‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 181 sur 309 · ODES ET BALLADES · texte numérisé non relu

ODES ET BALLADES

tLLUBTR^ES PAR KI1STACHE LORSAT.

L'hisloire s'extasie volootiers sur Michel Ne;, qui, né tonnelier, devint maréchal de France, et sur Murat, qui, né ^rçon d'Écurie, devînt roi. L'obscurité de leur point de départ leur est complée comme un tiue de plus i l'e^lime, et rehausse l'éclat du poiui d'arrivée.

De toutes les échelles qui vont de l'ombre à la lumière, la plus méritoire et la plus difficile t gravir, certes, c'est celle-ci : être né aristocrate et royaliste et devenir démocrate.

Monter d'une échoppe a un palais, c'est rare et beau, si vous voulez ; mouter de l'erreur à la vérité, c'est plus rare, et c'est plus beau. Dans la première de ces deux ascensions, i chaque pas qu'on a fait, on a gagné quelque chose et augmenté son bien-être, sa

puissance et sa richesse ; dans l'antre ascension, c'est tout le contraire. Dans cette Spre lutte contre les préjugés sucés avec le lait, dans celte lehte et rude élévation du faux au vrai, qui Tait en quelque sorte de la vie d'un homme et du développement d'nne conscience le symbole abrégé du pn^rés humain, A chaque échelon qu'où a franchi, on a dû payer d'un sacrifice matériel son accroissement moral, abandonner quelque intérêt, dépouiller quelque vanité, renoncer aux biens et aux houneurs du monde, risquer sa for> tune, risquer son foyer, risquer sa vie. Aussi, ce labeur accompli, est-il permis d'en être fier; et, — s'il est vrai que Murât aurait pu montrer avec quelque orgueil son fouet de poslillon a cAté de son sceptre de roi, et dire : Je suis parti de U — c'est avec un orgueil plus

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légitime, certes, et avec une conscience plus satisfaite qu'on peut montrer ses odes royalistes d*enfant et d'adolescent à côté des poèmes et des livres démocratiques de rhomme fait; celte iierté est permise, nous le pensons, surtout lorsque, Tascension faite, on a trouvé au Commet de 1* échelle de lumière la proscription, et qu'on peut dater cette préfhce de l'exil.

Jersey. — Juillet 1855.

La première édition de ces Odes (juin 1822) était précédée des réflexions qu'on va lire :

c II y a deux intentions dans la fiublication de ce livre, « l'intention littéraire et l'intention politique; mais, dans c la pensée de l'auteur, la dernière est la conséquence de c la première, car l'histoire des hommes ne présente de « poésie que jugée du haut des idées monarcliiques et des c croyances religieuses.

€ On pourra voir dans l'arrangement de ces Odes une « division qui, néanmoins, n'est pas méthodiquement tra-

< cée. 11 a semblé à l'auteur que les émotions d'une âme

< n'étaient pas moins fécondes pour la poésie que les révo- .« lutions d'un empire.

c Au reste, le domaine de la poésie est illimité. Sous le

< monde réel, il existe un monde idéal qui se montre resf plendissant à l'œil de ceux que des méditations graves c ont accoutumés à voir dans les choses plus que les cho-

< ses. Les beaux ouvrages de poésie en tout genre, soit en

< vers, soit en prose, qui ont honoré notre siècle, ont € révélé cette vérité à peine soupçonnée auparavant, « que la poésie n'est pas dans la forme des idées, mais « dans les idées elles-mêmes. La poésie, c'est tout ce qu'il « y a d'intime dans tout. »

Il est permis peut-être aujourd'hui à l'auteur d'ajouter é ce peu de lignes quelques autres observations sur le but quil s'est proposé en composant ces Odes.

Convaincu que tout écrivain, dans quelque sphère que s'exerce son esprit, doit avoir pour objet principal d'être utile; et, espérant qu'une iulention honorable lui ferait pardonner la témérité de ces essais, il a tenté de solenniser quelques^ns de ceux des principaux souvenirs de notre époque qui peuvent être des leçons pour les sociétés futures. 11 a adopté, pour consacrer ces événements, la forme de l'ode, parce que c'était sous celte forme que les inspirations des premiers poètes apparaissaient jadis aux premiers peuples.

