LE SACRE DE CHARLES X
Of superbum conticescat, Simplex fides acquieKat Dei magisterio.
Que l'orgueil se taise,
que la simple foi contemple l'exercice du pouvoir de Dieu.
Paosi, Prient du tacn,
ODE QUATRIÈME
L'orgueil depuis trente ans est TetTeur de la terre. C'est lui qui sous les droits étouffa le devoir; C'est lui qui dépouilla de son divin mystère
Le sanctuaire du pouvoir.
L'orgueil enfanta seul nos fureurs téméraires,
El ces lois dont tant de nos frères
Ont subi l'arrêt criminel, Et ces régnes sanglants, et ces hideuses fêtes. On, sur un échafaud se proclamant prophètes.
Des bourreaux créaient l'Eternel I
En vain, pour dissiper cette ingrate folie. Les leçons du Seigneur sur nous ont éclaté; Dans les faits merveilleux que notre siècle oublie,
En vain Dieu s'est manifeste !
En vain un conquérant, aux ailes enflammées,
A rempli du bruit des armées * ,
Le monde en ses fers engourdi ; Des peuples obstinés Taveuglement vulgaire N'a point vu quelle main poussait ses chars de guerre
Du septentrion au midi !
Qui jamais de Clovis surpassa l'insolence. Peuples? dans son orgueu il plaçait son appui. Ne mettant que le monde et lui dans la balance,
Il crut qu'elle penchait sous lui.
Il bravait de vingt rois les armes épuisées;
Des nations s'étaient brisées
Sur ce Sicambre audacieux ; Sur la terre à ses yeux rien n'était redoutable : Il fallut pour courber cette tête indomptable
Qu'une colombe vint des cieux t
Peuples! au même autel elle est redescendue! Elle vient, échappée aux profanations, Comme elle a de Clovis fléchi l'âme éperdue.
Vaincre l'orgueil des nations.
Que le siècle à son tour comme un roi s'humilie.
De la voix qui réconcilie
L'oracle est enfin entendu; La royauté, longtemps veuve de ses couronnes, De la chaîne d'airain qui lie au ciel les trônes,
A retrouvé l'anneau perdu.
Naguère on avait vu les tyrans populaires, Attaquant le pressé comme un vieil ennemi, Poursuivre, sous l'abri des marbres séculaires.
Le trésor gardé par Rem y.
Du pontife endormi profanant le front pâle,
De sa tunique épiscopale
Ils déchirèrent les lambeaux;
Car ils bravaient la mort dans sa migesté sainte; Et les vieillards souvent t'écriaient, pleins de crainte « Que leur ont donc fait les tombeaux? »
Mais, trompant des vautours la fureur criminelle, Dieu garda sa colombe au lis abandonné. Elle va sur un roi poser encor son aile :
Ce bonheur à Gharle est donné !
Charles sera sacré suivant Tancien usage,
Gomme Salomon, le roi sage, ' Qui goûta les (^lestes mets, Quand Sadoch et Nathan d*un baume Tarrosérent, Et s'approchant de lui, sur le front le baisèrent,
En disant : c Qu'il vive à jamais! »
rr
Le vieux pays des Francs, parmi ses métropoles, Compte une église illustre, où venaient tous nos rois, De ce pas triomphant dont tremblent les deux pôles
S humilier devant la croix.
Le pevpU c.n racontait cent prodij^^es antiques :
Ce temple ^ des voûtes gothiques,
Dont les saints aimaient les détours ; Un séraphin veillait à ses portes fermées ; Et les anges du ciel, auand passaient leurs armées,
Plantaient leurs orapeaux sur ses tours !
Cest là que pour la fête on dresse des trophées. L*or, la moire et Tazur parent les noirs piliers Comme un de ces palais où voltigeaient les fées,
Dans les rêves des chevaliers.
D*un trône et d'un autel les splendeurs s'y rcpondcn* ;
Des festons de flambeaux confondent
Leurs rayons purs dans le saint lieu; Le lis roval 8*enlace aux arches tulélaires ; Le soleil, à travers les vitraux circulaires,
Mêle aux fleurs des roses de feu.
