ÉCRIT
Srn [.E TOMBEAU D'UN PETIT ENFANT «D aOKD Dl U HIR.
I Vieui lierre, frais gazun , licrbc. roseaux, corolles ; Eglise où l'esprit voit le Dieu qu'il rive ailleurs; Mouches qui murmarei d'ineffables paroles .\ l'oreille du pjtrc assoupi dans les (leurs;
Vents, Bots, hymne orageux, chcear sans fin, Toii sans Bois (|ui fartes songer le passant sérieui ; [ nombre -,
LES RATONS ET LES OMBRES
Fruils qui tombez de Tarbre impénétrable et sombre; Etoiles qui tombez du ciel mystérieux ;
Oiseaux aux cris joyeux , vague aux plaintes profondes ; Froid lézard des yieux murs dans les pierres tapi ; Plaines qui répandez vos souffles sur les ondes ; Mer où la perle éclôt , terre où germe Tépi ;
Nature d'où tout sort, nature où tout retombe , Feuilles, nids, doux rameaux que Tair n*ose effleurer, Ne faites pas de bruit autour de cette tombe; Laissez l'enfant dormir cl la mère pleurer !
Toute espérance, enfant, est un roseau.
Dieu dans ses mains tient nos jours, ma colombe;
Il les dévide â son fatal fuseau ,
Puis le 01 casse et notre joie en tombe;
Car dans tout berceau
Il germe une tombe.
Jadis , vois-tu , l'avenir, pur rayon , Apparaissait à mon âme éblouie , Ciei atec Tastre, onde avec l'alcyun , Fleur lumineuse à l'ombre épanouie.
Cette vision
S'est évanouie!
Si , prés de toi , quelqu'un pleure en rêvant , Laisse pleurer sans en chercher la cause. Pleurer est doux, pleurer est bon souvent Pour l'homme, hélas ! sur qui le sort se pose.
Toute larme, enfant,
Lave quelque chose.
Juin 1839.
CiËRDLËUM HARt
Quand je rêve sur la falaise, Ou dans les bois, les soirs d'été, Sachant que la vie est mauvaise.
Je contemple l'éternité.
A travers mon sort mêlé d'ombres, J'aperçois Dieu distinctement; Comme à travers des branches sombres On entrevoit le firmament !
Le firmament, où les faux sages Cherchent comme nous des conseils !
Le firmament plein de nua^^es, Le firmament plein de soleils !
Un souffle épure noli'e fange.
Le monde est à Dieu, je le sens.
Toute fleur est une louange, Et tout parfum est un encens.
La nuit, on croit sentir Dieu même i*enché sur l'homme palpitant.
La terre prie et le ciel aime.
Quelqu'un parle et quelqu'un entend.
Pourtant, toujours à notre extase, 0 Seigneur, tu te dérobas' Hélas 1 tu mets là-haut le vase, * Et tu laisses la lèvre en bas l
Mais un jour ton œuvre iirofonde, Nous la saurons. Dieu redouté !
Nous irons voir de monde en monde S'épanouir ton unité;
Cherchant dans ces cieux que tu régle> L'ombre de ceux que nous aimons. Comme une troupe de grands aigles Qui s'envole à travers les monts !
Car, lorsque la mort nous réclame, L'esprit des sens brise le sceau I <}ar la tombe est un nid où l'Ame Prend des ailes comme l'oiseau !
0 songe! ô vi.sion sereine 1 Nous saurons le secret de tout, Et ce rayon qui sur nous traîne Nous en pourrons voir l'autre bout '
0 Seigneur ! l'humble créature {pourra voir enfin à son tour L'autre côté de la nature Sur lequel tombe votre jour î
Nous pourrons comparer, poètes, Penseurs croyant en nos raisons, A tous les mondes que vous faites Tous les rêves que nous faisons !
En attendant, sur cette terre Nous errons, troupeau désuni, Portant en nous ce |prand mystôre :
Œil borné, regard mfini.
L'homme au hasard choisit sa route; El toujours, quoi que nous fassions,
LES RAYONS ET LES OMBRES
Comme un bouc sur Therbe qu'il broute Vit courbé sur ses passions.