Cependant l'ode française, généralement accusée de froi- ^ deur et de monotonie, paraissait peu propre à retracer ce que les trente dernières années de notre histoire présentent de louchant et de terrible, de sombre et d'éclatant, de monstrueux et de merveilleux. L'auteur de ce recueil, en réfléchissant sur cet obstacle, a cru découvrir que celte froideur n'était point dans l'essence de l'ode, mais seulement dans la forme que lui ont jusqu'ici donnée les poëte<« lyriques. Il lui a semblé que la cause de cette monotonie était dans l'abus des apostrophes, des exclamations, des prosopop(;es, et autres figures véhémentes que l'on prodiguait dans l'ode : moyens de chaleur qui glacent lorsqu'ils

sont trop multipliés et étourdissent an lieu d*émouvoîr. 11 a donc pensé que, si l'on plaçait le mouvement de l'ode dans les idées plutôt que dans les mots, si, de plus, on en asseyait la composition sur une idée fondamentale quelconque qui fut appropriée au sujet, et dont le développement s'appuyAt dans toutes ses parties sur le développement de l'événement qu'elle raconterait, en substituant aux couleurs usées et fausses de la mythologie païenne les couleurs neuves et vraies de la théogonie chrétienne, on pourrait jeter dans l'ode quelque chose de l'intérêt du drame, et lui faire parler en outre ce langage austère, consolant et religieux, dont a besoin une vieille société qui sort encore toute chancelante des saturnales de l'athéisme et de l'anarchie.

Voilà ce que l'auteur de ce livre a tenté, mais sans se flatter du succès; voilà ce qu'il ne pouvait dire à la première édition de son recueil, de peur que l'exposé de ses doctrines ne parût la défense de ses ouvrages. Il peut, aujourd'hui que ses Odes ont subi l'épreuve hasardeuse de la publication, livrer au lecteur la pensée qui les a inspirées, et qu'il a eu la satisfaction de voir déjà, smon approuvée, du moins comprise en partie. An reste, ce qu'il déâre avant tout, c'est qu'on ne lui croie pas la prétention de frayer une route ou de créer un genre.

La plupart des idées qu'il vient d'énoncer s'appliquent principalement aux sujets historiques traités dans ce recueil ; mais le lecteur pourra, sans q*i'on s'étende davantage, remarquer dans le reste le même but littéraire et un semblable système de composition.

On arrêtera ici ces observations préliminaires, qui exigeraient un volume de développement, et auxquelles on ne fera peut-être pas attention ; mais il faut toujours parler comme si l'on devait être entendu, écrire comme si Ton devait être lu, et penser comme si l'on devait être médité.

Décembre 1822.

Voici de nouvelles preuves pour ou contre le système de composition lyrique indiqué déjà par l'auteur de ces Odes. Ce n'est pas sans une défiance extrême qu'il les présente à l'examen des gens de goût ; car, s'il croit à à&i théories nées d'études consciencieuses et de méditations assidues , d'un autre côté, il croit fort peu à son talent. U prie donc les hommes éclairés de vouloir bien ne pas étendre jusqu'à ses doctrines littéraires l'arrêt qu'ils seront sans doute fondés à prononcer contre ses essais poétiques. Aristote n'est-il pas innocent des tragédies de l'abbé d'Anbignac?

Cependant, malgré son obscurité, il a déjà eu la douleur de voir ses principes littéraires, qu'il croyait irréprochables, calomniés ou du moins mal interprétés. C'est ce qui le détermine aujourd'hui à fortifier celte publication nouvelle d'une déclaration simple et loyale, laquelle le mette à l'abri de tout soupçon d'hérésie dans la querelle qui divise aujourd'hui le public lettré. Il y a maintenant deux partis dans la littérature conime dans l'Etat, et la guerre poétique ne parait pas devoir être moins acharnée que la guerre sociale n'est furieuse. Les deux camps semblent plus impatients de combattre que de traiter. Ils s*o!)stineiU à ne vouloir point parler la même Iniiiiriio; ils n'ont d'au-

tre langage que le mot d'ordre i rintérieur et le cri de gaerre â l'extérieur, (le n*est pas le moyen de 8*enteiidre.

Quelques voix importantes néanmoins se sont élevées depuis quelque temps parmi les clameurs des deux armees. Des conciliateurs se sont présentés avec de sages paroles enlre les deax fronts d'attaque. Ils seront peut-être les premiers immolés; mais n'importe! €'est dans leurs rangs que l'auteur de ce livre veut être placé, dût-il y être confondu. Il discutera, sinon avec la même autorité, du moins avec la même bonne foi. Ce n'est pas qu'il ne s'attende aux imputations les plus étranges, aux accusations les pftis singulières. Dans le trouble où sont les esprits, le danger de parler est plus grand encore que celui de se taire; mais, quand il s'agit d'éclairer et d'être éclairé, il faut regarder où est le devoir et non où est le péril ; il se résigne donc. 11 agitera, sans hésitation, les questions les plus redoutées', et, comme le peUt enfant thébain, il osera secouer la peau du lion.

