LE GÉANT
Les nuées du oiel eUe»-mdme8 craigoeot.que je ne vienne âiercher mes ennemis dan« leur sein.
MORIKABBI.
BALLADB CINQUIÈME
0 guerriers! je suis né dans le pays des Gaules. Mes aïeux franchissaient le Rhin comme un ruisseau, Ma mérc me baigna dans la neige des pôles Tout enfant, et mon père, aux robustes épaules. De trois grandes peaux d'ours décora mon berceau.
Car mon père était fort ! L'Age à présent l'enchaîne. De son front tout ridé tombent ses cheveux blancs. H est faible; il est vieux. Sa fin est si prochaine, Qu'à peine il peut encor déraciner un cliéne Pour soutenir ses pas tremblants!
C'est moi qui le remplace! et j'ai sa javeline, Ses bœufs, son arc de fer, ses haches, ses colliers ; Moi! qui peux, succédant au vieillard qui décline, Les pieds dans le vallon, m'asseoir sur la collini^, El de mon souffle au loin courber les peupliers !
A peine adolescent, sur les Alpes sauvages, De rochers en rochers je m'ouvrais des chemins; Ma tête ainsi qu'un mont arrêtait les nuages ; Et souvent dans Tes cieux épiant leurs passages, J*ai pris des aigles dans mes mains!
Je combattais l'orage, et ma bruyante haleine Dans leur vol anguleux éteignait les éclairs ; Ou, joyeux, devant moi chassant quelque baleine, L'Océan à mes pas ouvrait sa vaste plaine,
El mieux que l ouragan mes jeux troublaient les mers.
J'errais, je poursuivais d'une atteinte trop sûre. Le requin dans les flots, dans les airs l'épervier; L'ours, étreint dans mes bras, expirait sans blessure, El j'ai souvent, l'hiver, brisé dans leur morsure Les dents blanches du loup-cervier !
Ces plaisirs enfantins pour moi n'ont plus de charmes. J'aime aujourd'hui la guerre et son mâle appareil, Les malédictions des uimilles en larmes, Les camps, et le soldat, bondissant dans ses armes, Qui vient du cri d'alarme écayer mon réveil !
Qa
Dans la poudre et le sang, quand l'ardente mêlée Broie et roule une armée en bruyants tourbillons, Je me lève, je suis sa course échevelée, Et, comme un cormoran fond sur l'onde troublée, Je plonge dans les bataillons !
Ainsi qu'un moissonneur parmi des gerbes mûres, Dans les rangs écrasés, seul debiiut, l 'apparais. Leurs clameurs dans ma voix se peraent en murmures j Et mon poing désarmé martelle les armures Mieux qu'un chêne noueux choisi dans les forêts.
Je marche toujours nu. Ma valeur souveraine
Rit des soldats de fer dont vos camps sont peuplés.
BALLADES
Je n'empcMe tu corabut <|ue ma pique de Iréat, Bu ce casque léf^r que iraineraient snns )>eine Dix taureaux au joug accouplés.
i Sans assiéger les forts d'échelles inutiles, Deichaines deleun ponts je lirise les anneaux. Hieux qu'un hélîer d airain je ImU leurs ronra fragiles Je lulte corps i corps avec les lours lifn villes. Pour combler les roués j'arrache les créneaux.
Oh! qitand mon lour viendra de suivre mes victimes. Guerriers! ne laissez pas ma dépouille au corbeaui Ensevelissez -mot parmi des monts snhiimes, Afin que l'étranger cherclie en voyant leurs cimes ^..i, ■-- ibeau!
LU UUC 1 CLiaUj^CI UIICI1.NC
Quelle montagne est n
A KONSIEUà S. -F.
LA FrANCËR DU TIMBAMER
Daurc esl U mort qui vical en
DnniRTii, SomM.
BALLADE SIHIËHR
u Monseigneur le dtic de Bretaj^ne a A, pour les cowliais meurtriers.
< Convoqué de Plante i Horlagne,
< Dans la plaine ei sur la montagne, « L'arriére-ban de ses guerrien.
ciil.i^v« .(Pigeei.)
