DUC DE BERRY
Le Meurtre, d'niie main violente, bri$e les liens
les plus sacrés,
Ia Mort vient enlever le jeune homme, florissant,
et k Malheur s'approche comme un eunemi rusé
au milieu des jours Hc fi-te.
SCIIILLEK.
ODE SEPTIÈME
Modérons les transports d'une ivresse insensée; Le passage est bien court de la joie aux douleurs ; La mort aime à poser sa main lourde et glacée
Sur des fronts couronnés de lleurs.
Demain, souillés de cendre, humbles, courbant nos tètes.
Le vain souvenir de nos fêles
Sera pour nous presque un remords; Nos jeux seront suivis des pompes sépulcrales; Car chez nous, malheureux ! l'hymne des saturnales
Sert de prélude au chant dos morts.
Fuis les banquets : fais trêve à Ion joyeux délire,
Paris, triste cité! détourne tes regards
Vers le cirque où Ton voit aux accords de la lyre
S'unir les prestiges des arts, Chœurs, interrompez-vous; cessez, danses légères;
Qu'on change en torches funéraires
Ces feux purs, ces brillants flambeaux ; — Dans cette enceinte, auprès d'une couche sanglante, J'entends un praire saint dont la voix chanceian(e
Dit la prière des tombeaux !
Sous ces lambris frappés des éclats de la joie, Prés d'un Ut où soupire un mourant étendu, D'une famille auguste au désespoir en proie,
Je vois le cortège éperdu.
C'est un père à genoux, c'est un frère en alarmes. Une sœur qui n*a point de larmes Pour calmer ses sombres douleurs;
Car ses affreux revers ont, dès son plus jeune ilge, Dans ses yeux, enflammés d'un si mâle courage. Tari la source de ses pleurs.
Sur réchafaud, aux cris d*un sénat sanguinaire, Sa mère est morte en reine et son père en héros; Elle a vu dans les fers périr son jeune frère.
Et n'a pu trouver des bourreaux.
Et, quand des rois ligués la main brisa ses chaînes,
Longtemps, sur des rives lointaines,
Elle a fui nos bords désolés ; Elle a revu la France, après tant de misères, Pour apprendre, en rentrant au palais de ses pères;
Que ses maux n'étaient pas comblés !
Plus loin, c'est une épouse... Oh! qui peindra ses craintes, Sa force, ses doux sous, son amour assidu? Hélas! et oui dira ses lamentables plaintes
Quana tout espoir sera perdu ^ Quels étaient nos transports, ô vierge de Sicile,
Quand naguère à ta main docile
Berry joignit sa noble main!
Devais- tu donc, princesse, en touchant ce rivage, Voir sitôt succéder le crêpe du veuvage
Au chaste voile de l'hymen?
Berry, quand nous vantions ta paisible conquête, Nos chants ont réveillé le dragon endormi; L'anarchie en grondant a relevé sa tête,
Et l'enfer même en a frémi.
Elle a rougi : soudain, du milieu des ténèbres,
Clément poussa des cris funèbres :
Ravaillac «cita ses fers; El le monstre, étendant ses deux ailes livides, Aux applaudissements des ombres régicides,
S envola du fond des enrers!
Le démon, vers nos bords tournant son vol funeste, Voulut, brisant ces lis ou'il flétrit tant de fois Epuiser d'un seul coup le déplorable reste
D'un sang trop fertile en bons rois ; Longtemps le sbire obscur c^u'il arma pour son crime,
Rêveur, autour de la victime.
Promena ses afTreux loisirs; Enfin le ciel permet que son vœu s'accomplisse : Pleurons tous, car le meurtre n choisi pour complice
Le tumulte de nos plaisirs .'
Le fer brille... Un cri part : guerriers, volez aux armes ! C'en est fait : la duchesse accourt en pâlissant; Son bras soutient Berry, qu'elle arrose de larmes.
Et qui l'inonde de son sang.
Dressez un lit funèbre : est-il quelque espérance?...
Hélas ! un lugubre silence
A condamné son triste époux.
Assistez-le, madame, en ce moment horrible; Les soins cruels de l'art le rendront plus terrible.
Les vôtres le rendront plus doux.