Et, d'abordy p5ur donner quelque dignité à cette discussion impartiale, dans laquelle il cherche la lumière bien plus qu'il ne l'apporte, il répudie tous ces termes de convention que les partis se rejettent réciproquement comme des ballons vides, signes sans sîgnillcation, expressions sans expression, mots vagues que chacun définit au besoin de ses haines ou de ses préjugés,- el qui ne servent de raisons qu'à ceux qui n'en ont pas. Pour lui, il ignore profondément ce que c'est que le genre cUuHque et que le genre romantique. Selon une femme de génie, qui la première a proiioncé le mot de littérature romantique en France, cette division se rapporte aux deux grandes ères du monde, celle qui a précédé V établissement du christianisfhe et celle qui Va suivi (1). D'après le sens littéral de cette explication, il semble que le Paradis perdu serait un poème classique, et la Uenriade^ une œuvre romantique» Il ne paraît pas démcmtré que les deux mots impoités par madame de Staël soient aujourd'hui compris de cette façon.

En littérature, comme en toute chose, il n'y a que le l>on et le mauvais, le beau et le difTorme, le vrai et le faux. Or, sans établir ici de comparaisons qui exigeraient des restrictions et des développements, le heau (2) dans Shakspeare est tout aussi classique ( si classique signifie digne d'être étudié) que le heau dans Racine; et le faux dans. Voltaire est tout aussi romantique ( si romantique veut dire mauvais) que le faux dans Galdéron. Ce sont là de ces vérités naïves qui ressemblent plus encore à des pléonasmes qu'à des axiomes ; mais où n'est-on pas obligé de descendre pour convaincre l'entêtement et pour déconcerter la mauvaise foi ?

On objectera peut-être ici que les deux mots de guerre ont depuis quelque temps changé encore d'acception, et que certains critiques sont convenus d'honorer désormais du nom de cUusiq'ue toute production de l'esprit antérieure à notre époque, tandis que la qualification de romantique serait spécialement restreinte à celte littérature qui grandit et se développe avec le dix-neuvième siècle. Avant d'examiner en quoi cette littérature est propre à notre siècle, on demande en (}uoi elle peut avoir mérité ou encouru une désignation exceptionnelle. U est reconnu que chaque littérature s'empreint plus ou moins profondément du ciel, des mœurs et de l'histoire du peuple dont elle est l'expression. Il y a donc autant de littératures diverses qu'il y a de sociétés diflërentes. David. Homère, Virgile, le Tasse, Milton et Corneille, ces hommes dont cliacun représente une poésie et une nation, n'ont de com-

(i) Df VAUniMgnê,

(2) 11 est inutile de déclarer que cette cxpresstoii tsi employée ici dans toute son étendue.

mun entre eux que le génie. Chacun d'eux a exprimé et a fécondé la pensée pi:blique dans son pays et dans son temps. Chacun d'eux a créé pour sa sphère sociale un*' monde d*idées et de sentiments approprié au mouvement et à l'étendue de cette sphère. Pourquoi donc envelopper d'une désignation vague et collective ces créations qui, pour être toutes animéfis de la même Ame, la vérité, n'en sont pas moifts dissemblables et souvent conlraires»dans leurs formes, dans leurs éléments et dans leurs natures ? Pourquoi, en même temps, cette contradiction bizarre de décerner à une autre littérature, expression imparfaite encore d'une époque encore incomplète, l'honneur ou l'outrage d'une qualification également vague, mais exclusive, qui la sépare des littératures qui l'ont précédée? Gomme si elle ne pouvait être pesée que dans l'autre plateau de la balance ! Gomme si elle ne devait être inscrite que sur le revers ^u livre! D'où lui vient ce nom de romantique? Est-ce que vous lui avez découvert quelque rapport bien évident et bien intime avec la langue romance ou ro' mane?,.. Alors expliquez-vous; examinons la valeur de cette allégation ; prouvez d'abord qu'elle est fondée; il vous restera ensuite à démontrer qu'elle n'est pas insignifiante.

Mais on se garde fort aujourd'hui d'entamer, de ce côté, une'discussîon qui pourrait n'enfanter que le ridicuhasmus; on veut laisser â ce mot de romantiqui un certain vague fantastique et indéfinissable qui en redouble l'horreur. Aussi, tous les anathèmes lancés contre d'illustres écrivains et poètes contemporains peuvent-ils se réduire n cette argumentation : — c Nous condamnons la litléra-. « ture du dix-neuvième siècle, parce qu'elle est roman- « tique.,, — Et pourquoi est-elle romantique?— P.irce « qu'elle est la littérature du dix-neuvième siècle. » — On ose affirmer ici, après un mùi' eiamen, t|ue l'évideucc d'un -tel raisonnement ne parait pas absolument incontestable.

Abandonnons enfin cette question de mots, qui ne peut suffire qu'aux esprits superficiels dont elle est le risible labeur. Laissons en paix la procession des rhéteurs et des pédagogues apporter gravement de l'eau claire au tonneau vide. Souhaitons longue haleine à tous ces pauvres Sisyphes essoufllés qui vont roulant et roulant^sans cesse leur pierre au haut d'une butte :

Palus inamabilis unda Alligat, et oovies Styz interfusa cocrc<it*

Passons et abordons la question de choses, car la frivole querelle des roma'nJtiques et des classiques n'est que la parodie d'une importante discussion (|ui occupe aujourd'hui les esprits judicieux et les «Imes méditatives. Quittons donc la Batrachomyomaehie pour V Iliade, ici, du moins , les adversaires peuvent espôrer de s'entendre , parce qu'ils en sont dignes. 11 y a une discordance absolue entre les rats et les grenouilles, tandis qu'un intime rap • port de noblesse et de grandeur existe entre Achille el Hector.

