‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 215 sur 309 · ODE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

ODE DOUZIÈME

Largesse, 6 chevaliers! largesse aux suivants d*armes ! Venez tous! soit qu'au sein des jeux ou des alarmes Votre écu de Milan porte le vert dragon, Le manteau noir d'Agra, semé de blanches larmes, La fleur de lis de France ou le pal d'Aragon.

Déjà la lice est ouverte ; Les clercs en ont fait le tour; La bannière blanche et verte Flotte au front de chaque tour; La foule éclate en paroles; Les légères banderoles Se mêlent en voltigeant; El le héros du portique Sur l'or de sa dalmatique Suspend le griffon d'argent.

Les maisons peuplent leur faite; Au loin gronde le beffroi; Tout nous promet une fête Digne des regards du roi.

La reine à ce jour suprême A de son épargne même ^ Consacré douze deuiers.

Et, pour l'embellir encore, Racheté des fers du Maure Douze chrétiens prisonniers.

Or, comme la loi l'ordonne, Chevaliers au cœur loyal; Avant que le clairon sonne,

GO

ODES

Ecoutei redit royal!

Car, sans l'entendre en silence;

Celui qui saisit la lance

N'a plus qu'un glaive maudit.

Croyez ces conseils prospères!

C'est ce qu'ont dit a nos pères

Ceux â qui Dieu l'avait dit!

D'abord, des saintes louanges Chanlez>les versets bénis.

Chantes Jésus, les archanj^es, Et monseisneur saint Denis!

Jurex sur les Evangiles

iue si T08 bras sont fragiles, ien ne ternit votre honneur, Que vous pourres, s'il se léve^ Montrer au roi votre glaive.

Comme votre âme au^igneur!

D*un saint touches la dépouille!

Jurez, comtes et barons.

Que nulle fange ne souille L'or pur de vos éperons!

Que de ses vassaux fidèles, Dans ses noires citadelles.

Nul de vous n'est le bourreau I Que, du sort bravant l'épreuve, Pour l'orphelin et la veuve Votre épee est sans fourreau !

Preux que Thonneur accompagne, N'oubliez pas les vertus Des vieux pairs de Gharlemagne, Des vieux champions d'Artus !

Malheur au vainqueur sans gloire

Îui doit sa lâche victoire de hideux nécromants !

Honte au guerrier sans vaillance Qui combat la noble lance Avec d'impurs talismans !

Un jour, sur les murs funestes De son infime château.

On voit pendre ses vils restes Aux bras d'un sanglant poteau ; Eternisant ses supplices» Les enchanteurs, ses complices, Dans les ombres déchaînés, Parmi d'afTreux sortilèges, A leurs festins sacrilèges Mêlent ses os décharnés !

Mais gloire au guerrier austère I Gloire au pieux châtelain !

Chaque belle sans mystère Brode son nom sur le lin.

Le mélodieux trouvère, A son glaive, qu'on révère.

Consacre un chant immortel.

Dans sa tombe est une fée; Et l'on donne à son trophée Pour piédestal un autel.

»Donc, en vos âmes courtoises, Gravez, pairs et damoisels, La loi des joutes gauloises.

Et des calants carrousels!

Par les juges de l'épée, Par leur belle détrompée, Les félons seront honnis.

Leur opprobre est sans refuges:

Ceux que condamnent les juges Par les dames sont punis.

Largesse, ô chevaliers! largesse aux suivants d'armes! Venez tous! soit qu'au sein des jeux ou des alarmes Votre écu de Milan porte le vert dragon, Le manteau noir d'Agra, semé de blanches larmes, La Qeur de lis de France ou le pal d'Aragon.

JanYîer 1824.

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