Voici que le cortège à pas égaux s'avance. Le pontife aux guerriers demande Charles Du, L'autel de Reims revoit l'oriflamme de France
Retrouvée aux murs de Cadix.
Les cloches dans les airs tonnent; le canon gronde;
Devant l'ainé des rois du monde
Tout un peuple tombe à genoux ; Mille cris de triomphe en sons coufus se brisent ; Puis le roi se prosterne, et les évoques disent :
— c Seigneur, ayez pitié de nous !
€ Celui oui vient en pompe n l'autel du Dieu juste, a C'est liiéritier nouveau du vieux droit de Clovis, « Le chef des douze pairs, que son appel auguste
€ Convoque en ces sacrés parvis, a Ses preux, quand de sa voix leur oreille est frappée,
c Touchent le pommeau de l'épée,
€ Et l'ennemi pâlit d*eflroi ; <r Lorsque ses légions rentrent après la ffuerre, « Leur marche pacifique ébranle encor Ta terre : —
c 0 Dieu! prenez pitié du roi!
« Car vous êtes plus grand que la grandeur des hommes ! « Nous vous louons, Seigneur, nous vous confessons Dieu ! c Vous nous placez au faîte, et dés que nous y sommes, < A la vie il faut dire adieu !
c Vous êtes Sabaoth, le Dieu de la victoire! c Les chérubins, remplis de gloire, c Vous ont proclamé Saint trois fois ;
< Dans votre éternité le temps se précipite;
« Vous tenez dans vos mains le monde qui palpite c Comme un pauereau sous nos doigts ! »
Le roi dit : c Nous jurons, comme ont Juré nos pères,
« De rendre inos sujets paix, amour, équité;
« D'aimer aux mauvaisjours, comme en des temps prospères,
c La Charte de leur liberté.
« Nous vivrons dans la foi par nos aïeux chérie.
c Des ordres de chevalerie
c Nous suivrons le chemin étroit.
« Pour sauver Topprimé nos pas seront agiles. <K Ainsi nous le jurons sur les saints Evangiles :
< Que Dieu soit en aide au bon droit! »
Monljoye et Saint-Denis! — Voilà que Clovis même Se lève pour l'entendre, et les deux saints guerriers, Charlemagne et Louis, portant pour diadème
Une auréole de lauriers; Et Chyles Sept, guidé par Jeanne encor ravie;
Et François Premier, dont Pavie
Trouva l'armure sans défaut; Et du dernier martyr l'héroïque fantôme. Ce roi, deux fois sacré pour un double royaume,
A Tautel et sur Techafaud !
Devant ces grands témoins de la grandeur française, Le saint-chrême de Charte a rajeuni les droits. Il reçoit, sans faiblir, celte couronne où pèse
La gloire de soixante rois.
L'archevêque bénit l'épée héréditaire.
Et le sceptre, et la main austère
Dont nul signe n*est démenti ; Puis il plonge à leur tour dans le divin calice Ces gants, qu'un roi jamais n'a jetés dans la lice.
Sans qu'un monde en ait retenti !
Entre, ô peuple! — Sonnez, clairons, tambours, fanfare! Le prince est sur le trône; il est grand et sacré! Sur la foule ondoyante il brille comme un phare
Des flols d'une .mer entouré.
Mille chantr&s des airs, du peuple heureuse image,
Mêlant leur voix et leur plumage,
Croisent leur vol sous les arceaux; Car les Francs, nos aïeux, croyaient voir dans la nue Planer la Liberté, leur mère bien connue,
Sur l'aile errante des oiseaux.
Le voilà prêtre et roi ! — De ce titre sublime Puisque le double éclat sur sa couronne a lui. Il faut qu'il sacrifie : où donc eni la victime? —
La victime c*esl encor lui !
Ah! pour les rois français ^u'un sceptre est formidable!