II faut en convenir, un mouvement vaste et profond travaille intérieurement la littérature de ce siècle. Quelques hommes distingués s'en étonnent, et il n'y a précisément dans tout cela d'étonnant que leur surprise. En effet, si, après une révolution politique qui a frappé la société dans toutes ses sommités et dans toutes ses racines, qui a touché â toutes les gloires et à toutes les infamies, (|Mi u fout désuni et tout mêlé, au point d'avoir dressé l'échafaud à l'abri de la tenie, et mis la hache sous la garde du glaive; après une commotion efArayonte el qui na rien laissé dans le cœur des hommes qu'elle n'ait remué, rien dans l'ordre des choses quelle n'ail dèphicé; si, disonsnous, après un si prodigieux événement, nul ciiaugement

n'apparaissait dans Tespiit et dans le caractère d'an peuple, n'est-ce pas^ alors qu'il faudrait s'étonner, et d'un étonnement sans bornes?... Ici se présente une objection spécieuse et déjà développée avec une conviction respectable par des hommes de talent et d'antorité'. C'est précisément, disent-ils, parce que cette rétolution littéraire est le résultat de notre réioMioir politise- i\vi^ non» en dép}o.rons le triomphe, que nous en condamnons les œuvi*cs. — Cette conséquence ne parait pas Juste. La littérature actuelle peut être en partie le rhultat de la révolution, sans en être Veocpreuion. La société, telle que l'avait faite la /évolution, a eu sa littérature, }iideuse et inepte comme elle. Cette littérature et cette société sont mortes ensemble et ne revivront plus. L'ordre renaît de toutes parts dans les institutions; il renait égalen^^nt^ans les lettres. La religion consacre la liberté: nous a#n» des citoyens. La foi épure l'imagination : nous avons c'es poëies. La vérité revient partout, dans les mœurs, dans les lois, dans les arts. La littérature nouvelle est vraie. Et qu'importe qu'elle soit le résultat de la révolution? La moisson est-elle moins belle parce qu'elle a mûri sur le volcan? Quel rapport trouvez-vous entre les laves qui dnt consumé votre maison et l'épi de blé qui vous nourrit?

Les plus grands poètes du monde sont venus après de grandes calamités publiques. Sans parler des chantres sacrés, toujours inspirés par des malheurs passés ou futurs, nous voyons flomére apparaître après la chute de Troie et les catastrophes de l'Argolide; Virgile après le triumvirat. Jeté au milieu des discordes des Guelfes et des Gibelins, Dante avait été proscrit avant d'être poète. Milton rêvait Satan chez Crorawell. Le meurtre de Henri IV précéda Corneille. Racine, Molière, Boiieau, avaient assisté aux orages de la Fronde. Après la Révolution française, Cha^ teanbriand s'élève, et la proportion est gardée.

Et ne nous étonnons point de cette liaison remarquable entre les grandes époques politiques et les belles époques littéraires. La marche sombre et imposante des événements par lesquels le pouvoir d'en haut se manifeste aux pouvoirs d'ici-bas, l'unité éternelle de leur cause, l'accord solennel de leurs résultats, ont quelque chose qui frappe profondément la pensée. Ce qu'il y a de sublime et d'immortel dans l'homme se réveille comme en sursaut, au bruit de toutes ces voix merveilleuses qui avertissent de Dieu. L'esprit des peuples, en un religieux silence, entend longtemps retentir de catastrophe en catastrophe la parole mystérieuse qui témoigne dans les ténèbres :

Âdmonet, et magna testatur voce per umbrai.

Quelques âmes choisies recueillent cette parole et s'en fortifient. Quand elle a cessé de tonner dans les événements, elle la font éclater dans leurs inspirations, et c'est ainsi que les enseignements célestes se continuent par des chants. Telle est la mission du génie ; ses élus sonVces sentinelles laiêséeê par le Seigneur sur les tours de Jé\rusalem^ et qui ne se totroni m jour ni nuit.

La littérature présente, telle que l'ont créée les Chateaubriand, les Staël, les Lamennais, n'appartient donc en rien à la Révolution. De même que les écrits sophistiques el déréglés des Voltaire, des Diderot et des Ilelvètius, ont été d'avance l'expression des innovations sociales écloses dans la décrépitude du dernier siècle ; la littérature actuelle, que l'on attaque avec tant d'instinct d'un côté et si peu de sagacité de l'autre, est l'expression anticipée de la société religieuse et monarchique qui sortira sans doute du milieu de tant d'anciens débris, de tant de ruines récentes. Il faut le dire et le redire, ce n'est pas un besoin de nouveauté qui tourmente les esprits, c'est un besoin de vérité, et il est immense.

