LA LYRE ET LA HARPE
Alt«rDii dicetii, amant illcmn Camœnn.
ccBpil loqBÏ, prout Spïrilut sanclus riibit eloqiii. &CT. Apost.
ODE BEVJlim
Dora, ô fils d'Ap(Jlon 1 ses lauriers le couronnent, Dors en paii! Le! neuf Sœurs t'adorent comme un r De leurs chœnn nébuleux tes Songes l'enrironiicnl; Lk Lyre chante «après de loi I
ÉTeille-Ioi, jeune homme, enraiit de la misère! Un rtTC ferme an jour les records obscurcis, Et pendant ton sommeil, un indigent, ton Irere, A la porte en vain s'est assis!
Ton jeune Hge est cher i la Gloire, Enlani, la Mase ouvrit les feux, Et d'une immortelle mémoire Couronna' Ion nom radieux!
En viin Salurne le menace :
Va, l'Olympe est né du Parnasse, Lei* portes ont fait les dieux !
Homme, une femme fui la mère Elle a pleuré sur ton berceau;
tlle ipporU 1 pu IsDti IWant uitTid««Mii.(P*geM.)
SouOt^ donc. Tt vie épliémére Brille ei tremble, ainsi qu'un flambeaii. Diea, ton maître, a d'un ligne austère Tracé lOD chemin sur U terre, Et marqué la place au tombeau.
Cbonie. Jupiter rcpe, et l'univers rim[)1ore : Venus embraise Mars d'un souris Kracieui: Iris brille dans l'air, dnns les champs brille Flore; Chante : les immortels, du couchant d l'aurore, En trois pas parcourent les deux!
Prie! Il n'est qu'on vrai Dieu, JDsIe dans sa clémence,
Par la fuile des temps sans cesse rajeuni.
Tout s'achève dans lui, par lui tout recommence.
Viens; près de tes lares tranouilU Tu verras de loin dans les villes Mu^ir la Discorde noi cent voit.
Qu'importe à l'heureux solitaire (Jue l'Autan dévaste la terre S'il ne bit qu'agiter ses boisl
Dieu, par (|ui tout forfait s'expie, Marche avec celui qui le sert.
ODES
Apparais dans la foale impie.
Tel que Jean, qui vint du désert.
Va donc, parle au peuple du monde :
Dis-leur la tempéle qui gronde, Révèle le Juge irrité; Et pour mieux frapper leur oreille, Que ta voix s'élève pareille A la rameur d'une cité !
hk LTEI.
L'aigle est l'oiaeau du Dieu qu*avant tous on adore. Du Caucase A TAthos Taigle planant dans l'air, Roi du feu qui féconde et du feu qui dévore, Contemple le soleil et vole sur l'éclair!
I»A BAIPI.
La colombe descend du ciel, qui la salue,
El, voilant l'Esprit saint sous son regard de feu.
Chère au vieillard choisi comme à la vierge élue.
Porte un rameau dans l'arche, annonce au monde un Dieu !
LA LTIB.
Aime! Eros régne à Gnide, â l'Olympe, au Tartare.
Son flambeau ae Sestos allume le doux phare;
Il consume Ilion par la main de Péris.
Toi, fuis de belle en belle, et change avec leurs charmes.
L'Amour n'enfante que des larmes;
Les Amours sont frères des Ris !
LA HABPB.
L'Amour divin défend de la haine infernale. Cherche pour ton cœur pur une âme virginale; Chéris-la ! Jéhovah chérissait Israël.
Deux êtres que dans l'ombre unit un saint mystère
Passent en s'aimant sur la terre,
Conune deux exilés du ciel !
LA LTRB.
Jouis ! c'est au lleuve des ombres Que va le fleuve des vivants.
Le sa^, s'il a des jours sombres, Les laisse aux dieux, les jette aux vents. Enfin, comme un pAle convive,
Suand la mort imprévue arrive, e sa couche il lui tend la main ; Et, riant de ce qu'il ignore, S*endort dans la nuit sans aurore, En rêvant un doux lendemain !
LA HAEPI.
Soutiens ton firère qui chancelle, Pleure si tu le vois souflrir :
Veille avec soin, prie avec zèle, Vis en songeant qu'il faut mourir.
Le pécheur croit, lorsqu'il succombe, Que le néant est dans la tombe.
Gomme il est dans la volupté; Mais quand l'anse impur le réclame, Il s'épouvante d%(re une Ame, Et frémit de l'éternité!
Le poète écoutait, A peine A son aurore,
(!es deux lointaines voix qui descendaient du ciel;
Et plus tard il osa parfois, bien faible encore. Dire A l'écho du Pinde un hymne du Carmel !
Avril 1822.
moïse SDR LE NIL
En ce môme temps, la fiUe de Pharaon
vint au fleuve poar ae baigner, accompagnée de ses filles,
qui marchaient le long du bord de l'eau.
