‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 195 sur 309 · LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ

Gbristiis nos libéra vit.

ODE SIXIÈME

Quand l'impie a porté l'outrage au sanctuaire. Tout fuit le temple en deuil, de splendeur dépouillé; Mais le prêtre fidèle, à genoux sur la pierre, IVodigue plus d'encens, répand plus de prière. Gourbe plu9 bas son front devant l'autel souillé.

Non, sur nos tristes bord.s, ô belle vo3rageu$e! S(cur auguste des rois, fille sainte de Dieu,

ODES

Liberté! pur flambeau de la gloire orageuse,

. Non, je ne t*ai point dit adieu !

Car mon luth est de ceux dont les voix importunes

Pleurent toutes les infortunes,

Bénissent toutes les vertus.

Mes hymnes dévoués ne traînent point la chaîne Du vil gladiateur, mais ils vont dans Taréne

Du linceul des martyrs vêtus.

Dans l'âge où le cœur porte un souffle magnanime, Où rhomme à Tavenir jette un défi sublime Et montre à sa menace un sourire hardi ; Avant rheure où périt la fleur de Tespérance,

Quand l'âme, lasse de souffrance, Passe du frais matin i Taride midi;

Je disais : « OIi ! salut, vierge aimable et sévère! a Le monde, ô Liberté l suit tes nobles élans; « Gomme une jeune épouse il t'aime*, et te révère

c Comme une aïeule en cheveux blancs!

a Salut ! tu sais, de Tâme écartant les entraves,

« Descendre au cachot des esclaves

« Plutôt qu'au palais des tyrans, c Aux concerts du Uedron mêlant ceux du Permessc, < Ta voix douce a toujours quelque illustre promesse

c Qu'entendent les héros mourants. »

Je disais. Souriant à mon ivresse austère,

Je vis venir à moi les sages de la terre :

a Voici la Liberté! plus de sang! plus de pleurs!

a Les peuples réveillés s'inclinent devant elle.

(( Viens, o son jeune amant! car voici l'immortelle!...»

Et j'accourus, portant des palmes et des fleurs.

0 Dieu ! leur liberté, c'était un monstre immense, Se nommant Vérité parce qu'il élait nu, Balbutiant les cris de l'aveugle démence,

Et l'aveu du vice ingénu ! ^

La Fable eût pu donner a ses Tureurs impies

L'ongle détrissant des harpies

Et les mille bras d'iE^éon.

La dépouille de Rome ornait l'impure idole. Le vautour rempla<^it l'aigle à son Gapitole.

L'enfer peuplait son Panthéon.

Le Supplice hagard, la Torture écnmante. Lui conduisaient la Mort comme une heureuse amante. Le monstre aux pieds foulait tout un peuple innocent ; Et les sages, menteurs aux paroles divines, Soutenaient ses pas lourds, quand, parmi les ruines, Il chancelait, ivre de sang!

Mêlant les lois de Sparte aux fêtes de Sodome, Dans tous les attentats cherchant tous les fléaux. Par le néiut de l'âme il croyait grandir l'homme,

Et réveillait le vieux chaos.

Pour frapper leur couronne osant frapper leur tête,

Des rois, perdus dans la tempête,

11 brisait le trône avili ; Et, de réternité lui laissant quelque reste, Daignait à Dieu, muet dans son exil céleste,

Offrir un échange d'oubli !

Et les sages disaient : c Gloire à notre sagesse! a Voici les jours de Rome et les temps de la Grèce !

<r Nations, de voâ rois brisez l'indigne frein, a Liberté ! n'ayez plus de maîtres que vous-même : a Car nous tenons de toi notre pouvoir suprême, « Sois donc heureux et libre, ô peuple souverain!...»

Tyrans adulateurs! caresses mensongères!

0 honte ! Asie, Afrique, où sont tous vos sultans !

Que leurs sceptres sont doux, et leurs chaînes légères

Près de ces bourreaux insultants !

Rends gloire, ô foule abjecte en tes fers assoupie.

Au vil monstre d'Ethiopie,

Par un fer jaloux mutilé!

Gloire aux muets cachés au harem du prophète! Gloire â l'esclave obscur, qui leur livre sa tête,

Du moins en silence immolé !

Le sultan, sous des murs de jaspe et de porphyre. Jetant à cent beautés un dédaigneux sourire. Foule la pourpre et Tor, et l'ambre et le corail. Et de loin, en passant, le peuple peut connaître

Où sont les plaisirs de son maître, A la tête qui pend aux portes du sérail !

Peuple heureux ! éveillant la révolte hardie, Parmi ses toits troublés, dans l'ombre bien souvent, L'inquiet janissaire égare l'incendie

Sur l'aile bruyante du vent.

Peuple heureux [ d un vizir sa vie est le domaine;

Un poison ,*que la mort promène,

Flétrit son rivage infecte; L'esclavage le courbe au jouj^ de l'épouvante : Peuple trois fois heureux! divins sages qu'on vante,

Il n'a pas votre Liberté!

0 France! c'est au ciel, qu'en nos jours de colère, A fui la Liberté, mère des si^nts exploits; Il faut, pour réfléchir cet astre tulélaire, Que, pur dans tous ses flots, le fleuve populaire Goule â l'ombre du trône appuyé sur les lois !

Un Dieu du joug 4u mal a délivré le monde. Parmi les opprimés il vint prendre ^son rang; Rois ! — en vœux fraternels sa parole est f&onde ;

Peuple ! — il fut pauvre, humble et souffrant. La Liberté sourit à toutes les victimes,

A tous les dévoùments sublimes.

Sauveurs des Etats secourus; A ses yeux la Vendée est sœur des Thermopyles : Et le même laurier, dans les mêmes asiles,

Unit Malesherbe et Godrus.

Quand l'impie a porté l'outrage au sanctuaire, Tout fuit le temple en deuil, de splendeur dépouillé; Mais le prêtre fiuèle, assis dans la poussière. Prodigue plus d*encens, répand plus de prière, Gourbe plus bas son front devant l'autel souillé.

JuUlct 1823.

so

ODES

Page 1