‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 212 sur 309 · LAME · texte numérisé non relu

LAME

Je ne sais quel destin trouble Tesprit des mortels; semblables à des cylindres, ils roulent çà et là accablés d'une infinité de maux... Mais prends courage, la race des hommes est divine ; lorsque, dépouillé de ton corps, (u t'élèveras dans les régions éthérées, la mort n'aura plus sur toi de pouvoir, tu seras un dieu immortel et incorruptible.

Veri doréi de Pythagore.

ODE NEUVIÈME

Fils du ciel, je fuirai les honneurs de la terre ; Dans mon abaissement je mettrai mon orgueil; ^ Je suis le roi banni, superbe et solitaire.

Qui veut le trône ou le cercueil ; Je hais le bruit du monde et je crains sa poussière.

L'i retraite, paLsibie et fière,

Réclame un cœur indépendant; Je ne veux point d'esclave et ne veux point de maître; Laissez-moi rêver seul au désert de mon être : —

J'y cherche le buisson ardent.

Toi, qu'aux douleurs de l'homme un Dieu caché convie, Compagne sous les cieux de l'humble humanité. Passagère immortelle, esclave de la vie,

Et reine de rélernilé, Ame! aux instants heureux comme aux heures funèbrlk.

Rayonne au fond de mes ténèbres ;

Régne sur mes sens combattus; Oh ! de ton sceptre d'or romps leur chaîne fatale, Lt nuit et jour, pareille à l'antique vestale,

Veille au feu sacré des vertus.

Est-ce toi dont le souflle a visité ma lyre, Ma lyre, chaste sœur des harpes de Sion ; Et qui viens dans ma nuit avec un doux sourire,

Comme une belle vision?

Sur mes terrestres fers, à vierge glorieuse,

Pose l'aile mystérieuse

Qui t'emporte au ciel dévoilé.

Viens-tu m'apprendre, écho de la voix infinie. Quelque secret d'amour, de joie ou d'harmonie,

Que les anges t'ont révélé?

Vis-tu ces temps d'innocence, Où, quand rien n'était maudit.

I «Teugle eriuil qui porte u:

Dieu, Gonlent de ta puisstDce, Fil le moDde, el g'appltmdit?

Vis-lu, dans ces jours prospères, Du jeune nîeu) de nos pères Eve euchaoter le réveili El, dans la sainte phalange, I An Tront du premier archange Luire )e premier soleil !

Vis4u, des torrenls de l'être.

Parmi de l)rùlaDts sillons, Les aslres, joyeu;( de naître.

S'échapper en lourljilloiis.

Quand Dieu, dans sa paii Cccondc, Penché de loin sur le monde, Contemplait ces grands tableani, Lui, centre commun des Ames, Vo'(eT de toutes les llammes.

Océan de tous les Itois?

Suivsis-tu du Seigneur la marche solennelle, Lorsque l'Esprit porta la parole éternelle De l'abîme des ea\)\ aux n:!;ions du feu ; Au jour où, mensç.int la térr% virginale, Comme, d'un char léger pressant l'ardent essieu, (In roi vaincu refuse une lutte iuégale, Le chaos, éperdu, s'enfuyait devant Dieu?

As-tu vu, loin des cieui, chMiant ses complices. Le roi du mal, armé du sceptre des supplices. Dans le gourTre où jamais la terreur ne s'endort; Lieu funèbre ou, pleurant les songes de la terre, Le crime se réveille enfantant le remnrd. Et ([u'un Dieu visita, revèln de mystère. Quand d'enfer en enfer il poursuivit li miatl

Montre-moi l'Eternel, donnent, comme un royiame. Le temps à l'èphcmére et l'espnce i l'otomei

Vonl souffrir nnt cir|;iicil el mourir una Mmbil. ( P*f;e E3.]

Le vide obscur, des nuits tombeau silencieux. Les foudres le croisaot dans leur spliérc tonnante,

Et la coméie rayon oau le Traîniût sa chevelure éparse dans les cicui.

Hou esprit sur (on aile, d puissante compagne. Vole de Oeur en Dear, de raoniaçne en monta>;ue, Bemonle aui champs d'azur d'où l'horonie Fut bunni, Du secret éternel levé le voile austère; Car il voit plus loin que la terre :

Ha pensée est un monde errant dans l'infini.

Mail la vie, 6 mon ime ! i des piégea dans l'ombie. Sois le ^errier captir qui garde sa ftrlaoD, Deifeui de l'ennemi compte avec soiiwle nombre. Et tous le jour britlaot, ainsi qu'en la nuit sombre. Surveille au loin tout l'horizon.

Je ne suis point celui qu'une ardeur vaine enflamme, Qui reruse i son cœur un amour chaste et saint. Porte i Dagun l'encens que Jchorah réclame, El, voy.-igeur sans guide, erre autour de son tme. Comme autour d'un craiete éteint.

Il n'ose, oiïrant i Dieu sa nudilé parée, Flétrir les Heurs d'Edcn d'un soulOc criminel, Fils banni, qui, (rainant sa misère ignorée. Mendie et pleure assis sur la borne sacrée De l'héritage paternel.

Et les anges entre eux disent : ■ Voili l'impiel I II s bu des làui biens le philtre empoisonneur; < Devant le juste heureni que son crime a'expiej a Dieu rejette son Ime! elle s'est assoupie

■ Durant la veille dn Seigneur. > ■

Toi, — puisses-iu bientôt, secouant ma pouttiére, Relourncr radieuse au radieux séjour!

Tu remonteras pure é la source première, El, comme le soleil emporte sa lumière, Tq n'emporteras que l'amour !

TI

Malheureux l'insensé dont la vue asservie

Ne sent point qu'un esprit s'afpte dans la vie !

Mortel, il reste sourd a la voix du tombeau ;

Sa pensée est sans aile, et son cœur est sans flamme :

Car il marche, ignorant son Ame, Tel qu'un aveugle errant qui porte un vain flambean.

Juin 1885.

ODES

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