Nous errons, el dans les ténèbres, Allant où d'autres sont venus.
Nous entendons des voix funèbres Qui disent des mots inconnus.
Dans ces ombres où tout s'oublie, Vertu, sagesse, espoir, honneur, L'un va criant : Elie 1 Elie !
L'autre appelant : Seigneur ! Seigneur !
0 deuil! médecins sans dictâmes, Vains prophètes aux yeux déçus, L'un donne Satan à nos âmes, L'autre leur retire Jésus !
L'humanité, sans loi, sons arche.
Suivant son sentier desséché, Est comme un voyageur qui marche Après que le jour est couché.
Il va ! la brume est sur la plaine.
Le vent tord l'arbre convulsif.
Les choses q^u'ii distingue a peine Ont un air sinistre et pensif.
Ainsi, parmi de noirs décombres, Dans ce siècle le genre humain Passe et voit des ligures sombres Qui se penchent sur son chemin.
Nous, rêveurs, sous un toit qui croule, Fatigués, nous nous abritons, Et nous regardons celte foule Se plonger dans l'ombre à Ulons !
Et nous cherchons, souci morose !
Hélas ! à deviner pour tous Le problème que nous propose Toute cette ombre autour de nous !
Tandis que, la tète inclinée, Nous nous perdons en tristes vœux.
Le soufile de la destinée Frissonne à travers nos cheveux.
Nous entendons, race asservie, Ce souffle passant dans la nuit Du livre ooscur de notre vie Tourner les pages avec bruit !
Que faire? —.A ce vent de la tombe, .loignex les mains, baissez les yeux, Et lâchez qu'une lueur tombe Sur le livre mystérieux!
— D'où viendra la lueur, ô père?
Dieu dit : — De vous, en vérité.
Allumez, pour qu'il vous éclaire, Votre cœur par quelque côté !
Quand le cœur brûle, on peut sans crainte Lire ce qu'écrit le Seigneur.
Vertu, sous cette clarté sainte, Est le même mot que Bonheur.
Il faut aimer I l'ombre en vain couvre L'œil de notre esprit, quel qu'il soit. Croyez, et la paupière s'ouvre; Aimez, el la prunelle voit î
Du haul des cieux qu'emplît leur llamme, Les trop lointaines vérités Ne peuvent au livre de l'àme Jeter que de vagues clan es.
La nuit, nul regard ne sait lire Aux seuls feux des astres vermeils; Mais l'amour prés de nous vient luire.
Une lampe aide les soleils.
Pour que, dans l'ombre où Dieu nous mène. Nous puissions lire à tous moments.
L'amour joint sa lumici*e humaine Aux célestes rayonnements!
Aimez donc! car tout le proclame.
Car l'esprit seul éclaire peu.
Et souvent le cœur d'une femme Est l'explication de Dieu !
Ainsi je rêve, ainsi je songe, Tandis qu'aux yeux des matelots La nuit sombre à chaque instant plonge Des groupes d'astres dans les flots !
Moi, (jue Dieu tient sous son empire.
J'admire, humble et religieux, Et par tous les pores j'aspire Ce spectacle prodigieux !
Entre Fonde, des vents Lercêe, Et le ciel, gouffre éblouissant, Touiours, pour l'œil de la pensée.
Quelque chose monte ou descend.
Goutte d'eau pure ou jet de flamme.
Ce verbe intime et non écrit Vient se condenser dans mon âme Ou resplendir dans mon esprit;
Et l'idée à mon cœur sans voile, A travers la vague ou l'éther.
Du fond des cieux arrive étoile, Ou perle du fond de la mer!
Aoât 1839.
L£S RAYONS ET LES OMBRES
Bien, qai sourit et qui donne, Et qui vient vers qui l'atlend, Pourvu que vous soyez bonne, Sera content.
Le monde où loul étincelle.
Mais où rien n'est enflnmmé, Pourvu que vous soyez belle.
Sera charmé.
Mon cœur, dans l'ombre amoureuse Où l'enivrent deux beaux yeux, Pourvu c[ue lu sois heureuse, Sera joyeux.
Janvier 1840.