SUR L'ABBÉ DE LAMENNAIS
A PROPOS DE l'essai SUR LIMOiFFéREllÇB EN MATIÈRE DE REUGIOM.
faire ôWrver que le mot placé par lui dans la bouche du fou du duc de Bourgogne sur l'arrivée du roi Louis XI à Péronne appartient an fou de François I*', qui le pro« nonùi lors du passa^ de Charles-Quint en France, en 1535. L'immortalité de ce pauvre Triboulet ne tient qu'à ce mot, il faut le lui laisser. Nous croyons également que l'expédient ingénieux qu'emploie l'astrologue Galéotti pour échapper â Xouis XI avait déjà été imaginé quelque mille ans auparavant par un philosophe que voulait mettre à mort Denys de Syracuse. Nous n'attachons pas à ces remarques plus d'importance qu'elles n'en méritent; un romancier n'est pas un chroniqueur. Nous sommes étonné seulement que le roi adresse la parole, dans le conseil de Bourgo([ne, à des chevaliers du Saint- Esprit, cet ordre n'ayant elé fondé qu'un siècle plus tard Sar Henri III. Nous croyons même que l'ordre de Saintlichel, dont le noble auteur décore son brave lord Crawford, ne fut institué par Louis XI qu'après sa captivité. Que sir Walter Scott nous permette ces petites ciiicanes chronologiques. En remportant un léger triomphe de pédant sur un aussi illustre anUquaire, nous ne pouvons nous défendre de cette innocente ioie qui transportait son Quentin Durward lorsqu'il eut désarçonné le duc d'Orléans et tenu tête à Dunois, et nous serions tenté de lut demander pardon de notre victoire, comme Charles-Uuint au pape : sanctisHme pater, indulge victori.
Juillet 1823.
Serait-il vrai qu'il existe dans la destinée des nations un moment où les mouvements du corps social sem« blenl ne plus être que les dernières convulsions d'un mourant? Serait-il vrai au'on puisse voir la lumière disparaître peu à peu de rintelligence des peuples, ainsi qu'on voit s'effacer graduellement dans le ciel le crépuscule du soir? Alors, disent des voix prophétiques, le bien et le mal, la vie et la mon, l'être et le néant, sont en présence; et les hommes errent de l'un à l'autre, comme s'ils avaient â choisir. L'action de la société n'est plus une action, c'est un tressaillement faible et violent â la fois, comme une secousse de l'agonie. Les développements de l'esprit humain s'arrêtent, ses révolutions commencent. Le fleuve ne féconde plus, il engloutit; le flambeau n'éclaire plus, il consume. La pensée, la liberté, ces facultés divines, concédées par la toute-puissance divine à l'associatîou humaine, font place à l'orgueil^ à la révolte, à l'instinct indjviduel. A la prévoyance sociale succède cette
Srofonde cécité animale à laquelle il n'a pas été donné de îstinguer les approches de la mort. Bientôt, en effet, la rébellion des membres amène le déchirement du corps, que suivra la dissolution du cadavre. La lutte des intérêts passagers remplace l'accord des croyances éternelles. Quelque cnose de la brute s'éveille dans Vhomme, el fraternise avec son âme dégradée; il abdique le ciel, et végète au-dessous de sa destinée. Alors deux camps se tracent dans la nation. La société n'est plus qu'une mêlée opiniâtre dans une nuit profonde, où ne brille d'autre lumière que l'éclair des glaives qui se heurtent et l'étincelle des armures qui se brisent. Le soleil se lèverait en vain sur ces malheureux pour leur faire reconnaître qu'ils sont frères ; acharnés à leur œuvre sanglante, ils ne le verraient pas. La poussière de leur combat les aveugle.
Alors, pour emprunter l'expression solennelle de Bossuet, un fyeupU cesse d'être un peuple. Les événements qui se précipitent avec une rapidité toujours croissante s'imprègnent de plus en pins d'un sombre caractère de providence et de fatalité, et le petit nombre d'hommes simples, restés fidèles aux prédictions antiques, regardent avec terreur si des signes ne se manifestent pas dans les cieux.
Espérons que nos vieilles monarchies n'en sont point encore là. On conserve quelque espoir de guérison tant que le malade ne repousse pas le médecin, et l'enthousiasme avide qu'éveillent les premiers chants de poésie religieuse que ce siècle a entendus prouve qu'il y a encore une âme dans la société.
C'est à fortifier ce souffle divin, à ranimer celle flamme céleste, que tendent aujourd'hui tous les esprits vraiment supérieurs. Chacun apporte son étincelle au foyer conamun, et, grâce à leur généreuse activité, l'édifice social peut se reconstruire rapidement, comme cet magiques palais des contes arabes, qu'une légion de génies achevait dans une nuit. Aussi trouvons-nous des méditations dans nos écrivains, et des inspirations dans nos poètes. Il s'élève de toutes parts une i^énération sérieuse et douce, pleine de souvenirs et d'espérances. Elle redemande son avenir aux jirélendus philosophes du dernier siècle, qui voudraient lui faire recommencer leur passé. Elle est pure, et par conséquent indulgente» même pour ces vieux et effrontés coupables qui osent réclamer son admiration ; mais son pardon pour les criminels n'exclut pas sou horreur pour les crimes. Elfe ne veut pas baser son existence sur des abîmes, sar l'athéisme et sur l'anarchie; elle répudie l'héritage de mort dont b Révolution
LITTÉBATURE