‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 211 sur 309 · LA FILLE D'0-TAITI · texte numérisé non relu

LA FILLE D'0-TAITI

Que fait-il donc, celui que m douleur attend! Siins doute il n'aiqy pas celui qu'elle aime tant.

Alfbbd db YiavT, Dolorida, ODE SEPTIÈME

« Oh ! dis-moi, tu veux fuir? et la voile inconstante n Va bientôt de ces bords t'enlever à mes yeux? 'i Cette nuit j'entendais, trompant ma douce attente, u Chanter les matelots, qui rfçliaient leur tente, c Je pleurais à leurs cris joyeux !

« Pourquoi quitter notre île? En^on île étrangère, « Les cieux sont-ils plus beaux? a-t-on moins oe douleurs? « Les tiens, quand tu mourras, pleureront-ils leur frère? « Couvriront-ils tes os du plane funéraire c Dont on ne cueille pas les fleurs ?

« Te souvient-il du jour où les vents salutaires c< T'amenèrent vers nous pour la première fois? <t Tu m'appelas de loin sous nos oois solitaires, « Je ne t avais point vu jusqu'alors sur nos terres, « Et pourtant je vins à ta voix.

f( Ohl j'étais belle alors; mais les pleurs m'ont flétrie. a Reste, ô jeune étranger ! ne me dis pas adieu. « Ici. nous parlerons ae ta mère chérie; « Tu sais que je me plais aux chants de ta patrie, c Comme aux louanges de ton Dieu.

Tu remi)liras mes jours : à toi je m'abandonne.

S lue t'ai-je fait pour fuir? Demeure sous nos cieux. e guérirai les maux, je serai douce et bonne. Et je l'appellerai du nom que l'on te donne « Dans le pays de tes aïeux !

( Je serai, si tu veux, ton esclave fidèle, « Pourvu que ton regard brille à mes yeux ravis. (C Reste, ô jeune étranger! reste, et je serai belle. (( Mais tu n'aimes qu'un temps, comme notre liirondelle. « Moi, je t'aime comme je vis

(( Hélas ! tu veux partir. — Aux monts qui t*ont vu naître, (( Sans doute ofueique vierge espère ton retour. i

<( Eh bien! daigne avec toi m'emmener, ô mon maître! <f Je lui serai soumise, et l'aimorai peut-être, c Si ta joie est dans son amour !

<K Loin de mes vieux parents, qu'un tendre omieil enivre, (( Dû bois où dans tes bras j'accourus sans euroi, (f Loin des fleurs,, des palmiers, je ne pourrai plus vivre. a Je mourrais seule ici. Va. laisse-moi te suivre, « Je mourrai du moins près de toi.

« Si l'humble bananier accueillit ta venue, (( Si tu m'aimas jamais, ne me repousse pas. Qc Ne t'en va pas sans moi dans ton ile inconnue, « De peur que ma jeune âme, errante dans la nue, « N'aille seule suivre tes pas! »

Quand le matin dora leuoiles fugitives»

En vain on la chercha sous son oôme léger ;

On ne la revît plus dans les boîs, sur les riyes. Pourtant la douce Tierce, aux paroles plainlWes, N^était pas a^ec Tetranirer.

laiifier 1831.

À MONSIEUR UlRIC GUTTIN6UBU.

L^HOHHE HEUREUX

Beatus qui non prosper.

ODE HUITIÈME

c Je VOUS abhorre, ô dieux ! Hélas ! si jeune encore,

a Je puis déjà ce que je veux; « Accablé de vos dons, ô dieux I je vous abhorre ! « Que vous ai-je donc fait pour combler tons^ mes vœuxV

« Du détroit de Léandre aux colonnes d'Âlcide,

c Mes vaisseaux parcourent les mers; « Mon palais engloutit, ainsi qu'un gouXTre avide, c Les trésors des cités et les fruits des déserts.

c Je dors au bruit des eaux, au son lointain des lyres,

c Sur un lit aux pieds de vermeil; ce Et sur mon front brûlant, appelant les zéphyres, a Dix vierges de l'Indus veillent poucmon sommeil.

« Je laisse, en mes banquets, à Tingrat parasite

< Des mets que repousse ma main ; a Et dans les plats dores, ma faim, que rien n'excite, a Dédaigne des poissons nourris de sang humain.

c Aux bords du Tibre, aux monts qui vomissent les laves

c J'ai des jardins délicieux ; « Mes domaines, partout couverts de mes esclaves, « Fatiguent mes coursiers, importunent mes yeux !

c Je vois les grands me craindre et César me sourire ;

« Je protège les suppliants; « J'ai des pavés de marbre et des bains de porphyre; c Mon char est salué d'un neuple de clients.

€ Je m'ennuie au forum, je m'ennuie aux nrénes;

c Je demande à tous : Que fnit-on?

c Je fais jeter par jour un esclave aux murènes, c Et je m'amuse à peine à ce jeu de Gaton.

c Les femmes de l'Europe et celles de l'Asie « Touchent peu mon cœur déjà mort ; < Dans une coupe d*or l'ennui me rassasie, c fit le pauVre qui pleure est jaloux de mon sort !

€ D'implacables faveurs me poursuivent sans cesse, « Vous mavez Ûélri dan.s ma fleur.

c Dieux! donnez l'espérance A ma froide jeuhesse;

« Je vous rends tous ces biens pour un peu de bonhear. »

Dans le temple traînant sa langueur opulente. Ainsi parlait Gelsus de sa coucne indolente; U blasphémait ses dieux; et, bénissant le del, Un martyr expirait devant l'impur autel !

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