Ils guident ce peuple indomptable,
Qui des peuples règle Tessor; Le monde entier gravite et penche sur leur trône; Mais aussi l'indigent que cherche leur aumône
Compte leurs jours comme un trésor !
Des ingcs remonter aui ci
0 Weu ! garde i jimais ce roi qu'un peuple sdore !
Romps de ses ennemis les flèches et les dards,
Qu'îli viennent du couclianl, (lu'ils vieanejil de l'aurure,
Sur dei coursierK ou sur des chars I Cliarlcs, comme au Siua, l'a pu voir Tace à Tace!
Du muins t{u'un loug boiilieur efface
Ses bien longue adversiics.
Qu'id-bas des élus il ail l'hnliU de fêle. Prête à mu front royal dcu)i rufous de la lilc;
Mets deui nnges û ses cûti'5 !
Heimi, mai — juiti 132ô
COLONEL G.-A. GUSTAFFSON
ODE CIHQUIËIIE
Ce siècle. Jeune eoore. est dijù pour l'histoire fresque une éternité de malheurs et de gloire. Tous ceux qu'il a vus naitre ont vieilli dans vin Il semble, lanl si pince est vaste en leur mém( Qu'il lie peut achever ses desiius édalants Sans fermer avec lui le grand cercle des temps.
Chez des ^uples bmeoi, en des jours qa'on renomme, Pour UD siècle de gloire il sudlsnit d'un homme. Le oôlre a déjà vu pisser bien des flambeaui! Il peut luUer sans crainte arec Athéne et Home:
8ue lui [ait la f^nndeiir des Ages les plus beaui? les domine tons, rien que par ses tombeaux!
A peine il était né, que d'Bnghien sur la poudre Hourut sous un anret que rien ne peut absoudre. Il vit périr Horeaoi Bjron, nouveau Rhiga. II vit des cieui vencés tomber avec sa foudre Cet aiele dout le vol douie nos te fatigua Du Caire au Capitole et du Tage au Volga!
I — Qu'importe? dit la foule. Ah ! laissons les tempêtes i Naiire, (rrossir, tonner, sur ces sublimes téteKil I Pourvu «lue chaque jour amène son festin, I Que toujours le soleil rayonne pour nos fêtes, [ Et qu'on nous laisse en paii couler notre destin, [ Oublier jusqu'au soir, dormir jusqu'au matin I
I Que le crime s'élève et que l'innocent Inmbc, I Qu'importe ? — Des héros sont morli I paix é leur tombe ! I El nous-mêmes?... Qui sait si demain nous vivronsT < Quand nous aurons atteint le terme où tout succombe, I nous dirons : Le temps passe! et nous ignorerons I Quels vents ont amené l'oiage sur nos fronts. >
Ce oe sont point là les paroles,
Tui dont nul n'a jamais douté.
Toi qui sans relAche t'immoles
Au culte de la Vtrilé!
Victime et vengeur des victimes,
Ton cœur aux aévoûmeuts sublimes
S'offrit en tout temps, en tout lieu ;
Toute ta vie est un eiemple.
Et ta grande cime est comme un temple
D'où ne sort que la voix d'un Sien !
n suffit de ton témoigiiage Poar que toat mortel incliné.
Aille rendre on public hommage A ce qu'il avait profané.
Ta bouche, ptreiUe au temps même, N'a besoin que d'un mot suprême Pour récompenser on punir; Et parlant plus haut dans notre âge Que la flatterie et l'outraffe, Dicte l'histoire à l'avenir!
Puisqu'il n'est plus d'autres miracles Que les hommes nés parmi nous, Tu succèdes aux vieux oracles Que l'on écoutait A genoux.
A ta voix, qui juge les races.
Nos demi-dieux changent de places; Gomme i des champs mystérieux, Quand la nuit déroulait ses voiles, Jadis on voyait les étoiles Descendre ou monter dans les cieux !
Pour mériter ce rang auguste, Aux vertus par le ciel offert, Qui plus que lui fut noble et juste?
Et oui, surtout, a plus souffert?
