BALLADE HUITIÈME
C'était l'instant funèbre où la nuit est si sombre,
Su'on tremble à chaque pas de réveiller dans l'ombre n démon, ivre encor du banquet des sabbats; Le moment où, liant à peine sa prière, Le vovageur se hdte à travers la clairière; C'était l'heure où l'on parle bas!
Deux francs-archers passaient au fond de la vallée, Là'bas! où vous voyez une tour isolée.
Qui, lorsqu'on Palestine allaient mourir nos rois^ Fut bitie en trois nuits, au dire de nos pères. Par un ermite saint qui remuait les pierres Avec le signe de la croix.
Tous deux, sans craindre l'heure, en ce lieu tacitiimo, Alluméi'ent un feu pour leur repas nocturne; Puis ils vinrent s'asseoir, en déposant leur cor, Sur un saint de granit dont l'image grossière, Les mains jointes, le front couche dans la ponsaiére, Avait l'air de- prier encor.
Cependant sur la tour, les monts, les bois antiques, L'ardent foyer jetait des clartés fantastiques; Les hiboux s'effrayaient au fond des vieux manoirs, Et les chauves*8ouris, que tout sabbat réclame, Volaient, et par moment épouvantaient la flamme De leur grande aile aux ongles noirs ! ^
Le plus vieux, dès archers alors dit au plus jeune : c Portes<tu le cilice? — Observes-tu le jeûne? » Reprit l'autre ; et leur rire accompagna leur voix. D'autres rires de loin tout à coup s'entendirent. Le val était désert, l'ombre épaisse; ils se dirent : c C'est l'écho qui rit dans les bois. »
Soudain à leors regards une lueur rampante En bleuâtres sillons sur la hauteur serpente; Les deux blasphémateurs, hélas 1 sans s*efrrayer. Jetèrent au brasier d'autres branches de chênes. Disant : c C'est au miroir des cascades prochaines, « Le reflet de notre foyer. »
Or cet écho (d'effroi qu'ici chacun s'incline! ) C'était Satan, riant tout haut sur la colline! Ce reflet énnané du corns de Lucifer, C'était le pftle jour qu'il traîne en nos ténèbres, Le rayon sulfureux qu'en des songes funèbres n nous apporte de l'enfer!
Aux profanes éclats de leur coupable joie,
11 était accouni comme un loup vers sa proie;
Sur les archers dans l'ombre erraient ses yeux ardents.
— « Riex et blasphémez dans vos heures oisives.
BALLADES
€ Moi»- M ferai passer tos bouches cooTulsives c Du rire au grincement de dentsl »
A ]*aube du matin, un peu de cendre éteinte D'un pied large et fourchu portait l'étrange empreinte. Le Yal fut tout le jour désert, silencieux. Mais, au lieu du fOTer, à minuit même, un pAtre Vit soudain apparaître une flamme bleuâtre Qui ne montait pas vers les cieui 1
Dés qu'au sol attachée elle rampa, livide. De longs rires soudain éclatant dans le vide Glacèrent le berger d'un grand effroi saisi; Il ne vit point Salan et ceux de l'autre monde, il ne put concevoir, dans sa terreur |)rofonde» Ue qu'ils souflraient pour rire ainsi !
Dés lors, toutes les nnite, aux monts, aux bois antiques. L'ardent foyer j^ des clartés fantastiques; Des rires enlrayaient les hiboux des manoirs; Et les chauves-souris, que tout sabbat réclame» Volaient, et par moments épouvantaient la flamme De leur grande aile aux ongles noirs.
Rien, avant le ravon de l'aube matinale, Enfants! rien n'éteignait cette flamme infernale. Si l'orage, à grands flots tombant, grondait dans l'air, Les rires éclataient aussi haut quela foudre, La flamme en tournoyant s'élançait de la poudre. Gomme pour s'unir à l'éclair!
Mais enfin, une nuit, vêtu du scapulaire. Se leva du vieux saint le marbre séculaire; il fit trois pu, armé de son rameau bénit; De l'effrayant prodige effrayant exorciste. De ses lèvres de pierre il du : c Que Dieu m'assiste ! » En ouvrant ses bras de granit !
Alors tout s'éteignit, flammes, rires, phosphore, Tout! et le lendemain on trouva dés l'aurore Les deux gens d'armes morts sur la statue assis; On les ensevelit; et, suivant sa promesse. Le seigneur du hameau, pour fonder une messe, I^gua trois deniers parisis.
Si quelque enseignement se cache en cette histoire» Qu'importe! il ne faut pas la juger, mais la croire. La croire ! Qtt'ai*je dit? ces temps sont loin de nous! Ce n'est plus qu'à demi qu'on se livre aux croyances. Nul, dans notre âge aveugle et vain de ses sciences, Ne sait plier les deux genoux l
JuUlet t825«