LE POÈTE
DAnS LS8 RÎYOLVTIONg
Mourir sans rider mon carquois 1 Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange Ces bourreaux, barbouilleurs de lois t.. .
ARDRf GHiiOBa, lambê,
ODE PREMIÈRE
a Le vent chasse loin des ocimpagnes ^
<K Le gland tombé des rameaux verts;
« Chêne, il le bat sar les montagnes;
« Esquif, il le bat sur les mers.
« Jeune homme, ainsi le sort nous presse.
« Ne joins pas, dans ta, folle ivresse,
« Les maux du monde à tes malheurs ;
<x Gardons, coupables el victimes,
« Nos remords pour nos propres crimes,
«( Nos pleurs pour nos propres douleurs! d
Quoi! mes chants sont*i1s téméraires?
Faut-il donc, en ces jours d'effroi.
Rester sourd aux cris de ses frères, Ne souffrir jamais que pour soi?
Non, le poêle sur la terre Console, exilé volontaire, Les tristes humains dans leurs fers; Parmi les peuples en délire, Il s'élance, armé de sa lyre, Comme Orphée au sein des enfers!
er Orphée, aux peines éternelles <r Vint un moment ravir les morts; « Toi, sur les tètes criminelles, «c Tu chantes l'hymne du remords, a Insensé! quel orgueil t'entraine?
« De quel droit viens-tu dans Tarénc « Juger sans avoir combattu?
a Censeur échappé de l'enfance.
« Laisse vieillir ton innocence, a Avant de croire à ta vertu !
Quand le crime. Python livide, Brave, impuni, le frein des lois, La Muse aevient l'Euménide :
Apollon saisit son carquois !
Je cède au dieu qui me rassure; J'ignore à ma vie encor pure Quels maux le sort veut attacher; Je suis sans orgueil mon étoile^; L*ora{ve déchire la voile :
La voile sauve le nocher.
« Les hommes vont aux précipices!
« Tes chants ne les sauveront pas.
« Avec eux, loin des cieux propices, « Pourquoi donc éprer tes pas?
«c Peux-tu, dés tes jeunes années, «c Sans brîser d'autres destinées, « Rompre la chaîne de tes jours?
« Epargne la vie éphémère; « Jeune homme, n as-tu pas de mère?
c Poète, n'as-tu pas d'amours?»
Eh bien ! à mes terrestres flammes, Si je meurs, les deux vont s'ouvrir.
L'amour chaste agrandit les âmes.
Et qui sait aimer sait mourir.
Le poète, en des temps de crime, Fidcle aux justes au'ou opprime.
Célèbre, imite les néros; Il a, jaloux de leur martyre, Pour les victimes une lyre, Une tête pour les bourreaux !
« On dit que jadis le Poète,
a Chantant des jours encor lointains,
« Savait à la terre inquiète
« Révéler ses futurs destins.
« Mais toi, que peux-tu pour le monde:
a Tu partages sa nuit profonde :
c Le ciel se voile et veut punir;
« Les lyres n'ont plus de prophète;
a Et la Muse, aveugle et muette,
« Ne sait plus rien de l'avenir! »
Le mortel qu'un Di^u même anime Marche a l'avenir, plein d'ardeur; C'est en s'élancant dans l'abiroe Qu'il en sonde la profondeur.
Il se prépare au sacrifice ; Il sait que le bonheur du vice Par l'innocent est expié ; Prophète & son jour mortuaire,
Li prinii ett ion lauduiire.
LnpriioD est son unclnaire.
Et réchafaïKl est son trépied 1
t IJue n'es-tu né sur les rivages
< Des AbbBs et des Coaroês,
■ Aux rayons d'u» de) sans nuages, c Parmi le myrte et l'aloés!
c lÀ, sourd aui maux que tu déplores,
< Le poëte voit ses aurores
s Se lever sans trouble et sans pleurs;
■ Et la colombe, obère aux sages,
« Porte aux vierges ses doux mesMgts
< Où l'amour parle avec des fleurs ! >
Qu'on autre au célette martyre Préfère un repos mus honneur !
La gloire est le but ou J'aspire; On n'y va point par le bonheur.
L'ilcfon, quand VOcéui^nde, Craint que les vents ne troublent l'onde Où se berce son doux sommeil ; Hais pour l'aiglon, fils des orages.
Ce n'est qu'à traren les nnaces Qu'il prend son toI vers le soldll
LA VENDEE GMMr, moriluri te hIuIaiiI.
DDE DEUXIËMB
Un licui prftre parut pirmî c«* Rer« mMiU. [ Pige 10.)
eçoiue ou d
o rr««,
f Autour du froid tombeau d'm
> Qui de nous n'a mené le àead 1 >
— Aioai, sur les malheun de la PrtiDce éplorée.
Gémissait la Muse Mcrée
Oui nons montra le ciet ouvert, Dans ces chanU où, planant sur Rome el sur Palnyre, Sublime, elle aunonçait lei douceun du martyre
Et l'haroble bonheur du désert!
Depuis, à nos tyrans rappelant loua leurs crimes, El vouant aux remords ces cœurs sans repentirs, BUe a dit : ( En ces temps la France eut des victimes; « Uais la Veudée eut des martyrs! ■
— Déplorable Vendée, a-t-oo séché tes larmes?
Harrhes-lu, ceinte de les armes.
Au premier ran^ de dos guerriers?
& l'honneur, si la foi, n'est pas un vain fanldme, HoDire-moi quels palais ont remplacé le chaume
De les rustiques chevaliers!
