‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 216 sur 309 · L'ANTECHRIST · texte numérisé non relu

L'ANTECHRIST

Après que les mille ans seront aoconplis,

Satan sera déUé; il sortira do sa prison, et il séduira les nations

qui sont aux quatre coins du monde, Gog et Magog.

Siurr Jbar, ipocalypM.

ODB TREIZIÈMB

Il viendra,— ouand viendront les dernières ténèbres;

Une la source oes jours tarira ses torrents ;

Qu'on verra les soleils, au front des nuits funèbres,

PMir comme des yeux mournnts; Quand l'abime inquiet rendra des bruits dans l'ombre;

Que l'enfer comptera le nombre

De ses soldat» audacieux; Et qu'enfin le fardeau de la suprême voûte Fera, comme un vieux char tout poudreux de sa route,

Crier l'axe affaibli des cieux.

Il viendra, — quand la mère, au fond de ses entrailles,

Sentira tressaillir son fruit épouvanté;

Quand nul ne suivra plus les saintes funérailles

Du juste, en sa tombe attristé; Lorsque approchant des mers sans lit et sans rivages L'homme entendra gronder, sous le vaisseau des âges,

La vague de l'étemité.

U viendra, —cruand l'orgueil, et le crime, et la haine.

De l'antique alliance auront enfreint le vœu;

Quand les peuples verront, craignant leur fin prochaine,

Du monde décrépit se détacher la chaîne;

Les astres se heurter dans leurs chemins de feu;

Et dans le ciel, — ainsi qu'en ses salles oisives,

Un hôte se promène, attendant ses convives, —

Passer et repasser l'ombre immense de Dieu.

Parmi les nations il luira comme un signe. Il viendra des captifs dissiper la rançon ; Le Seigneur l'enverra pour dévaster la vigne. Et pour disperser la moisson.

Les peuples ne sauront, dans leur stupeur nrofonde, Si ses mains dans quelque autre monde Ont porté le sceptre ou les fers;

Et dans leurs chants de deuil et leurs hymnes de fête.

ODES

Ils se demanderont si les feux de sa tète Sont des rayons ou des éclairs.

Tantôt ses traits au ciel emprunteront leurs charmes

Tel qu'un ange, yétu de raaieuses armes,

Tout .«on corps brillera de reflets éclatants.

Et ses yeux souriront, baignés de douces larmes,

Gomme la jeune aurore au front du beau printemps.

Tantôt, hideux amant de la nuit solitaire, Noir dragon, déployant l'aile aux ongles de fer, Pâle, et s épouvantant de son propre mystère,

Du sein profané de la terre Ses pas feront monter les vapeurs de Tenfer.

La nature entendra sa voix miraculeuse.

Son souffle emportera les cités aux déserts; Il guidera des vents la course nébuleuse;

Il aura des chars dans. les airs; Il domptera la flamme, il marchera sur l'onde;

On verra Taréne inféconde

Sous ses pieds de fleurs s'émailler.

Et les astres sur lui descendre en auréole; Et les morts tressaillir au bruit de sa parole,

Gomme s'ils allaient s'éveiller!

Fleuve aux flots débordés, volcan aux noires laves, II n'aura point d'amis pour avoir plus d'esclaves: Il pèsera sur tous de toute sa hauteur ; Le monde, où passera le funeste fantôme, Paraîtra sa conquête et non pas son royaume ; Il ne sera qu'un maître où Dieu fut un pasteur.

Il semblera, courbé sur la terre asservie, Porter un autre poids, vivre d'une autre vie. Il ne pourra vieillir, il ne pourra changer. Les fleurs que nous cueillons pour lui seront flétries; Sans tendresse et sans foi, dans toutes nos patries Il sera comme un étranger.

Son attente jamais ne sera l'espérance : Battu de ses désirs comme d'un flot des mers, Sa science en secret envira l'ignorance, Et n'aura que des fruits amers.

11 bravera l'arrêt suspendu sur sa tête, Galme comme avant la tempête, Rt muet comme après la mort; Et son cœur ne sera qu'une arène insensible Où, dans le noir combat d'un hymen impossible. Le Grime étreindra le Remord !

Du temps prêt à finir il saisira le reste. Son bras au dernier port éteindra le fanal! Dieu, qui combla de maux son envoyé céleste. Accablera de biens le Messie infernal.

Couché sur ses plaisirs ainsi que sur des proies, Ses yeux n'exprimeront, durant son vain pouvoir, Que la honte cachée au sein des fausses joies, Et l'orgueil, qui se lève au fond du désespoir.

De l'enfer aux mortels apportant les messages, Sa main, semant l'erreur au champ de la raison, Mêlera dans sa coupe, où l)oiront les faux sages, Les venins aux parfums et le miel au poison.

Gomme un funèbre mur, entre le ciel et l'homme n osera placer un eflroyable adieu ; Ses forfaits n'auront pas de langue qui les nomme. Et l'athée effrayé dira : Voilà mon Dieu !

ni

Enfin, quand ce héros du suprême mystère Aura de crime en crime usé ses noirs destins, Que la sainte vertu, q^ue la foi salutaire

Trouveront tous les cœurs éteints; Quand du signe du meurtre et du sceau des supplices

Il aura marqué ses complices,

Que son troupeau sera compté; Il quittera la vie ainsi qu'une demeure. Et son règne ici-bas n'aura pour dernière heure

Que l'heure de l'éternité.

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