Ce besoin de vérité, la plupart des écrivains supérieurs de Tépoque tendent à le satisfaire. Le goût, qui n'est autre cTlose que V autorité en littérature, leur a enseigné que leurs ouvrages, vrais pour le fond, devaient être également Vrais dans la forme; sous ce rapport ils ont fait faire un pas â la poésie. Les écrivains des autres peuples et des autres temps, même les admirables pootes du grand siècle, ont trop souvent oublié dans l'exécution le principe de vérité dont ils vivifiaient leur composition. On ren» contre fréquemment dans leurs plus beaux passages des détails empruntés â des mœurs, à des religions ou é des époques trop étrangères au sujet. Ainsi Vhorloge qui, au grana amusement de Voltaire, désigne au Brutus de Shak^pearê l'heure où il doit frapper César, cette horloge, qui 'existait, comme on voit, bien avant qu'il n'y eût des horlogers, se retrouve, au milieu d'une brillante description des dieux mythologiques, placée par Boileau à la main du Temps. Le canons dont Calderon arme les solda > d'Hcraclius, et Hilton les archanges des ténèbres, est tiré, dans VOde sur Namur, par dix mille vaillants Àlcides qui en ^oni pétiller les remparts. Et certes, puisque les Àkides du législateur du Parnasse tirent du calion, le Satan de Milton peut i toute . force considérer cet anachronisme comme de %onne guerre. Si dans un siècle littéraire encore barbare le père Lemoyne, auteur d'un poème de Saint Louis, fait sîmner les vespres siciliennes par Us cors des noires Euménides^ un Age éclairé nous montre J.'B. Rousseau envoyant ( dans son Ode au comte de Lac^ dont le mouvement lyriqu^est fort remarquable) un prophète fidèle jusque chez les dieux interroget le Sort; et^ en trouvant fort ridicules les Néréidei donICamoêns obsède les compagnons de Gama, on désirerait, dans le>«élèbre Passage du Rhin de Boileav (1), voir aut^re cKuse que des naïades craintii^es fuir devant Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, accompagné de ses maréchaux des camps et armées.

Des citations de ce genre se prolongeraient à l'infini, mais il est inutile de les multiplier. Si de pareilles fautes de vérité se présentent fréquemment dans nos meilleurs auteurs, il faut se garder de leur en «foire un crime. Ils auraient pu sans doute se borner à étudier les formes pures des divinités grecques, sans leur emprunter leurs attributs païens. Lorsqu'à Rome on voulut convertir en saint Pierre un Jupiter olympien, on commença du moins par ôter au maître du tonnerre l'aigle qu'il foulait sous ses pieds. Mais quand on considère les immenses services rendus à la langue et aux lettres par nos premiers grands poètes, on s'humilie devant leur génie, et on ne se sent pas la force de leur reprocher un défaut de goût. Certainement ce défaut a été bien funeste, puisf|u'il a introduit en France je ne sais quel genre faux, qu'on a fort bien nommé le genre scodistique, genre qui est au classique ce que la superstition et le fanatisme sont â la religion, el qui ne contre-balance aujourd'hui le triomphe de la vraie poésie que par l'autorité respectable des illustres maîtres chez lesquels il trouve malheureusement des modèles. On a

(1) Les personneii de bonne foi comprendront aisément pour^ quoi nous citons ici fréquemment le nom de Boileau. Les fautes de goût, dans un homme d'un goût aussi pur, ont quelque chose de frappant qui les rend d'un utile exemple II faut que l'absence de vérité soit bien contraire à la poésie, puisqu'elle dépare même les vers de Boileau. Quant aux critiques malveillants, qui voudraient voir dans ces citations un manque de respect à un gr:ind nom, ils sauront que nul ne pousse plus loin que l'auteur de «e livre reslimc pour cet excellent esprit. Boileau partage avec notre Racine le mérite unique d'avoir lixé la langue fran» çais43, ce qui suffirait pour prouver que lui aussi avait un génie créateur.

rusemblé ci-dessus qoelquei eiemplea pareils entre eux de ce fiiui goût, empruntés i h fois aux écrivains les plus oppoEés, i ceui que tes scoUsIiqiies appellent ûUuiiques ei & ceux qu'ils qualiSeol de romantiquu; on espère pai U Elire Toir que si Calderon a pu pécher par excès d'iguo' rance. Boileau a pu faillir aussi par excès de science; et queii, lorsqu'on étudie tes écrits de ce dernier, on, doit suÎTre religien sèment les régies imposées au langage par le critique (1), il faut en même temps se garder 'icmpuhiisemcnt d'adopter les huaies couleurs employées quelquefois par le poêle.