Cet nomme a payé tant de gloire Par des malheurs que la mémoire Ne peut rappeler sans effroi; C'est un enfant des Scandinaves; C'est Gustave, Als des Guslaves; C'est un exilé, c'est un roi.
11 avait un ami dans ses fraîches années
Gomme lui tout empreint du sceau des destinées.
C'est ce jeune d*finghien qui fut assassiné!
Crustave a ce forfait se jeta sur ses armes;
Mais quand il vit l'Europe insensible à ses larmes»
Calme et stoîque, il dit : « Pourquoi donc suis-je né?
a Puisaue du meurtrier les nations vassales « Gouroentleurs fronts tremblants soussesmainscoloftsales; <t Puisque sa volonté des princes est la loi; « Puisqu'il est le soleil qui domine leur sphère; « Sur un trône aujourd'hui je n*ai plus rien i faire, « Moi qui voudrais régner en roi ! »
il céda. — Dieu montrait, par cet exemple insigne, Qu'il refuse parfois la victoire au plus aigne ; Que plus tara, pour punir, il apparaît soudain; Qu'il fait seul ici-bas tomber ce qu'il élève ; Et que pour balancer Bonaparte et son glaive, D fallait déjà plus que le sceptre d'Odin !
Gustave, jeune encor, quitta le diadème, Pour que rien ne manquât à sa grandeur suprême, Et tant que de l'Europe, en proie aux longs revers, Sous les pas du géant vacilla l'équilibre. Plus haut que tous les rois il leva son front libre. Echappé du trône et des fers !
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Combien d'un tel exil difiere Le mallieur du tvran banni.
Lorsqu'au fond de l'autre hémisphère, Il tomba, confus et puni!
Quand sous la haine universelle L'usurpateur enfin chancelle, Dans sa chute il est insulté :
En vain il lutte, opiniâtre, Et de sa pourpre de théâtre Rien ne reste â sa nudité!
Sa morne infortune est pareille
A la mer aux bords détestés,
Dont l'eau morte â jamais sommeille
Sur de fastueuses cités.
Ce lac, noir vengeur de leurs crimes,
Du ciel, qui maudit ses abîmes,
Ne peut réfléchir les tableaux;
Et 1 œil cherche en vain quelque dôme
De l'éblouissante Sodome,
Sous les ténèbres de ses flots.
Gustave! âme forte et lovale!
Si parfois, d'un bras raflermi,
Tu reprends ta robe royale,
C'est pour couvrir quelque ennemi.
Dans ta retraite, que j'envie.
Tu portes sur ta noble vie
Un souvenir calme et sans fiel;
Reine, comme toi, sans asile,
La Vertu, que la terre exile.
Dans ton grand cœur retrouve un ciel !
Ah! laisse croître l'herbe en tes cours solitaires!
Que t'importe, au milieu de tes pensers austères.
Qu'on n'ose, de nos jours, saluer un héros;
Et (|ue chez d'autres rois puissants, heureux encore,
Une foule de chars ébranlent dès l'aurore
lies grands pavés de marbre et l'azur des vitraux?
Tu régnes, cependant! tu règnes sur toute âme Dont ce siècle glacé n'a pas éteint la flamme ; Sur tout cœur né pour croire, aimer et secourir; Sur tous ces chevaliers que tant d'oubli protège, Etranges courtisans dont le rare cortège N'accourt au seuil des rois qu'à l'heure d'y mourir!
En tous lieux où la foi, l'honneur et le génie Rendent un libre hommage â la vertu bannie, Ton nom règne, entouré d'un éclat immortel. Par un beau dévoùment toute vie animée, Toute gloire nouvelle, en notre âge allumée. Est un flambeau de plus brûlant sur ton autel.
Ni maître! ni si^et I -— Seul homme sur la terre, Qui d'un pouvoir humain ne soit pas tributaire. Dieu seul sur tes destins a de suprêmes droits ; £l comme la comète, aux clartés vagabondes, Marche libre à travers les soleils et les mondes. Tu passes â côté des peuples et des rois!
Septembre 1825.