‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 209 sur 309 · LE DÉVOUEMENT · texte numérisé non relu

LE DÉVOUEMENT

In arbi omne mortalium gênas y\é pestilentin depopulabatur, nuUa ccbU intempérie, qus occurreret oculis. Sed domus corporibus exanimis, itinera funeribus complebantur; non sezas, non gâtas periculo vacua.

Tacit.

Dans la ville, la peste dévorait tout ce qui meurt; aucun nuage dans le ciel ne s'offrait aux yeox; mais les maisons étaient pleines de corps sans vie, les Yoiea de funérailles. Ni le sexe ni l'âge n'étiieut exempts du péril.

ODB QUATRIÈME

Je rends grâce au Seigneur : il m'a donné la viel La vie est chère à Tbomme, entre les dons du ciel; Nous bénissons toujours le Dieu qui nous convie

Au banquet d'absinthe et de miel.

Un nœud de fleurs se mêle aux fers qui nous enlacent ;

Pour vieillir parmi ceux oui passent/

Tout homme est content oe souffrir; L'éclat du jour nous plaît ; Tair des cieux nous «nivre. Je rends ffrAce au Seigneur : c'est le bonheur de vivre

Qui fait la gloire de mourir!

Malheureux le mortel ya\ meurt, triste victime.

Sans qu'un frère sauvé vive par son trépas,

Sans referme:' sur lui, comme un Romain sublime.

Le g^ouffre où se perdent ses pos !

Infortune le peuple, en ])roie à Tanathéme,

Qui voit, se consumant lui-même.

Périr son nom et son orgueil.

Sans que toute la terre à sa chute s'incline, Sans qu'un beau souvenir reste sur sa ruine.

Comme un flambeau sur un cercueil !

Quand Dieu, las de forfaits, se lève en sa colère, 11 suscite un fléau formidable aux cités, Qui laisse après sa fuite un effroi séculaire

Aux murs longtemps inhabités.

D'un vil germe, ignoré des peuples en démence,

Utk géant pâle, un spectre immense

Sort et grandit au milieu d'eux; Et la ville veut fuir, mais le monsli*e fidèle, Comme un horrible époux la couvre de son aile.

Et Tétreint dans ses bras hideux I

Le peuple en foule alors sous le mal qui fermente Tombe, ainsi qu'en nos champs la neige aux blancs flocons; Tout succombe, et partout la mort qui s'alimente

Renaît des cadavres fécon-'s.

Le monstre Tune à l'autre enchaîne ses victimes;

Il les traîneaux mêmes abîmes;

Il se repaît de leurs lambeaux; Et parmi les bûchers, le deuil et les décombres. Les vivants sans abris, tels que d'impures ombreg.

Errent loin des morts sans tombeaux.

Quand le cirque s'ouvrait, aux jours des funérailles, Tous les Romains en paix, par leurs licteurs couverts.

Voyaient de loin lutter les captifs des batailles,

Livrés aux tims des déserts.

Ainsi dans leur efnroi les nations s'assemblent;

Un long cri monte aux cieux qui tremblent.

Au loin, de mers en mers porlé.

Le monde armé, craignant Thydre aux ailes rapides, Garde sous leur fléau ces mourants homicides,

Et les menace, épouyanté!

Alors n*e8t*il pas vrai, sybarites des villes,

Que les jeux sont plus doux et les plaisirs meilleurs

UNrsau'un mal, plus alTreux que les liaines civiles,

âéme en d'autres murs les douleurs?

Loin des couches de feu au*iofecte un germe immonde,

Su'avec charme Teniant du monde ur un lit parfumé s*endort!

Et qu*on savoure mieux l'air natal de la vie, Quand tout un peuple en deuil, qui pleure et nous envie, Respire ailleurs un vent de mort !

Chacun reste absorbé dans un cercle éphémère. La mère embrasse en paix l'enfant qui lui sourit, " Sans s'informer des lieux où le sein d'une mère

Est mortel au fils qu'il nourrit !

Queloue pitié vulgaire au fond des cœurs s'éveille.

Entre les fêtes de la veille

Et le9 fêtes du lendemain; Car tels sont les humains : plaindre les importune. Ils passent à côté d'une grande infortune

Sans s'arrêter sur le chemin.

Que](|ues hommes pourtant, qu'un feu secret anime, Se lèvent de la foule, et chacun dans leurs yeux Cherche quel beau destin, quel avenir sublime,

Rayonne sur leurs fronts joyeux. — Un triomphe éclatant peut-être les réclame?

Quel espoir enivre leur âme?