Ez.
ODE TROISIÈME
<t Mes sœurs, l'onde est plus fraîche aux premiers feux du jovr! « Venez : le moissonneur repose en son séjour ;
c La rive est solitaire encore, « Memphis élève A peine un murmure confus; « Et nos chastes plaisirs, sous ces bosquets touffus.
c N'ont d'autre témoin que l'aurore.
« Au palais de mon père on voit briller les arts :
« Mais ces bords pleins de fleurs charment plus mes regards
« Qu'un bassin d'or ou de porphyre; tt Ces cnanls aériens sont mes concerts chéris; « Je préfère aux parfums qu'on brûle en nos lambris
c Le souffle embaumé du zéphyre I
« Venez : l'onde est si calme et le ciel est si pur ! <r Laissez sur ces buissons flotter l&s plis d'azur
a De vos ceintures transpareiUes; a Détachez ma couronne et ces voiles jaloitf ; « Car je veux aujourd'hui folAtrer avec vous.
c Au sein des vagues murmurantes.
c HAtons-nous... Mais parmi les brouillards du matin, « Que vois-je? — regardez A l'horizon lointain...
c Ne craignez rien, filles timides !
c( C'est sans doute, par Tonde entraîné vers les mers, «c Le tronc d'un vieux palmier qui, du fond des déserts,
< Vient visiter les Pyramides.
Que dis-ie! si j'en crois mes regards indécis, C'est la barque d'Hermès ou la conque d'Isis,
c Que pousse une brise légère.
Mais non : c!esl un esquif où, dans un doux r^pos, J'aperçois un enfant qui dort au sein des flots,
c Comme on dort au sein de sa mère!
« h sommeille ; et, de loin, A voir son lit flottant. « On croirait voir voguer sur le fleuve inconstant
« Le nid d'une manche colombe.
« Dans sa couche enfantine il erre au gré du vent; « L'eau le balance, il dort, et le gouiïrc mouvant
« Semble le bercer dans sa tombe !
« Il s'éveille; accourez, ô vierges de Memphis! a 11 crie... Ah! quelle mère a pu livrer son fils
« Au caprice des flots mobiles ?
a II tend les bras; les eaux grondent de tonte part. « Hélas! contre la mort il n'a d'autre rempart
c Qu'un l)eroeau de roseaux fragiles.
« Sauvon8-le... — C'est peut-être ud eniant d*Israêl. « Mon père les |)ros€rit : mon père est bien cruel
a De proscrire ainsi rinnocence !
« Faible enfant ! ses malheurs ont ému mon amour, « Je veux être sa mère : il me devra le jour,
« S'il ne me doit pas la naissance. »
Ainsi parlait Iphis, Kespoir d*un roi puissant, Alors qu'aux bords du Nil son cortège innocent
Suivait sa course vagabonde; Et ces jeunes beautés, qu elle effaçait encor, Quand la Hlle des rois quittait ses voiles d*or, - Croyaient voir la Olie de Tonde.
Sous ses pieds délicats déjà le flot frémit. Tremblante, la pitié, vers l'enfant qui gémit
La çuide en sa marche craintive ; Elle a saisi l'esquif! Gère de ce doux poids, L'orgueil sur son beau front, pour la première fois,
Se mêle à la pudeur naïve !
Bientôt, divisant Tonde et brisant les roseaux, Elle apporte à pas lents Tenfant sauvé des eaux
Sur le bord de Taréoe humide; El ses sœurs tour à tour, au front du nouveau-uét Offrant leur doux sourire â son œil étonné,
Déposaient un baiser timide !
Accours, toi qui, de loin, dans un doute cruel. Suivais des yeux ton fils sur qui veillait le ciel;
Viens ici comme une étrangère ; Ne crains rien : en pressant Moïse entre tes bras, Tes pleurs et tes transports ne te trahiront pas,
Car Iphis n'est pas encor mère !
Alors, tandis qu'heureuse et d'un pas triomulinnt, La vierge, au roi farouche, amenait Thumble enfant,
Baigné des«larmes maternelles.
On entendait en chœur, dans les cieux étoiles, Des auges, devant Dieu, de leurs ailes voilés.
Chanter les lyres éternelles.
« Ne gémis plus, Jacob, sur la terre d'exil ;
« Ne mêle plus tes pleurs aux flots impurs du Nil :
« Le Jourdain va t'ouvrir ses rives.
a \jQ jour enfin approche oii vers les champs promis a Gessen verra s enfuir, malgré leurs ennemis,
« Les tribus si longtemps captives.
« Sous les traits d'un enfant délaissé sur les flotsy « C'est Félu du Sina, c'est le roi des fléaux,
ff Qu'une vierge sauve de Tonde.
« Mortels, vous dont l'orgueil méconnnil rEiernel, « Fléchissez : un berceau va sauver Israël,
c Un berceau doit lauver le monde ! »
Février 18i0.