‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 224 sur 309 · A TOI · texte numérisé non relu

A TOI

Sub umbra alarum tuarum protège me.

Ps. xvi.

Couvre- moi de l'ombre de tes ailes.

ODE QUATRIÈME

Lyre longtemps oisive, éveilletvous encore. Il se lève, et nos chants le saluront toujours,

Ce jour que son doux nom décore,

Ge jour sacré parmi les jours !

0 Vierge ! à mon enfance un Dieu t'a révélée, Belle^et pure; et rêvant mouasort mystérieux, Gomme une blanche étoile aux nuages mêlée. Dés mes plus jeunes ans je te vis dans mes cieux !

Je te disais alors : « 0 loi, mon espérance, c Viens, partage un bonheur qui ne doit pas flnir. » Car de ma vie encor, dans ces jours d'ignorance. Le nasse n'avait point obscurci l'avenir. '

Ce doux penchant devint une indomptable flamme. Et je nleurai ce temps, écoulé sans retour,

Où la vie était pour mon Ame Le songe d'un enfant que berce un vague amour.

Aujourd'hui, réveillant sa victime endormie, Sombre, au lieu du bonheur que j'avais tant rêvé, Devant mes yeux, troublés par l'espérance amie, Avec un rire affreux le malheur s'est levé !

ODBS.

jQuand seul dans ceKe vie, hélas! d*écueils semée, 11 laat boire le fiel dont le calice est plein ;

Sans les pleurs de sa bien-aimée

Que re8te-t41 i l'orphelin?

Si les heureux d'un jour parent de fleurs leurs létes, Il fuit, souillé de cendre et vêtu de lambeaux; *

Et pour lui la coupe des fêtes

Ressemble à Turne des tombeaux !

Il est chez les vivants comme une hmpe éteinte. Le monde en ses douleurs se plait à l'exiler; Seulement vers le ciel il élève sans crainte Ses yeux chargés de pleurs qui ne peuvent couler.

Nais toi, console-moi, viens, consens à me suivre. Arrache de mon sein le trait envenimé ; Daigne vivre pour moi, pour toi laisse-moi vivre : J'ai bien assez sonflert, Vierge, pour être aime !

Oh t de ton doux sourire embellis-moi la vie !

Le plus (prand des bonheurs est encor dans Tamour.

La lumière à jamais ne me fut point ravie :

Viens, je suis dans la nuit, mais je puis voir le jour 1

Mes chants ne cherchent pas une illustre mémoire ; Et 8*il faut me courber sous ce fatal honneur, Ne crains rien, ton époux ne veut pas que sa gloire Retentisse dans son bonheur.

Goûtons du chaste hymen le charme solitaire. Que la félicité nous cache à tous les yeux !

Le serpent couché sur la terre N'entend pas deux oiseaux qui volent dans les cieux !

Mais, si ma jeune vie, à tant de flots livrée, Si mon destin douteux t'inspire un juste effroi, Alors fiiis, toi qui fus mon épouse adorée'; Toi qui fus ma mère, attends-moi.

Bientôt j'irai dormir d'un sommeil sans alarmes, Heureux si, dans la nuit dont je serai couvert. Un œil indiflerent donne en passant des larmes A mon luth oublié sur mon tombeau désert !

Toi, ^ue d'aucun revers les coups n'osent t'atteindre, Et puisses-tu jamais, gémissant à (on tour, Ne remiiBT celui qui mourilt sans se plaindre, Ëft qui t'nimail de tant d'amour!

Décembre 1821.

Page 1