Monarque en cheveux blancs, hâte4oi, le temps pi'esse; Un Bourbon jra rentrer au sein de ses aïeux ; Viens, accours vers ce fils, l'espoir de ta vieillesse :
Car ta main doit fermer ses yeux ; tl a béni sa fille, à son amour ravie;
Puis, des vanités de sa vie
Il proclame un noble abandon ; Vivant, il pardonna ses maux é In patrie ; Et son dernier soupir, digne du Dieu qu'il prie,
Est encore un' cri de pardon.
Mort sublime! ô regrets! vois sa grande âme et pleure;
Porte au ciel tes clameurs, ô peuple désolé.
Tu l'as trop peu connu : c'est à sa dernière heure
Q» le héros l'eal rérélé.
Pour comoler la reuve, apportci l'ûrpheline;
Donnei n flUe i Garonne,
La DBliira encore * «es droits.
Haii, quand périt l'etiHiir d'une tige féconde, Qai pourra conioler, dans sa (erreur profonde,
La Pranoe veave de ses roia!
A l'horrible récit, queli crii expiatoires
Vont ponner nos guerriera, faroetu par leur Tsleur!
L'Eunipe, qu'ébranlait le bruit de leun ridnirea.
Va retentir de leur douleur.
Haia toi, que diras-ln, chcre et noble Vendée?
Si longtempa de uing inoudée,
Te!) regrets seront superllusl El (u seras semblable i la mère occaLlée, Qui l'assied sur sa couche et pleure, inconsolée,
Parce que ton enraat n'est plus!
DientAt vers Saint-Denis, désertant nos murailles. Au bniil sourd des clairons, peuple, prêtres, soldats,
: il,\aréu... [PigoiT.)
flous suivrons i pas lents le char des fuaéraillM,
Entourù des chnrs des combats.
Hélas ! jadis souillé par des mains témérsires,
Ssint-Denis, où donnaient ses pères,
A vu déjà bien des forfaits; Du moins, paisse, à l'abri des conplots parricides. Sous ces murs profanés, parmi ces lonib^ vides.
Sa cendre reposer en paii I
D'Eo^ien s'étonnera, dans les célestes sphères.
De voir sitôt l'ami cher à ses jeunes ans,
A qui le vieux Condé, prêt a quitter nos terres.
Léguait ses devoirs bienfaisants.
A l'aspect de Serry, leur dernière espérance.
Des rois que réTére la France
Les ombres frémiront d'efTroij Deui héros gémiront sur leurs races éteintes.
pjrul un spectre ccnlcoaire. (Page 2t.)
El le vabqueur d'Ivry viendra mtler ses plaintes Aux pleurs du vniiit|ueur de Rocroy.
Ainsi, Bourbon, au bruit du forraît snn;;uinBire,
On le vit vers d'Artois accourir dcsolé;
Car lu savais les mnui ijue laisse au cœur d'un père
Un fila avant VAge immotë.
Hais bientAl, chancel«nl dans (n marche incerliinc,
L'alTreux souvenir de Viacenoe
Vint s'orfrir à les sens glacés; Tu pâlis; et d'Artois, dans In douleur commune, Semola presque oublier sa récente inrorlune.
Pour plaindre tes revers passés-
Et toi, veuve eplorée, au niiliea de l'orage, Attends des jours plusdoui, espère un sort meilleur, Prends la sœur pour modèle, et puisse ion courage
Etre aussi grand que lou malheur !
Tu perleras comme elle une urne funéraire;
Gomme elle, au sein du sanctuaire,
Tu gémiras sur un cercueil ;
10 PIM' — TIP. CTOn
L'hydre des factions, qui, sorti des léoébres, A marqué pour la smur tant d'époques funèbres, Te fait aussi ion Jour do deuil l
Pourtant, 6 tréle appui de la lige royale, Si Dieu par ton secours signale sou pouvoir, Tu peux sauver la France, et de l'hydre infernale
Tromper encor l'affreux espoir.
Ainsi, quand le serpent, auteur de tous les crimef,
Vouait d'avance aux noirs abimes
L'homme, que son forfait perdit.
Le Seigneur abaissa sa farouche arrogance; Une femme apparut, qui, faible et sans défende.
Brisa du pied son Front maudit!
Pitrier 1820-
ODBS.
LA haissauge
DO