Quel bien? quel trésor? quel honneur?... — Ainsi toujours, hélas ! dans ce monde stérile, Si la vertu paraît, à son aspect tranquille

Nous la prenons pour le bonheur !

0 peuples ! ces mortels, qu'un Dieu guide et seconde, Vont d'un pas assuré, d'un regard radieux, *

Combattre le fléau devant qui fuit le monde :

Adressez-leur vos longs adieux.

Et vous, ô leurs parents, leurs épouses, leurs mères!

Contenez vos larmes améres;

Laissez les victimes s'offrir :

Ne les poursuivez pas de plaintes téméraires ; Devaient-ils préférer aucun d'entre leurs frères

A ceux pour qui l'on peut mourir?

Rientôt s'ouvre pour eux la cité solitaire. Mille spectres vivants les appellent en pleurs, Surpris qu'il soit encore un mortel sur la terre

Qui vienne au cri de leurs douleurs.

Ils parlent, et déjà leur voix rassure et guide

Ces peuples qu'un fléau livide

Pousse au tombeau d'un bras de fer.

Et le monstre, attaqué dans les murs qu'il opprime, Frémit comme Satan, quand, sauveur et victime.

Un Dieu parut dans son enfer !

Ils contemplent de près l'hydre non assouvie. Pour ravir ses secrets, rcsii^ncs à leur sort,

Leur art audacieux lui dispute la vie,

Ou Tinterroge dans la mort.

Quand leurs secours sont vains, leur prière console.

Le mourant croit A leur parole,

Que le ciel ne peut démentir; Et si le trépas même, enfin, frappe leur tête, De l'apôtre serein l'humble voix ne s'arrête

Qu'au dernier souffle du martyr!

0 mortels trop heureux! qui pourrait vous atteindre. Vous qui domptez la mort en affrontant ses coups ! Lorsau'en vous admirant la foule ose vous plaindre,

Je vous suis de mes pleurs jaloux.

Infortuné 1 jamais, victime volontaire,

Je n'irai, pour sauver la terre,

Rraver un fléau dévorant, Ni calmant par mes soins ses douleurs meurtrières, Mêler ma plainte amie et mes saintes prières

Aux soupirs impurs d'un mourant !

Qélas ! ne puis-je aussi m'immoler pour mes frères? N'est-il plus d'opprimés? n'est-il plus de bourreaux? Sur quel noble ectiafaud, dans quels murs funéraires

Chercher le trépas des héros?

Oui, que brisant mon corps, la torture sanglante.

Sur la croix, à ma soif brûlante

Offre le breuvage de fiel *, Fier et content, Seigneur, je dii*ai vos louanges; Car l'ange du martyre est le plus beau des anges

Qui portent les âmes au ciel !

Décembre 1821.

L*ACADëMIE DES JEUX FLORAUX

At mihi jain puero ccelestia sacra placebant, Inque soum fartim musa trahebat opiis.

OviD.

ODE CINQUIÈME

Vous dont le poétique empire S'étend des bords du Rhône aux rives de l'Adour, Vous dont l'art tout-puissant n'eft, qu'on joyeux délire, Rois des combats du chant, rois 'dés jeux de la lyre, ^ 0 maîtres du savoir d'amour !

Aussi belle qu'à sa naissance.

Votre muse se rit des ans et des douleurs; Le temps semble en passant respecter son enfance ; El la gloire, k ses ^eux se voilant d'innocence.

Cache ses lauriers sous des fleurs. #

Salut ! enfant, j'ai pour ma mère Cueilli quelques rameaux dans vos sacres bosquets; Votre main s'est offerte i ma main téméraire ; Etramçer, vous m'avez accueilli comme un frère, •

Et fait asseoir dans vos banquets.

Parmi les îu^ de l'arène L'athlète fut admis, vainqueur bien faible enoor. Jamais pourtant, errant sur les monts de Pyréne, Il n'avait réveillé de belle suzeraine

Aux sons hospitaliers du cor.

D'une fée, aux lointaines sphères, Jamais il n'avait dit les magiques jardins ; • Ni, le soir, pour charmer des dames peu sévères. Conté, prés an foyer, les exploits des trouvères,

Et les amours des paladins.

D'autres, d'une voix immortelle, Vous peindront d*heureux jours en de joyeux accords. Mqi, la douleur m*éprouve, et mes chants viennent d'elle. Je souffre et je console, et ma muse fidèle

Se souvient de ceux qui sont morts.

Mai 1822.

À MONSIEUR DB CHATBAVBRIAND.*

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