‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 251 sur 309 · BALLADE ONZIÈME · texte numérisé non relu

BALLADE ONZIÈME

« Daigne protéger notre chasse,

c Châsse « De monseigneur saint Godeh'oi,

cRoi!

« Si lu fais ce que je désire,

€ Sire, « Nous t'édifîrons un tombeau,

c Beau;

« Puis je te donne un cor d'ivoire;

€ Voire «c Un dais neuf à pans de velours,

€ Lourds,

ff Avec dix èhandelles de dre,

cSire!

« Donc te prions a deux genoux,

c Nous,

« Nous qui, nés de bons gentilshommes,

€ Sommes « Le seigneur burgrave Alexis

€ Six!» —

Voilà ce que dit le burgrave

Grave, Au tombeau de saint 6odefroid,

Froid.

<r '^ Mon'mifle, emplis mon escarosHe,

« Mon cheval de Gahtrava ;

€ Va!

c Plqueur, va convier le èomte.

c Conte « Qtie ma meule aboie en mes cours.

c Cours!

BALLABBS.

€ ArcherSy mes compagoons de ffitet,

c Faites « Votre épieu lisse et voe corneii

c Nets,

c Nous ferons ce soir une diire

c Chère; c Vous n'y recevret, maître qnsux,

c Qu'eux.

c En chasse, amis I je yous invite.

« Vile!

« En chasse ! allons courre les cerfs,

ff Serfel»

Il part, et madame Isabelle,

Belle, Dit gaiment du haut des remparts :

— Pars!

Tous les chasseurs sont dans la plaine.

Pleine D'ardents seigneurs, de sénéchaux

Chauds.

Ce ne sont que baillis et prêtres,

Reitres Qui savent traquer a pas lourds

L'ours.

Dames en brillants équipages.

Pages, Fauconniers, clercs, et peu bénins

Nains.

En chasse ! — Le maître en personne

Sonne.

Fuyex !, voici les paladins.

Daims.

Il n'est pour vous, comte d'empire,

Pire Que le vieux burgrave Alexis

Six!

Fuyes! — Mais un cerf dans l'espace

Passe, Et disparaît comme l'éclair Clair!

c — Taïaut les chiens, taïaut les homiMs!

c Sommes c D'argent et d'or pairont sa chair

cCherl

c Mon okâteau pour ce cerf! — Harrtiiio,

€ Reine c Des beaux sylphes et des follets

cUids!

c Donne^moi son boM pour trophée,

«Fée!

(( lilére du brave, et da ehasseur

« Sœur!

c Tout ce qu'un prftre à u aiièoM

« Donne, « Moi, je te le promeis id,

c Notre main, ta serve et sujette, « Jette %

« Ce beau cerf qui s'enlîiit U-bas «Bas!»

Du Cbassenr Noir craignant l'injure,

lure Le vieux boigrave

Tant

Que déjà sa meute qui jappe

Happe Et fête le pauvre animal

Mal.

U foit. La bande malévole

Vole Sur sa trace, et par le plus court

Court.

Adieu, clos, pleines diaprées,

Prées, Vergers fleuris, jardins sablés,

Blésl

Le cerf, s'échappant de plus belle,

Bêle; On bois à sa course est ouvert,

Vert.

Il entend venir sur ses traces

Races De chiens dont vous séries jaloux.

Loups;

Piqueurs, ardentes liaquenées

Nées De ces étalons aux longs orins

Craints.

Leurs flancs, que de blancs hamois ceignent.

Saignent Des coups fréquents des éperons

Prompts.

Le cerf, que le son de la trompe

Trompe, Se jette dans le bois épais... —

Paix!

Uéks! en vain !... la meute cherdMs,

Cherche, Et là tu retentis enoor,

Gorl

Oà fiûr ? dans le lac ! U s'y plonge,

Longe Le bord où maint buisson rampant Pend.

BALLADES

Aht daDs les eaux du lac agreste

Reste t Hélas ! pauvre cerf aux abois;

BoisI

Contre toi la fanfore ameute

Meute, Et veneurs sonnant du hautbois...

Bob!

Les archers sournois qui t'attendent

Tendent Leurs arcs dans Tépaisseur du bois!..

Bois!

Ils sont avides de earnage,

Nage!

G*est ton seul espoir désormais!

Mais

L'essaim que sa chair palpitante

Tente, Après lai dans le lac profond

Pond.

n sort* ^ Plus d'espoir qui te leurre !

L'heure Vient où pour toi tout est fini.

Tes pieds vifs, ni saint Marc de Leyde,

L'aide Du cerf au'un chien, à denfi mort,

nord.

Ne le sauveront des morsures,

Sûres, Des limiers ardents de coun*oux,

Roux.

Vois ces chiens qu'on serf bas et lAche

Lâche, Vois les épieux à férir prêts,

Prés!

Meurs donc! la fanfare méchante

Chante Ta chute au milieu des clameurs.

Meurs!

BWpe soir, sur les délectables

Tables, Tu feras un excellent mets;

Mais

On t'a vengé. — Pille d'Autriche

Triche Quand l'hymen lui donne un barbon

Bon.

Or, sans son hôte le bon comte

Compte; D revient, (|uoique fatigué,

Gai.

Et tandis que ton sang ruisselle,

Celle Qu'épousa le comte Alexis

Sa,

Sur le front ridé du burgrave,

Grave, Pauvre cerf, des rameaux aussi;

Si

Qu'au burg vous rentres à la brune,

Brune, Après un jour si hasardeux.

Deux!

Janvier 1828.

LE

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