‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 199 sur 309 · LE DERNIER CHANT · texte numérisé non relu

LE DERNIER CHANT

0 muse, qai daignas me aoatenîr dans une carrière

i longue que périlleuse, retourne maintenant aux célestes

demeureal... Adieu, consolatrice de mes jours,

toi qui partageas mes plaisirs,

et bien plus souTent mes douleura.

GHATiAinfUAn», les Marlyn,

ODE DIXIÈME

Et toi, dépose aussi la lyre!

Qu'importe le dieu qui t*inspire, A ces mortels vains et grossiers?

On en rit quand ta main l'encense.

Brise donc ce luth sans puissance!

Descends de ce char sans coursiers!

— Oh ! qu'il est saint et pur le transport du poète,

Suand il voit en espoir, bravant la mort muette, u voyage des temps sa gloire revenir!

Sur les âges futurs, de sa hauteur sublime U se pencne, écoutant son lointain souvenir; Et son nom, comme un poids jeté dans un abîme.. Eveille mille échos au fond de l'avenir.

Je n'ai ooint cette aupsle joie.

Les siècles ne sont point ma proie :

La gloire ne dit pas mon ranp^. Ma muse, en l'orage qui gronde.

Est tombée au courant du monde.

Gomme un lis aux flots d'un torrent.

Pourtant ma douce muse est innocente et belle. L'astre de Bethléem a des regards pour elle : J'ai suivi l'humble étoile, aux rois pasteurs pareil* Le Seigneur m'a donné le don de sa parole. Car son peuple l'oublie en un lâche sommeil ; Et, soit c[ue mon luth pleure, ou menace ou console, Mes chants volent à Dieu, comme l'aigle au soleil.

Non âme, à sa source embrasée, Monte de pensée en [>ensée; Ainsi du ruisseau précieux

Où l'Arabe altéré s'abreuve,

La goutte d'eau passe au grand fleuve.

Du fleuve aux mers, des mers aux cieux.

Mais, ô fleurs sans parfums, foyers sans étincelles. Hommes! l'air parmi vous manque é mes larges aîlef. Votre monde est borné, votre souffle est mortel ! Les lyres sont pour vous comme des voix vulgaires. Jb m'enivre d'aosinthe : enivres- vous de miel. Bien : — aimez vos amours et combattez vos ffuerres. Vous, dont l'œil mort se ferme à tout rayon au ciel !

Sans éveiller d'écho sonore J'ai haussé ma voix faible encore; Et ma lyre aux fibres d'acier A passé sur ces âmes viles, Gomme sur le pavé des villes L'ongle résonnant du coursier.

En vain j'ai fait gronder la vengeance étemelle; En vain j'ai, pour fléchir leur âme criminelle, Fait parler le pardon par la voix des douleurs. Du haut des cieux tonnants, mon austère pensée. Sur cette terre ingrate où germent les malneurs Tombant, pluie orageuse ou propice rosée, N'a point flétri l'ivraie et fécondé les fleurs.

Du tombeau tout franchit la porte.

L'homme, hélas ! que le temps emporte, En vain contre lui se débat.

Rien de Dieu ne trompe l'attente; Et la vie est comme une tente Où Ton dort avant le combat.

Voilà, tristes mortels, ce que leur âme oublie! L'urne des ans pour tous n'est pas toujours remplie. Mais qu'ils passent en paix sous le ciel outragé! Qu'ils jouissent des jours dans leurs frêles demeures! Quand dans l'éternité leur sort sera plongé. Les insensés en vain s'attacheront aux heures, Gomme aux débris épars d'un vaisseau submergé.

Adieu donc ce luth qui soupire I Muse, ici tu n'as plus d'empire, 0 muse, aux concerts immortels !

Fuis la foule qui te contemple; Referme les voiles du temple; Rends leur ombre aux chastes autels.

Je vous rapporte, ô Dieu, le rameau d'espérance. -> Voici le divin glaive et la céleste lance : J'ai mal atteint le bot où j'étais envoyé. Souvent, des vents jaloux jouet involontaire. L'aiglon suspend son vol, à peine déployé; Souvent, d'un trait de feu cherchant en vain la terre. L'éclair remonte au ciel sans avoir foudroyé I

ODES

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