne on peot-éire t'achèvt Un aoDge ooir (|ui trop longiempi dora. Que Ion rcttird comme un asire se lève.. —

Soudain mou tire

Rayonnai!

Pnii nir ma lèvre ou «oIUm une Danme, Eclair d'amour que Dieu même épura, PoM 11D baiser, et d'ange devient femme...

A UNE JEUNE FEUHE

Vofei-TQua, UD parfum éveille k penaée.

Repliez, belle enfant par l'aube caressée, Cel éventail ailé, pourpre, or et vermillon. Qui Iremhie dan« vos mains comme un grand papilloa.

LES RAYONS HT LES OMBRES

Et puis écôulM-moi : — Dieu Tait l'odeur des roses

Comme il Tait un abîme, avec autant de choses.

relleny. qui se meurt sur voire sein charmant,

N'aurait pas ce parfum qui monte doucement

liamme du enceos divin vers votre beauté pure,

Si sa tige, parmi l'eau, l'air et la verdure,

Dans la création prenant sa part de tout.

N'avait profondément plonge par quelque liout,

Paqvre et Tm^iJe Deur pour tous les vents béante.

Au sein myslérieui de la terre géante.

Là, par un lent travail que Dieu lui seul connaît,

PraicheuL' du Ilot qui court, blancheur du jour qui naît.

Souffle de ce qui coule, ou véfçéle, ou se traîne,

L'esprit de ce qui vit dans la ouït souterraine.

Fumée, onde, vapeur, de loin comme de prés,

— Non sans faire avec tout des échanjj^es secrets, —

Elle a dérolié tout, !!on calme à l'antre sombre,

Ad diamnnt sa flamme, n la forêt sou ombre,

El |)eut-éire, iiuî saîl 7 sur l'aile du matin

Quelque ineiïable haleine n l'océan lointain I

Et, vivant alambic que Dieu lui-même forme.

Où filtre et se répand i terre, vase énorme.

La racine, humble, obscure, au travail résigner. Pour la superbe fleur par le soleil bai|{née, A, sans en rien garder, fait ce parfum si dou>. Qui vient si mollement de la nature à voiir, Qui vous charme, et se mêle .i voire esprit, madonie, Gir l'Jme d'une fleur parle au cœur d'une femme. Encore un mol, et puis je vous laisse ràver. Ponr qu'atteignant au but où tout doit s'élever, Chaque chose ici-bas prenne un attrait suprême. Pour que la Deur embaume et pour que la vierge aime. Pour que, puisant la vie au )^and centre ommun, La corolle ait une âme et la femme un parfum, Sous le soleil qui luit, sous l'amour qui faadne, Il faut, Qenr ou benuté, tenir par la racine. L'une au monde Idéal, l'aulre au monde réel. Les roses i la terre, et les femmes au ciel.

Harstt»..

LES RAYONS ET LES OMBRES

C'est le reflet, bruine ou flamme.

Que dans leur calme étemel Versent d'en haut sur notre Ame Les félicités du cioL

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