Hélas ! tu te souviens des jours de la misère I Des Qots de sang baigoaient les sillons dévastés.
Et le pied des coursiers o'jr foulait de poussière
Que la cendre de tes atés !
Ci^ni-ld oui n'avaient pu le vaincre arec l'ëpéc
Semblaient, dans leur rage trompée.
Implorer l'enfer jMur appui ; Et. roulant snr la plime eu torrents de fumée. Le vaste embrasement poursuivait Ion armée,
Qui ne fuyait que devant lui!
La Loire vit alors, sur ses plages désertes, S'assembler les tribus des vengeur* de nos rcùs, Penpie qui ne pleurait, fier de ses nobles perles.
Que sur le Trône et snr la Croii.
C'étaient quetqijes vieillards fuyant leurs toit* en Uammei,
C'étaient des enfants el de* femmes,
Suivis d'un reste de héros; Au milieu d'eui marchait leur Patrie uilée : peuplée
ODES
On dil qa*en ce moment, dans un diyin délire, Un vieux prêtre parut parmi ces fiers soldats, Gomme un saint charge d*ans qui parle du martyre
Aux nobles anses des combats; Tranquille, en proclamant de sinistres présages,
Les souvenirs des anciens Ages
S'éveinaient dans son cœur glacé :
Et, racontant le sort qu'ils devaient tous attendre. La voix de l'avenir semblait se faire entendre
Dans ses discours pleins du passé.
c Au delà du Jourdain, après quarante annôes, « Dieu promit une terre aux enfants dlsraë! ; « Au delà de cas flots, après quelques journées,
< Le Seigneur vous promet le ciel.
c< Ces bords ne verront plus tos phalanges errantes.
c Dieu, sur des plaines dévorantes^
c Vous prépare un tombeau lointain :
« Votre astre doit s'éteindre, à peine à son aurore; c Mais Samson expirant peut ébranler encore
c Les colonnes du PniUstin !
« Vos guerriers périront. Mais, toujours invincibles, « S'ils ne peuvent punir, ils sauront se venger : « Car ils verront encor fuir ces soldats terribles,
ce Devant qui fuyait l'étranger !
« Vous ne mourrez pas tous sous des bras intrépides :
< Les ans, sur des nefs homicides.
« Seront jetés aux flots mouvants;
«c Ceux-là promèneront des os sans sépulture,
« Et cacheront leurs morts sous une terre obscure.
< Pour les dérober aux vivants ! j»
c Et vous, 6 ieane chef, ravi par la victoire
« Aux hasards de Mortagne, aux périls de Saumur,
c L'honneur de vous frapper dans un combat sans gloire
« Rendra célèbre un bras obscur.
« Il ne sera donné qu'à bien peu de nos frères
« De revoir, après tant ae guerres,
« La place où lurent leurs K>yers; a Alors, ornant son toit de ses armes oisives, « Chacun d'eux attendra que Dieu rende a nos rivés
c Les lis, qu'il préfère aux lauriers.
« Vendée, ô noble terre! ô ma triste patrie! a Tu dois payer bien cher le retour de tes rois ! « Avant que sur nos bords croisse la fleur chérie,
« Ton sang l'arrosera deux fois.
« Nais aussi lorsqu'un jour l'Europe réunie
c De l'arbre de la tyrannie
« Aura brisé les rejetons, V Tous les rois vanteront leurs camps, leur flotte immense, « Et, seul, le roi chrétien mettra dans la balance
« L'humble glaive des vieux Bretons!
« Grand Dieu ! — SHoutefois, après ces jours d'ivresse, « Blessant le cœur aigri du héros oublié, « UAe voix insultante offrait à sa détresse
a Les dons ingrats de la pitié; a Si sa mère, et sn veuve, et sa fille éplorées,
c S'arrêtaient, de faim dévorées,
c Au seuil d'un favori puissant, « Rappelant à celui qu'implore leur misère « Qu elles n'ont plus ce fils, cet époux et ce père
c Qui croyait leur léguer son sang;
a Si, pauvre et délaissé, le citoyen fidèle, « Lorsqu'un traître enricbi se rirait de sa foi, « Entendait au sénat calomnier son zèle
c Par celui qui juffea son roi; n Si, pour comble d affronts, un n
magistrat injuste.
c Déffuisant sous un nom auf^uste
c L'anus d'un insolent pouvoir, c Venait, de vils soupçons cnargeant sa noble tête, « Lui demander ce fer, sa première conquête, —
c Peut-être son dernier espoir; ^
a Qu'il se résigne tlort! — Par ses crimes prospère^, « L'impie heureux insulte au fidèle soaiïrant : . c Mais que le juste pense aux forfaits de nos pères,
c Et qu'il songe à son Dieu mourant, c Le Seigneur veut parfois le triomphe du vice;
c II veat aussi, dans sa iustioe,
c Que l'innocent verte des pleurs; « Souvent, dans ses desseins, Dieu suit d'étranges voies, « Lui oui livre Satan aux infernales joies,
< Et Marie aux saintes douleurs! >
Le vieillard s'arrêta. Sans croire à son langage, Ils quittèrent ces bords pour n'y plus revenir; Et tous croyaient couvert des ténèbres de l'Age
L'esprit qui voyait l'avenir ! — Ainsi, faible en soldats, mais fort en renommée.
Ce débris d'une illustre armée
Suivait sa bannière en lambeaux; Et ces derniers Français, que rien ne put défendre, Loin de leur temple en deuil et de leur chaume en cendre,
Allaient conquérir des tombeaux!