‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 198 sur 309 · MADEMOISELLE DE SOMBREUIL · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE SOMBREUIL

SuDt lacryin» rerum.

Virgile.

ODE NEUVIÈME

Lyre! encore un hommage â la vertu qui t'aime !

Assez tu dérobas des hymnes d'anathème

Au funèbre Isaïe, au triste Ezcchiel !

Pour consoler les morts, pour pleurer les victimes,

Lyre! il faut de ces chants sublimes

Dont tous les échos sont au ciel.

Elle aussi, Dieu Ta rappelée!... — * Les cieux nous enviaient Sombreuil; Ils ont repris leur exilée :

Nous tous, bannis! traînons le deuil.

Répondez, a-t-on vu son ombre S'evnnouir dans la nuit sombre, Ou fuir vers le jour immortel?

La vit-on monter ou descendre?

Où déposerons-nous sa cendre?

Est-ce à la tombe? est-ce â l'autel?

Ne pteurei pas, — pdons : — les saints l'ont rcclaméei Prions : adoret-la, vous qui l'arei aimée! Elle esl avec ses sœurs, anses purs cl cliarmants, Ces vier|!es qui, jadis, sur fa croix aUachées, Ou, comme ou sein des Heurs, sur des brasiers coucliées. S'endormirent dnns les (ourmenls.

Sa vie était un pur mystère D'innocence et de selots remords; Cette Ame a passé sur la terre Entre les vivants et les morts.

Souvent, hélas! l'infortunée.

Gomme si de sa destinée La mort eût rompu le lieu, Seulil, avec des terreurs vaincs, Se placer dans ses plies veines Du MUg qui n'était pas le sien !

0 jour! ou le trépas padit son privilège.

Où, rachetant un menrire au prix d'un sacnlége.

fdes morts couln dans son sein vii^inal! impur brmivagc et le fer parricide,' Les bourreau I poursuivaient l'Iiéroîne timide "'ine insulte funèbre et d'uu rire infernal!

Son triomphe esl dans son supplice.

Elle n, levant ses yeux au del,

Bu le sang au méTnc calice On Jésus mourant but le Gel, Ohl (|ue d'amour dans ce courage!

Mais, quand périrent dans l'orage Ses parents, que la France a plaints.

Pour consoler l'aususte fille Dieu lui conlla sa Famille Et de veuves et d'orphelins.

Car il lui Tut donné de survivre an marljre : - Elle fut sur nos bords, d'où la foi se retire. Gomme un rayon du soir reste sur l'horiion;

Alil mallituriLi |iuisïini qui s'onWrc on riesKta. (P<ge53.)

Dieu la inaïqno d'un signe entre lonlcs les Temmes; Et Toalni dans son chomp, où glanent si peu d'Amet, l.aiiser cet épi mi'ir de la sainte moisson.

Elle était heureuse, ici même !

Du bras dont il tenge ses droits.

Le Seigneur soutient ceux qu'il aime, Bt les aide à porter la croix.

II montre, en visions étrnnge», A Jacob l'échelle des anges, A Saûl les antres d'Endor; Sa main mystérieuse et Kainte Sait cacher le miel dans l'ahsinlhe, Bt ta cendre dans les fruits d'or.

Sa constante équité n'est jamais assuupie ;

Le méchant, sous la pourpre où son bonheur s'expie.

Envie un toit de chaume an fidcle aballu;

Et, quand l'impie heureux, borcc sur des aliîmes,

f<e cré« un enrer de sps crimes, Le juste en pleurs se fait un ciel de sa vertu.

On dit qu'en dépouillant la \ie, Elle parut la regretter, Et jeta des regards d'envie Sur les fers mi'elle allait quitter.

« — 0 mon Dieu! reiardeï mon henrc.

0 Loin de la vallée où l'on pleure, ? Suis-je digne de m'envoler? « Ce n'est pas la mort que j'implore, " ligueur; je puis son (Tri r encore,

» Et je V

I encor consoler.

i Je pars : ayez pitié de ceux qae j'abandonne ! I Quel amour leur rendra l'amour que je leur donne'/ I Pourquoi du saint bonheur silât me conroonerT [ Laisses mon Jmc encor sur leurs maux se répandre; I Je n'aurai pins au ciel d'opprimés il défendre, ■ Ni d'oppresseurs â pardonner! s

Il faut doncqne le juste menrel — En vain, dans ses regrets nommés.

Ont passé deranl sa oemeore

ODES

Toas ses pauvres accoutumés.

Maintenant, ô fils des chaumières, Payes son aumône en nrières ; Suivez^la d'un pieux adieu, Orphelins, veuves déplorables, Vous tous, faibles et misérables, Images augustes de Dieu !

nr

0 Dieu ! ne reprends pas ceux que ta flamme anvne. Si la vertu s'en va, aue deviendra le crime? Où pourront du mécriant se reposer les yeux? fTenléve pas au monde un espoir salutaire.

Laisse des justes sur la terre !

N'aB*tu donc pas, Seigneur^ assez d'anges aux cîeux?

Décembre 1833.

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