‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 218 sur 309 · CHANT DE FÊTE DE NÉRON · texte numérisé non relu

CHANT DE FÊTE DE NÉRON

Mescio quid molle alque Ta ce tuai.

UOBACB.

ODE QUINZIÈME

A||is ! Tennui nous tue, et le sage l'évite ! Venez tous admirer la fête où vous invite Néron, César, consul pour la troisième fois; Néron, maître du monde et Dieu de l'harmonie.

Qui, sur le mode d'ionie, Chante, en s'accompagnant de la lyre â dix voix !

Que mon joyeux appel sur Theure vous rassemble ! Jamais vous n'aurez eu tant de plaisirs ensemble, Chez Pallas l'affranchi, chez le Grec Agénor ; Ni dans ces gais festins d'où s'exilait la gène. Où l'austère Sénéque, en louant Diogène, Buvait le falerne dans l'or !

Ni lorsque sur le Tibre, Aglaé, de Phalère, Demi-nue, avec nous voguait dans sa galère, Sous des tentes d'Asie aux brillantes couleurs; Ni quand, au son des luths, le préfet des Bataves

Jetait aux lions vingt esclhves Dont on avait caché les chaînes sous des fleurs !

Venez, Rome â vos yeux v^ brûler, — Rome entière !

J'ai fait sur cette tour apporter ma litière

Pour contempler la flamme en bravant ses torrents.

Que sont les vains combats des tigres et de l'homme? Les sept monls aujourd'hui sont un grand cirque, où Rome Lutte avec les feux dévorants.

C'est ainsi qu'il convient au maitre de la terre De charmer son ennui profond et solitnire! Il doit lancer parfois la foudre, comme un dieu I 3]^is venez, la nuit tombe et la fêle commence!

Déjà l'incendie, hydre immense, Uve son aile sombre et ses langues de feu !

Voyez- vous? voyez- vous? sur sa proie enflammée, II aérouie en courant ses replis oe fumée; Il semble caresser ces murs i{ui vont périr; Dans ses embr.issemenls les jialais s'évaporent... — Oh ! que n'ai-je aussi, moi, des baisers qui dévorent, Des caresses qui font mourir !

Ecoutez ces rumeurs, voyez ces va|>eurs sombres, Ces hommes dans les feux errants comme des ombres. Ce silence de mort par degrés renaissant! Les colonnes d'airain, les portes d'or s'écroulent!

Des fleuves de bronze qui roulonl Portent des flots de flamme au Tibre frémissant!

Tout périt! jaspe, marbre, et porphyre, et statues. Mâlere leurs noms divins dans la cendre abattues. Le fléau triomphant vole au gré de mes vœuj. Il va tout envnhir dans sa marche agrandie, Et l'Aquilon joyeux tourmente l'incendie, Comme une tempête de feux.

Fier Capitol e, adieu ! — Dans les feux qu'on excite, L'aqueauc de Sylla semble un nonl du Cocyte. Néron le veut : ces tours, ces uômes tomberont. Bien : sur Rome, ù la fois, partout, la flamme gronde !

— Rends-lui {;rAces, reine du monde:

Vois quel beau diadème il attache à ton front!

Enfant, on- me disait que les voix sibyllines Promettaient l'avenir aux murs des sept collines, Qu'aux pieds de Rome, enlin, mourrait le temps domplr, Que son astre immortel n'était (lu'à son aurore... — Mes amis ! dites-moi combien d'neures encore Peut durer son éternité?

Qu'un incendie est beau lorsque la nuit est noire! Erostrate lui-même eût envié ma gloire.

D'un peuple à mes plaisirs qu'importe les douleurs? Il fuit : de toutes parts le brasier l'environne... —

Otez de mon front ma couronne, Le feu qui brûle Rome en flétrirait les fleurs.

Quand le sang rejaillit sur vos robes de fête, « Amis, lavez la tache avec du vin de Crète; L'aspect du sang n'est doux qu'aux regards des méchants. Couvrons un jeu cruel de voluptés sublimes. Malheur â qui se plait au cri de ses victimes ! Il faut réloulfer dans des chants.

Je punis cette Rome et je me ven^e d'elle! Ne poursuit-elle pas d'un encens infidèle Tour â tour Jupiter et ce Christ odieux ! Qu'enfin i leur niveau sa terreur me contemple !

Je veux avoir aussi mon temple, Puisque ces vils Romains n*ont point assez de dieux.

J*ai détruit Rome» afin de la fonder plus belle. Mais que sa chute au moins brise la Croix rebelle! Plus de chrétiens! allez, exterminez-les tous! Que Rome de ses maux punisse en eux les causes, Exterminez!... ^ Esclave, apporte-moi des roses, Le parfum des roses est doux!

Mars 1825.

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