Et remarquons en pasunt que, si la littérature du gmd ■iéde de Louis le Orand eût invoqué le christianisme au lieu d'adorer les dieux païens, si cesj)oëleg ëusseni nié te qu'ëlaieut ceux des leotps primitifs, des prêtres c)yntanl les griindes choses de leur relig le

triomphe des doctriaçs sophistiqu iit

été beaucoup plus difficile, |ieul e.

Aux premières attaques des nov la

morale se fussent réfugiées dans s,

sous la garde de tant de grands 1» i,

■ccoutumé à ne ]kunt séparer lei je

poésie, eût répudié tout e^i d et

flétri cette monslruosilé non moins comme un saerilége littéraire que comme un sacrilège soci|l. Qui peut calculer c* qui fîit arriïé de ta phitotopMe, si la cause de Hieu, défendue en vaiu par la vertu, ^iil été^ussi plaidée par Te ^ie?... Uaîs la France n'eu^pas ce bonb'eor; ses poêles nationaux Etaient presque tous des poètes pa'tens; et oot^ liliéralure était ))lulAt l'expreasion ^une société idolâtre et démocratique que d'une société mfasrchique et chrétienne. Aussi les ]Ailosophes parvinrent-ils, .en moins d'un siècle, à cliasser de; 'cœurs iine rey|iiui qui n'était pas daus l«s ep^riis^r ' . ■. y

Ctst surtout i répvei'Je liUI fait par les sophistes que doit s'dinclier snjourd'huî le po^te. Il doit marcher devant les pQupte* comme une lumière, «t leur montrer le chemiif: Il do^ les ram'eoer à Ions les grands principes d'ordre de morale 'e4 d'honneur; et pour que sa puissance leur soit doucé| îl faul que toutes les fibres -du cœur humain vibren^ smis ses doigts comme les cordes d'une lyre. Il ne sera jautiis l'écbo d'aucune parole, si ce n'^t de celle de Dieu. H se [appellera toujours ce que ses prédécesseufs ont trop oublié, que lui aussi il a une religion et une patrie. Ses chanta célébreront saua cesse les gloires et les infortunes de son pays, les ausiériléi et les ravissemenla de son culle. atln que lea aïeux et mb conlemporaîns recueillent quelque chose de son génie et de son Ame,-«t

■ l| Iniiatoni snr ce point, ifin d'Aler tout préleite aui mal- «oionlt. S'il ert ulîle et pirfoij! néceunire de rajeunir quelquei t/iunurei ui^ei. de renomeler quelque) lieiUea eipreuïnnt, et core d'embellir notre Teraificatiou par la la pureté de la rima, on ne uurait trop rtter l'eaprit de perfeclionEOment, Toute la nature de ootre proaodie et au génie de notre langue doit être signalée comme un altcntal ini prémien principes du goil.

Aprèa une ai rranche déclaration, il aéra uns doute permis de Isire obaerter ici aux ftypar-oririqna qae le Trai talent regarde •vec nisoD lea règles comme la limite qu'il ne faut jimiia frai.diir, et non comme le semier qu'il faut loqjoura auïvre. Elles rdpprUcnt incesumment la pensée «r» un centre unique, h b»iHi mais «Iles ne la circonscrÎTeul |i». Le« i^f lei aonl en littérature ce que sont lea lois en morale : elles ne penvenl tout prévoir. Un homme no lera jamais réputé Tertueui parce qu'il aura borné iia coniluile A l'observance du Code. Un poêle ne lera iam'ii! réputâ^rand parte qn'il se sera contenté d'écrire anirant le» règlea. La monte ne rêsulle paa dea loia, miia de la religion et de la vertu. Li 11 Itérai ure ne vit paa seulement parle goût; il faul qu'elle lait vivifiée par It poésie et récoodée par ia génie.

que, dons la postérité, les antres peuples ue disent pas de lui : t Cetui-là chantait dans une terre barbare, b^

In qua acril)ebal, barbaratem rbit.

|>ejt-étre d'eisayer i [rÎLiiitude du métré léréler que li doit a

Pour la première fois, l'auteur de ces composilioM IJri- <(Hes a cru devoir séparer les genres de ces compmtiou par une division marquée. -f'

'• Il conlinne à comprendre sons le litre d'Odei toute in- j spiration purement religieuse, tonle étude purement antique, toute traduction d'un événement contemporain ou d une impression personnelle. Les pièces qn'il intitule 1 B(^Uadtt ont un coractère différent : ce sont des esquisses i. ■fl'ungenre capricieux: tableaux, rêves, scènes, récits, légendcs su péril i lieuses, iraditions populaires. L'auteur, en | les composant, a essayé de donner quelque idée de ce que pouvaient être lea poèmes des premiers troubaduurs du moyen flge, de ces rapsodes chrétiens qui n'avaient .au monde que leur épée et leur guitare, et s'en allaient de chileau en cliMeau, payant l'hospiUlilé avec des chanU. S'il n'y avait beaucoup trop de pompe dans ces expressions, l'auteur dirait, pour compléter son idée, qu'il a mit plus de son Ame dans les Oitt, plus de son imagination dans \«i BaUadf*.