^ «Ce EOnt des Lurons dont les <-l^Ine^ ^ * OrnentdrsforiSMÎnlsd'unfoss.-; ■
<. Et comme on sait qu'il le déùre.
- J'ai braié trois cierges de cire
« Des ureui vieillis dans les .ilai-mi's;
^ Sur la cbisse de saint Gildas.
. Des ecuyws, des liommeii d'armes ;
« L'un d'entre cin esi mon finiicé.
« A Notre-Dame de Urelte
<■ J'ai promit, daui mon noir chaf[riB,
t II est parti pour l'Aquiiainc « Comme limlMlier. et ponrianl
€ D'attacher sur ma gorgerelle, « Fermée à la vue indiscrète,
« On le prend pour un capilnine, t lÛen qu'a TOiru inlneliamaiae
0 Les coquilles du pèlerin.
* Et son pourpoint, d'or éclaUnt 1
« H n'a pu, par d'amoureoi gages,
t Depuis ce jour l'eiïroi m'agile.
■ J'ii dit, joignanl son son au mien : > Hn patronne, aainte Brigîlle, .Pour «ne jimai* il ne le quitte, « Surveillei son ange gardien 1
. Absent, consoler mes forer?; » Pour porter les tendres ménages
f La Ttuale n'a point de pages, € Le vassal n'a pas d'écuyers.
« Il doit aujourd'hui de la guerre
< J'iti dit i noLre alibe : Hesaire.
■ Revenir avec monseigneur;
■ Priei bien pour tous nos soldats!
t Ce n'est plus un amant vulgurei
iN)
BALLADES
€ Je lève un front bainé nagaére, « Et mon orgueil est da bonheur!
« Le dac triomphant nous rapporte <K Son drapeau dans les camps froissé; a Venez tous sous la vieille porte « Voir passer U brillante escorte, « Et le prince et mon fiancé!
« Venei voir pour ce jour de fôte « Son chevai caparaçonné, n Qui sous son poids hennit, s'arrête, <( Et marche en secouant la tête, « De plumes rouges couronné !
a Mes sœurs, â vous parer si lentes, (( Venez voir prés de mon vainqueur « Ces timbales élincelantes a Qui, sous sa main toujours tremblantes, a Sonnent et font bondir le cœur!
« Venez furtout le voir lui-même « Sous le manteau que j'ai brodé.
« Qu'il sera beau! c'est lui que j'aime! ff II porte comme un diadème (( Son casque de crins inondé !
fi L'égyptienne sacrilège, « M'atlirant derrière un piller, '< M'a dit hier (Dieu nous protège! ) « Qu'à la fanfare du corléj^e a II manquerait un timbnher.
a Mais j'ai tant prié que j'esi)ère !
a Quoiaue, me montrant de la maift* « Un sépulcre, son noir repaire, « La vieille aux regarda de vipère c( M'ait dit : Je t'attends là demain !
Volons! plus de noires pensées! — Ce sont les tambours que j'entends.
a Voici les dames entassées, « Les tentes de pourpre dressées, a Les fleurs et les drapeaux flottants !
« Sur deux rangs le cortège ondoie :
« D'abord les piquiers aux pas lourds; « Puis, sous l'étendard qu'on déploie, a Les barons, en robes de soie, (c Avec leurs mortiers de velours.
« Voici les chasubles des prêtres; «c Les hérauts sur un blanc coursier.
« Tous, en souvenir des ancêtres, «( Portent l'éciisson de leurs maîtres, « Peint sur leur corselet d'acier.
« Admirez l'armure persane « Des templiers, craints de l'enfer; a Et, sous la longue pertuisane, « Les archers venus de Lausanne, 6 Vêtus de bulDe, armés de fer.
tt Le duc n'est pas loin : ses bannières » Flottent parmi les chevaliers j « Quelques enseignes prisonnières, n Honteuses, passent les dernières... — c Mes sœurs, voici les timbaliers!.,. »
Elle dit, et sa vue errante Plonge, hélas! dans les rangs pressés; Puis, dans la foule indifférente.
Elle tomba, froide et mourante...
— Les timbaliers étaient passés.
Octobre 1885.