‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 172 sur 309 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

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Après avoir donné son^aumône au nlus jeune, l*ensif, il s'arrêta pour les voir. — Un long jeûne Avait maigri leur joue, avait flétri leur front. Us s'éfaitMit tous les quatre à terre assis en rond, Puis, s'éinnt parlagé, comme feraient des anj;c>. Un morciviu d»» pain noir rnuissi'; dans nos fan»:»'-, Wis mangeaient, mais d'un air si morne et si uavri's Qu'en lès voyant ainsi toute femme eût pleuré. C'est qu'ils étaient perdus sur la terre où nous 5

sonîiu«<,

LES RAYONS ET LES OMBRES

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Et tOQt seuls, (|Qatre enfants, dans la fonte des hommes !

— Onl, sans père ni mérei — et pas même un grenier;

Pas d'abri; tous pieds nus, excepte le dernier,

Qui traînait, pauvre amour, sous son pied qui chancelle.

De vieux souliers trop grands noués d'une ficelle.

Dans des fossés, la nuit, ils dorment bien souvent.

Aussi, comme ils ont froid, le malin, en plein vent.

Quand larbre, frissonnant au cri de l'alouette,

Dresse sur un ciel clair sa noire silhouette!

Leurs mains rouges étaient roses quand Dieu le^ fit.

Le dimanche, au nameau cherchant un vil profit,

Ils errent. Le petit, sous sa pAleur malsaine.

Chante, sans la comprendre, une chanson obscJne,

Pour faire rire — helas ! lui qui pleure en secret ! —

Quelque immonde vieillard au seuil d'un cabaret;

Si bien que, queli^uefois, du bouge qui s*égaie

Il tombe à leur faim sombre une abjecte monnaie,

Anmdne de 1 enfer que jette le péché.

Sou hideux sur lequel le démon a craché I

Pour Finstant, ils mangeaient derrière une broussaille.

Cachés, et plus tremblants que le faon qui tressaille.

Car souvent on les bat, on les chasse toujours !

C'est ainsi qu'innocents condamnés, tous les jours

Ils passent affamés, sous mes murs, sous les vôtres,

Et qu'ils vont au hasard, l'oiné menant les antres.

Alors, lui qui rêvait, il regarda là-hnut;

Et son œil ne vit rien que Téther calme et chaud,

Le soleil bienveillant, l'air plein d'ailes dorées.

Et la sérénité des voûtes azurées.

Et le bonheur, les cris, les rires triomphants

Qui des oiseaux du ciel tombaient sur ces enfants.

Juin 1839.

Quand vous vous assemblez, bruyante miiUitude, Pour aller le traquer jusqu'en sa solitude. Vous excitant l'un l'autre, acharnés, furieux. — Ne le sentez-vous pas? — le peuple sérieux, Qui rêvait à vos cris un dragon dans son antre, Avec la flamme aux yeux, avec l'écaiile au ventre. S'étonne de ne voir d'autre objet à vos coups Que cet homme pensif, mystérieux et doux.

Avril 1839

L'OMBHt:

11 lui disait: —Vos chants sont tristes. Qu^avez-vous ? Ange imjuiet, quels pleurs mouillent vos yeux si doux .' Pourquoi, pauvre ilme tendre, inclinée et fidèle. Comme un jonc que le vent a ployé d'un coup d'aile, Pencher votre beau front assombri par instants ?

n faut vous réiouir, car voici le printemps, Avril, saison dorée, où, parmi les zéphires, Les parfums, les chansons, les baisers, les sourires, Et les charmants propos qu'on dit A demi-voix. L'amour revient aux coeurs comme la feuille au bois !

Elle lui répondit de sa voix mve et douce .

-^ Ami, vous êtas fort. Sûr au Dieu qui vous pousse,

L'œil fixé sur un but, vous marchez droit et fier,

Sans la peur do demain, sans le souci d'hier,

Et rien ne peut troubler, pour votre Ame ravie,

La belle vision qui vous cache la vie.

Mais moi, je pleure! — Alome, attachée A vos pas.

Atteinte à tous ces coups que vous ne sentez pas,

Cœur fait, moins l'espérance, A l'image du votre,

Je souffre dans ce monde et vous chantez dans l'autre.

Tout m'attriste, avenir que je vois A faux jour.

Aigreur de la raison qui querelle l'amour,

Et l'Acre jalousie alors qu une autre femme

Veut tirer de vos yeux un regard de votre Ame,

Et le sort qui nous frappe et q|ui n'est jamais las.

Plus le soleil reluit, plus je suis sombre, hélas!

Vous allez, moi je suis; vous marchez, moi je tremble;

Et tandis que, formant mille projets ensemble,

Vous semblez ignorer, passant robuste et doux,

Toas les angles que fait le monde autour de nous.

Je me traîne après vous, pauvre femme blessée.

D'un corps resté debout 1 ombre est parfois brisée.

Avril )^.

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