■Au reste, il n'allsche pas à ces classilications pliud'importance qu'elles n'en méritent. Beaucoup de per^.innes, dont l'opinion est grave, ont dit que ses Odes n'élaient pus des odes; soit. Beaucoup d'autres diront, tta^ doute, avec non moins de raison, que ses Bailadtt ne sont pas des ballades ; passe encore. Qu'on leur donne lel autre titre qu'on voudra, l'auteur y souscrit d'avance.

A c^le occasion, mais en laissant absolument de côté ses propres ouvrages, si imparfaîls et si incomplets, il hasardera quelques réHexIons

On entend tous les jours, à prO|.os de productions littéraires, parler de la dignité de lel genre, des eonvenaneu de tel autre, des KmilM de celui-ci. des latitudt» de celuilà : la tragédie interdit ce que le roman permet; la chanson tolère ce que l'ode défend, etc. L'auteur de ce livre a te malheur de ne rien comprendre i tout cela : il y clierclie des choses et n'y voit que des moU; il lui semble que ce qui est réellement beau et vrai est beau et vrai partout; que ce qui est dramatique dans un roman sera dramatique sur la scène; qua ce qui est lyrique dans, un couplet sera lyrique dans une strophe; qu'enSn et toujours la seule distinction vcrii.ible dans les œuvres de l'esprit est celle du bon et du mauvais. La pensée est une terre vierge et féconde dont les productiona veulent .croître librement, et, pour ainsi dire, au hasard, sans se classc'r, sans s'aligner en plates-bandes, com'je les bouquets dans un jardin classique de le Nôtre, o'- comme les fleurs du langage dans un traité de rhétaKque.

Il ne faut pas croire ponrK.nt que cette liberté doive produire le desardre; bien au contraire. Développons notre idée. Compares an moment au Jardin royal de Versailles, bien nivelé, bien taillé, bien nettoyé, bien ratissé, bien sablé; tout plein de petites cascades, de petits bassins, de petits bosquets, de tritons de brooie folltrant en cérémonie sur des océans pompés à grands frais dans ta Seine, de faunes de marbre courtisant les dryades allégoriquement Tenferméei dans une multitude d'ifs coniques, de lauriers

cylindriques, d*orangers sphérlqnes, de myrles elliptiques et d'aulres arbres dont la forme nalnrelle; trop triviale sans doule, a été gracieusement corrigée par la serpette du jardinier; comparez ce jardin si vanté à une forêt primitive du nouveau monde, avec ses arbres géants^ ses hautes herbes, sa végétation profonde, ses mille oiseaux de mille couleurs, ses larges avenues où Tombre et la lumière ne se jouent que sur la verdure, ses sauvages harmonies, ses grands fleuves qui charrient des îles de fleurs, ses immenses cataractes qui balancent des arcs-en-ciel ! Nous ne dirons pas-: Où est la magnificence? où est la grandeur? où est la beauté? mais simplement : Où est l*0|^dre? où est le désordre ? Là, dei eaux captives ou détouni^es de leurs cours, ne jaillissant que pour croupir, des dieux pétrifiés ; des arbres transplantés de leur sol natal, arrachés de leur climat, privés même de leur forme, de leurs fruits, et forcés de subir les grotesques caprices de la serpe et du cordeau ; partout enfin Tordre naturel contrarié, interverti, bouleversé, détruit. Ici, au contraire, tout obéit à une loi invariable ; un dieu semble vivre en tout. Les gouttes d*eau suivent leur pente et font des fleuves qui feront des mers*; les semences choisissent leur terrain et produisent une forêt. Chaque plante, chaque arbuste, chaque arbre, naît dans sa saison, croit en son lieu, produit son fruit, meurt à son temps. La ronce même y est belle. Nous le demandons encore : Où est Tordre '!

Choisissez donc du chef-d'œuvre du jardinage ou de Tœuvre de In nature, de ce qui est beau de convention ou de ce qui est beau sans les récries, d'une littérature artificielle ou d'une poésie originale!

On nous objectera que la forêt vierge cache dans ses magnifiques solitudes mille animaux dangereux, et que les bassins marécageux du jardin français recèlent tout au plus quelques bêtes insipides. C'est un malheur, sans doute; mais à tout prendre, nous aimons mieux un crocodile qu'un crapaud; nous préférons. une barbarie de Shakspeare k une ineptie de Campistron.

