‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 244 sur 309 · LA GRAND'MÈRE · texte numérisé non relu

LA GRAND'MÈRE

To die, — to eleep.

SHAUFBiU.

BALLADE TROISIÈME

<c Dort-lu?.». Réveille-toi, mère de noire mère! a D'ordinaire en dormant ta bouche remuait; « Car ton sommeil souvent ressemble à ta prière. <c BlaiS; ce soir, on dirait la madone de pierre; tt Ta lèvre est immobile et ton souffle est muet.

a Pourquoi courber ton front plus bas que de coutume? <c Ouel mal avons-nous fait pour ne plus nous chérir? « Vois, la lampe pAlit, IMtre scintille et fume; cr Si tu ne parles pas, le feu qui se consume,

< Et la lampe, et nous deui, nous allons tous mourir!

< Tu nous tronveras morts prés de la lampe éteinte; a Alors, que diras- tu quandf tu t*éveilleras?

« Tes enfants i leur tour seront sourds à la plainte. (t Pour nous rendre la vie, en invoquant ta sainte, « Il faudra bien longtemps nous serrer dans tes bras!

« Donne-nous donc les mains dans nos mains réchauffées. a Chante-nous auelaue chant de pauvre troubadou^ a Dis-nous ces cnevaliers qui, servis jiar les fées, ^ « Pour bouquets à leur dame apportaient des trophées, « Et dont le cri de guerre était un nom d*amour.

«c Dis-nous quel divin signe est funeste aux fantômes; « Quel ermite dans Tair vit Lucifer volant; « Quel rubis étincelle au front du roi des gnomes; a Va si le noir démon craint plus, dans ses royaumes, « Les psaumes de Turpin que le fer de Roland.

a Ou montre-nous ta Bible et les belles images, a Le ciel d*or, les saints bleus, les saintes a genoux, « L'Enfant Jésus, la crèche, et le bœuf, et les mages; «r Pais-nous lire du doij^t, dans le milieu des pages, « Un peu de ce latîn qui parle à Dieu de nous.

a Mère!... — Hélas! par degrés s'affaisse la lumière, « L*orobre joyeuse danse autour du noir foyer, a Les esprits vont peut-être entrer dans la chaumière... « Oh ! sors de ton sommeil, interromps ta prière; (c Toi qui nous rassurais, veux-tu nous effrayer?

z Dieu ! que tes bras sont froids! rouvre les yeux.». Naguère a Tu nous parlais d'un monde où nous mènent nos pas, i Et de ciel, et de tombe, et de vie éphémère; ( Tu parlais de la mort.«. Dis-nous, o notre mère ! « Qu'est-ce donc que la mort?~Tu ne nous réponds pasi »

Leur gémissante voix longtem|)s se plaignit seule. La jeune aube parut sans réveiller l'aïeule. La cloche frappa Tair de ses funèbres coups; Et, le soir, un passant, par la porte entr'ouvertc, Vit, devant le saint livre et la couche déserte, Les deux petits enfants qui priaient à genoux.

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