‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 194 sur 309 · LE REPAS LIBRE · texte numérisé non relu

LE REPAS LIBRE

Il y avait à Rome un antique usage : la veille

de PexécutioD des condamnés à mort, on leur donnait, à la porte

de la prison, un repas pubKc appelé Rtpas {»6r0.

GaATEAUBaiARD, les Marti^rt.

ODE CINQUIÈME

Lorsqu'à l'antique Olympe immolant TEvangile, Le préteur, appuyant d'un tribunal fragile

Ses temples odieux, Livide, avait proscrit des chrétiens pleins de joie, Victimes qu'attendaient, acharnés sur leur proie,

Les tigres et les dieux ;

Rome<^rait un festin à leur élite sainte; Gomme si, sur les bords du calice d'absinthe,

Versant un peu de miel, Sa pitié des martyrs ignorait l'énergie. Et voulait consoler par une folle orgie.

Ceux qu'appelait le ciel.

La pourpre recevait ces convives austères : Le rtleme écumait dans de larges cratères

Ceints de myrtes fleuris; Le miel d'Hybla dorait les vins de Malvoisie, Et, dans les vases d'or, les parfums de l'Asie

Lavaient leurs pieds meurtris.

Un art profond, mêlant les tributs des trois mondes, Dévastait les forêts et dépeuplait les ondes

Pour ce libre repas; On eût dit qu'épuisant la prodigue nature, Sybaris conviait aux banquets d'Epicure

Ges élus du trépas.

Les tigres cependant s'agitaient dans leur chaîne : Les léopards captffs de la sanglante arène

Cherchaient le noir chemin ; Et bientôt, moins cruels que les femmes de Rome, Ges monstres s'étonnuienl d'être applaudis par l'homme,

Baignés de sang humain

On jetait aux lions les confesseurs, les prêtres. Telle une main servile à de dédaigneux maîtres

Offre un mets savoureux.

Lorsqu'au pompeux banquet siégeait leur saint conclave, La pale mort, aeboul, comme un muet esclave.

Se tenait derrière eux.

0 rois, comme un festin s'écoule votre vie. La coupe des orandeurs, que le vulgaire envie.

Brille dans votre main ; Mais, au concert joveux de la fête éphémère, Se mêle le cri sourd du tigre populaire

Qui vous attend demain !

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