Ce qu'il est très-important de fixer, c'est qu'en littérature comme en politique. Tordre se concilie merveilleusement avec la liberté, il en est même le résultat. Au reste, il faut bien se garder de confondre Tordre avec la régularité. La régularité ne s'attache qu'à la forme extérieure; Tordre résulte du fond même des choses, de la disposition intelligente des éléments intimes d'un sujet. La régularité est une combinaison matérielle et purement humaine ; Tordre est pour ainsi dire divin. Ces deux qualités si diverses dans leur essence marchent fréquemment Tune sans Tautre. Une cathédrale gothique présente un ordre admirable dans sa naïve irrégularité ; nos édifices français modernes, auxquels on a si gauchement appliqué Tarchiteclure grecque ou romaine, n'offrent qiTun désordre régulier. Un homme ordinaire pourra toujours faire un ouvrage régulier; il n'y a aue les grands esprits qui sachent ordonner une composition. Le créateur, qui voit d« haut, ordonne; l'imitateur, qui regarde de prés, régularise : le premier procède selon la loi de sa nature, le dernier suivant les règles de son école. L'art est une inspiration pour Tun ; il n'est qu'une science pour Tautre. En deux mots, et nous ne nous opposons pas à ce qu'on juge d'après cette observation les deux littératures dites classique et romarUiquet la régularité est le goût de la médiocrité. Tordre est le goût du génie.

Il est bien entendu que la liberté ne doit jamais être l'anarchie; que l'originalité ne peut en aucun cas servir

de prétexte d l'incorrection. Dans une œuvre littéraire, l'exécution doit être d'autant plus irréprochable que la conception est plus hardie. Si vous voulez avoir raison autrement que les autres, vous devez avoir dix fois raison. Plus on dédaigne la rhétorique, plus il sied de respecter la grammaire. On ne doit détrôner Âristote que pour faire régner Vaugelas ; et il faut 91 mer VÀri poétiqne de Boileau, sinon pour les principes, du moins pour le style. Un écrivain qui a quelque souci de la postérité cherchera sans cesse à purifier sa diction, sans effacer toutefois le caractère particulier par lequel son expression révèle l'individualité de son esprit. Le néologisme n'est d'ailleurs qu'une triste ressource pour l'impuissance. Des fautes de langue ne rendront jamais une pensée; et le style est comme le cristal : sa pureté fait son éclat.

L'auteur de ce recueil déTcloppera peut-être ailleurs tout ce qui n'est ici qu'indiqué. Qu'il lui soit permis de déclarer, avant de terminer, que l'esprit d'imitation, recommandé par d'autres comme le salut des écoles, lui a tonjours paru le fléau de l'art; et il ne condamnerait pas moins l'imitation qui s'attache aux écrivains dits rêman* tiques que celle dont on poursuit les atlteurs dits classiques. Celui qui imite un poète romar*iique devient nécessairement un classique, puisqu'il imite (4). Que vous soyez Técho de Racine ou le reflet de Shakspeare, vous n'êtes toujours qu'un écho et qu'un reflet. Quand vous viendrez à bout de calquer exactement un homme de génie, il vous manquera toujours son originalité, c'est-à-dire son génie. Admirons les grands maîtres; ne les imitons pas. Faisons autrement. Si nous réussissons, tant mieux; si nous échouons, qu'importe?

Il existe certaines eaux qui, si vous y plonges une fleur, un fruit, un oiseau, ne vous les rendent, au bout de quelque temps, que revêtus d'une épaisse croûte de pierre sous laquelle on devine encore, il est vrai, leur forme primitive; mais le parfum, la saveur, la vie, ont disparu. Les pédantesqnes enseignements, les préjugés scolasliqvies, la contagion de la routine, la manie d'imitation, produisent le même effet. Si vous y ensevelissez vos facultés Natives, votre imagination, votre pensée, elles n'en sortiront pas. Ce que vous en retirerez conservera bien peut-être quelque apparence d'esprit, de talent, de génie; mais ce sera petribe.

A entendre des écrivains qui se proclament classiques, celui-là s'écarte de la route da vrai et du beau qui ne suit pas servilement les vestiges que d'autres y ont imprimés avant lui. Erreurs I ces écrivains confondent la route avec l'art; ils prennent l'ornière pour le chemin.

Le poëte ne doit avoir qu'un modèle, la nature; qu'un guide, la vérité. Il ne doit pas écrire avec ce qui a été écrit, mais avec son âme et avec son cœur. De tous les livres qui circulent entre les mains des hommes, deux seuls doivent être étudiés par lui, Homère et la Bible. C'est que ces deux livres vénérables, les premiers de tous par leur date et par leur valeur, presque aussi anciens que le monde, sont eux-mêmes deux mondes pour la pensée. On y retrouve, en quelque sorte, la création tout entière considérée sous son double aspect, dans Homère par le génie de Thomme ; dans la Bible, par l'esprit de Dieu.

Octobre 1826.

(1) Ces mots sont employés ici dans Tacception à demi comprise, bien que non définie, qu'on leur donne le plus généralement.

ODES

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